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LEON GOZLAN

ger le même mot, finissent, d'aberration en aberration, par par croire qu'i's sont à cbaquc instant sur le point de devenir fous. Depuis trois ans je m'observe avec une attention incessante : si je fais un pas, je m'arrête pour voir si mon mouvement est naturel comme chez fout le monde; si je tends le bras pour saisir un objet, je me consulte après avoir exécuté ce geste afin de me convaincre qu'il est le résultat de ma volonté; si je dis un mot, je le répète longtemps en moi pour m'assurer que c'est bien lui qui rend mon idée; si j'entends parler, je me tourmente pour me persuaaer que j'ai compris de la même manière que ceux qui écoutent avec moi. Parfois je crois avoir senti rompre dans ma têie le 111 circulaire du raisonnement humain, et je m'épuise à acquérir la certitude contraire par des calculs mathématiques sans tin. Quand je me crois pénétré de l'ordre de mes pensées, une autre fatale idée me vient : Qui m'assure que ce que je prends pour une preuve de mon bon sens est réellement une preuve?... Alors je tremble; je me contiens; mais à quel prix! mon cœur bat, s'exalte, mes artères palpitent, et j'ai besoin du grand air. Autre torture: je redoute d'entendre bientôt, mon mal venant à augmenter, des voix humaines dans le vent, d'apercevoir des visages là où l'espace est vide, et d'entrer en relaiion avec des êtres que Dieu n'a pas créés. Enfin, je me figure que chaque matin doit me voir emprisonné dans une camisole de force, étendu sur la paille, et riant derrière une grille... Embrassez-moi... J'ai peur de devenir fou, si je ne le suis déjà... Voilà mon horrible maladie!

Les dernières paroles ou plutôt les derniers cris d'Abel se perdirent dans, les larmes abondantes qu'il répandit sur les épaules de madame Pingray. Elle pleurait aussi; ses bras émus serraient contre sa poitrine celui dont elle venait d'entendre les funestes lamentations-, leurs sanglots se mêlèrent. Rompant une étreinte douloureuse et secouant la première le manteau de ce rêve de plomb, elle releva doucement la tête d'Abel et, la posa sur elle.

— Mon fils, lui dit-elle, vos maux m'ont touchée, mais leur cause, et je suis heureuse de vous l'assurer sur le salut de mon àme, est une erreur, un mensonge : votre intelligence est aussi saine que votre cœur est bon. Votre mère ni nu . iterait pas plus de confiance que moi, mon ami, lorsque je vous assure... et vous me croyez, n'est-ce pas, Abel?... que vos idées, vos paroles, vos actions respirent l'ordre et la générosité. Depuis six mois que vous habitez la maison', vous vous êtes fait aimer de. tout le monde, ce qui n'est pas commun ici ; moi-même je n'y ai pas que des amis. Cependant, avouez que vous n'avez pas tenté de grands efforts pour mériter cette popularité : vous ne répondez pas à ceux-ci, vous boudez ceux-là; pas la moindre galanterie pour ces dames.... Est-ce vrai?... Convenez donc, mon ami, mon fils, que si quelqu'un a à se plaindre parmi les pensionnaires, ce n'est pas voas... Feriez-vous le malade pour être en droit d'être mieux traité que les autres?

Toutes ces paroles de madame Pingray n'arrivaient pas jusqu'à Abel avec, le caractère d'onction qu'elles avaient. Les premières furent perdues : Abel ne les entendit pas; les dernières seulement séchèrent la trace des larmes sur ses joues. 11 fixa son regard sur celle qui, en lui disant des mois si encourageans, lui souriait comme une sœur aimée, et il s'écria :

— Pourquoi ne vous ai-jû pas plus tôl puvertmon cœur? Vous l'avez apaisé, vous l'avez inondé de calme... Touchez : il bat moins fort; mon front n'est plus brûlant, mon esprit se dégage... Vous n'êtes pas une femme peut -être : aucune, même parmi celles qui m'aiment le plus, ne m'a consolé autant que VOUS.

— Je ne suis qu'une pauvre et vieille femme, mon ami. pleine de faiblesses et de défauts; le bien que vous éprouvez ne vient pas de moi, il vient de vous, qui vous êtes humilié et avez dévoilé votre plaie. Combien souffrent comme vous, combien meurent, et qui auraient abrégé leurs souffrances et vivrjient encore s'ils eussent approché 1 sur cœur de celui d'un ami' Je ne suis pasdévote, mo i (Ils; mais je cr >\

fession, même à un prêtre, est souvent un bon recours le désespoir.

—Mi ! cette minute de bonheur, fut•el!<, isolée au milb'ii de

ma vie, je ne l'aurais pas achetée trop cher par l'aveu que vous avez entendu... Que vous m'avez fait de bien I

— Pourquoi ne continueriez-vous pas à jouir de cette paix descendue en vous, continua madame Pingray, maintenant que vous avez su l'établir par l'effort d'un sacrifice que vous n'aurez plus besoin de renouveli r ? Votre santé, qui n'est que.

m altérée, se raffermira du repos de vos idées: quelques distractions, et il vous est si facile de vous en créer, feront le reste.

— Il ne m'est pas permis, répliqua Abel en soupirant, de compter sur une tranquilliléabsolue dans ceyevîe. L'illusion serait trop forte; elle m'entretiendrait d'espérances décevantes.auxquelles s'oppose un passé malheureusement trop réel, et que je n'ai pas le tort d'avoir imaginé.

— Ne vous abusez vous pas, mon ami, et jurcriez-vous de n'être pour rien dans celte affliction dont vous ne m'avez encore rien dit? et si elle est aussi vraie que vous me le laissez pressentir, jie vous en exagérez-vous pas la gravité? C'est au passé qu'elle se rattache, dites-vous ; votre passé ne me semble pas long, quand je nie rappelle que vous êtes absent de chez vous depuis trois ans, et que vous n'avez pas encore vingt-huit ans. Vous m'avez permis, mon ami, de douter de l'importance de vos infortunes depuis votre première confidence : vous aurez beaucoup à faire désormais pour m'assqcier, sans rëfli xions de ma part, à vos persuasions personnelles.

Madame Pingray se disait beaucoup plus incrédule qu'elle ne l'était au fond. A peine Abel s'était-il laissé arracher le secret de son mal, qu'elle avait deviné que la cause qu'il lui attribuait n'était pas l'unique. Prudente, armée de sages réserves, comprenant les ménagemens dont il lui fallait s'entourer pour ne pas déchirer la plaie eu la sondant, elle avait feint d'eue suffisamment instruite quand elle avait la conviction de ne l'être encore qu'à moitié.

— Ce passé, reprit Abel, n'est pas. je vous le répète, une u'iivie imaginaire, s'il n'est pas non plus, comme vous l'avez supposé à toi t, un fait qui découle de la volontaire impulsion de mon existence. Je le porte comme une lourde croix depuis dix ans, depuis que la raison m'est venue avec l'âge

— INous avons, mon ami, la prétention de croire, quand nous sommes jeunes, *t on l'est, longtemps pour ces sortes d'orgueil, que nous sommes prédestinés à des douleurs privilégiées; il n'es! pas un homme peut-être qui n'ait cru avoir éprouvé en amour des tortures inconnues avant lui.

— Comme loutautre, répliqua Abel avec un sourire triste, j'ai connu des contrariétés dans mes amoms de jeune homme, miis]e ne les a: jamais platées ai faut. J -n besen, je le voss, de vous protester, avec une sincérité dont je rougirai? de manquer avec vous, que je n'ai aucun reproche à d'adresser quand je reviens sur ces liaisons passées. Elles plaisent au contraire à mon souvenir, sur lequel elles pèse il

i ar. je le dis sans fausse mod stie, le chiffre en est petit.

— Je sais que le nombre des afflictions humaines est infini, continua madame Pingray, mais n'eu fût-il pas ainsi, je renoncerais encore à pénétrer dans la retraite des vôtres, du momenl oùrvoifs croiriez de votre dignité de les cacher. Je suis convaincue néanmoins que l'essai de voire premièn

vous un motif de vous applaudir de votre réserve.

Le ton un peu piqué de madame Pingray froissa le malade, pentit d'avoir déplu sans le vouloir à celle qui venait d'acquêt ir des droits si vrais à sa confiai

— Vous m'aurez mal compris, je le crains, madame Pingray. Non n'attribuez pas ma ri tenue a une défiance injuste.

uis si peu habitué à l'idée de rencontrer un jour une que la vôtre, (pie je suis surpris de l'autorité qu'elle prend sur moi. Faut-il lent vous dire? j'ai peur d'écraser voire sensibi i en l'attirant sur un ter-

rain où l'énergie même d'un homme chancellerait plus d'une fois à me suivre. Vous ne voudriez pas m'écouter à la seule condition de complaii ors ne vous au-

rais-je pas compromisi -;p. quand à la

pi; ce d'un conseil je n'obtiendrais de vous, après le n ma pénible histoire, qu'une < i ouvaniable surprise?

LE MEDECIN DU PECQ

— Il y a dans la maison, répliqua madame Pingray, un homme d'une probité peu commune, dont le regard traverse

l'obstacle du corps pour aller chercher la peine cachée sous ia chair ; bon, non pas de la bonté d'une morale ordinaire, mais bon, comme lesapùlres, par le bienfait joint à la pefs arrivé <i la charité et à L'indulgence par le dernier effort de la philosophie, non pas un saint, mais, en un mot, un honnête homme. Cet homme vous aime déjà : c'est le docteur Calveyrac.

— Croyez-vous, madame Pingray, que les maladies de l'âme lui soient aussi familières que celles du corps? Tous ces grands esprits de la science ne voient guère au-delà de la peau. Cependant je n'ai aucune répugnance à f.iire une exception en faveur du docteur Calveyrac. Vous l'aimez, vous l'estimez : votre opinion m'entraîne. Mais ne pensez-vous pas que la délicatesse exigera une plus longue intimité que celle qui existe entre lui et moi, avant qu'il me fat permis d'épancher sans réserve les ma, heurs de nia vie clans ses mains ? Nous n'avons eu jusqu'ici quede simples relations nées de la facilité de nous voir souvent et de la nécessité d'échanger des opinions sur des objets diffërens. Je consens volontiers à faire la moitié du chemin; niais est-il convenable, jugez-en, que j'aille plus loin ?

— Il accourra vers vous les bras ouverts dès qu'il saura que vous désirez sincèrement l'avoir pour ami. Je comprends toutefois que son âge et le votre ne s'attirent pas aussi rapidement que dans une jeunesse commune. Il a quarante ans, vous vous le ligurez plus grave qu'il n'est : cela suffit pour motiver votre circonspection... Écoutez: laissez-moi aplanir celte petite difficulté... Vous me savez voire amie...

— Comment en douterais-je? répondit Abel en regardant avec une joie pieuse madame Pingray, et en lui tendant une main appesantie depuis quelques instans par le sommeil.

— Ainsi, continua madame Pingray, je prierai le docteur de me conduire demain dans la calèche de la maison jusqu'à La Muette : au retour, j'amènerai la conversation sur vous; et sij-. i: trouve eonnm ■ ■ le désire, cist à-c;ire comme js suis sûre qu'il sera, affectueux, heureux de ma proposition, fier de compter un ami de plus, alors je vous avertirai, et vous échangerez à la première entrevue tout ce que vous avez à vous dire. N'est-ce pas, mon ami ?

— Agissez selon vos inspirations, et je serai content. Ces dernières paroles d'Abel sortirent à peine de ses

fermées par une douce lassitude. Ses paupières s'abaissaient ; sa main, en quittant celle de madame Pingray, ne se releva plus : il s'endormait d'un calme comme il n'en avait jamais connu depuis plusieurs armées. A ses membres mollemi ni étendus, à son haleine régulière, à la moiteur uniforme de sa peau, à la blancheur sans excès de son teint, enfin à celle atmosphère, jamais analysée mais réelle, qui plane autour du sommeil d'un homme en santé, il était évident qu'aucun rêve sinistre n* le tourmentait.

C'est au moment où Abel avait été tout-à-fai! gagné par le sommeil que le docteur Calveyrac , qui avait quitté, comme on l'a vu, la société du salon, entra daus la chambre du malade.

Après avoir regardé la figure endormie d'Abel, il dit avec indiffén

— Fatigue légère, mais bon sommeil. Ce n'est rien.

— Docteur, murmura toul bas madame Pingray en accompagnant le docteur l squ'à la porte, docteur, ce jeune homme est très gravement malade: ne dites pas ce n'est rien.

Un peu remis de son indisposition, Abel put accompagner

madam , i mademoisi II de 1 1 bc i u ■

de Saint Germain, que ces daim savaieni depuis un mois profe eiie visiter; le docteur Calveyrac était aussi de la partie; Bianca accompagnait sa maîtresse. Quoiqu'il lï.i près de midi lorsqu'ils quittèrent la maison de sanlé pour gravir le haut de la montagne du Pecq, au bout de laquelle ou est de niveau

avec l'esplanade du château de Saint-Germain, ils n'eurent pas à redouter l'incommodité de la chaleur. L'automne a des journées île paradis terrestre aux environs de Paris. A eette époque de l'année, à moins que le ciel n'en dispose autrement, et l'éventualité est rare, l'ombre est douce à coté du soleil, le soleil est tiède. Prives des fruits qui les alourdissaient, les arbres ont encore leurs feuilles et semblent prêts à une floraison nouvelle. Si la nature est moins jeune, elle est aussi moins impatiente ; elle a la fierté d'une femme qui a été belle, qui l'est encore pour ceux qui l'ont connue aux jours ardens de l'été; le ciel est peuplé d'oiseaux. Sans le fatal avantage qu'a l'homme d'être dans la confidence des maux dont il marche entouré, aucune créature vivante ne pressentirait l'hiver derrière le rideau de ce paysage fluide.

Ces dames n'avaient pas, du reste, modifié leur toilette de la saison dernière ; toutes trois avaient un chapeau en paille d'Italie de forme onduleuse et ample comme les affectionnent tant les Anglaises. Bianca seule avait attaché au sien un dahlia penché fort bas et jeté avec une coquetterie charmante ; celui de madame Dalzonne avait un velours noir qui l'arrêtait; Dottantet presque vaporeux, celui de mademoiselle de Touralbe se serait passé du large ruban vert qui l'ornait sans utilité apparente ; elle 03 le nouait jamais, de peur sans doute d'altérer l'ovale adorable de son visage. Madame Dalzonne et mademoiselle de. Touralbe portaient une robe de mousseline unie, simplicité qui convenait autant à l'une qu'à l'autre: à madame Dalzonne elle rendait le service peut-être exagéré de trop faire valoir la rondeur de ses formes, mais celte blancheur fuyante imprimait un élancement de statue antique au torse de mademoiselle de Touralbe, parce double privilège qu'a la conteur blanche de grossir ceux qui ont de l'embonpoint et de réduire sans les maigrir ceux qui eu manquent. H

Passionnée pour les nuances vives, comme le sont en général les Italiennes de haute et basse extraction, Bianca avait mis ce jour-là une robe de fantaisie, achetée à coup sur à Florence, sous l'impression de la mode, au moment de son départ; elle était mouchetée de fleurs rouges et jaunes sur un fond blanc. Ainsi diaprée, bianca était toujours une puissante ci belle femme; mais en vérité, lorsqu'elle marchait et que re vent de ses pas agitait ce fantastique rideau, on croyait voir onduler un champ de blé et tous les coquelicots parasites. Elle allait seule et devant, à quelques pas de sa maîtresse dont le bras moelleux effleurait celui d'Abel. Madame Dalzonne donnait le sien au docteur Calveyrac.

— Comment trouvez-vous nos deux malades, docteur? ditelle à ce dernier.

— Je les trouve fort intéressans, et je crois que cette promenade leur fera du bien. Mademoiselle de Touralbe néglige Irop l'exercice ; vous ne l'engagez pas assez à quitter l'immobilité de sa vie recluse. Il serait désirable que vous prissiez sur elle l'ascendant que vous avez sur monsieur Abel. N'êtesvous pas née pour les cures difficiles? Je l'avoue à la honte de ma vanité de docteur, le docteur infaillible, c'est vous.

Qui eût senti une pointe d'amertume sous ces paroles du docteur Calveyrac, calme en les exprimant à demi-voix?

Madame Dalzonne n'y vit pourtant que l'altestaiion flatteuse, mais naturelle, des prévenances dont elle entourait un jeune homme aussi cher au docteur qu'à elle-même.

— Je me borne à suivre votre exemple, docteur, et à ce titre je mérite vos éloges : n'avez-vous pas enseigné à toute la ma si n votre ingénieuse patience, votre'humanité que rien ne

roi nent à toute épreuve? Pourquoi ne pro-

literais-je pas, moi seule, d'aussi bonnes leçons? L'écolière ne ut-êlre pas encore grand honneur au maître, mais cela

— J'affirme, moi, que l'écolière en sait déjà plus que le maître, si ce titre me convient. J'ignore ce que vous et madame Pingray dites à mon* ieur \l<e'. mais vus paroles à toutes deux ont plus de vertu cent fois que mes ordonnances : quand madame i ingray l'a tenu pendant une heure dans son confessionnal, il me revient calme comme au sortir d'un bain salutaire, et lorsqu'il vous a vue, il est presque heureux; son œil brille, : a pâleur s'anime. Vous ne nie laissez rien à faire, en vérité.

LÉON GOZLAN

— Vous savez, docteur, mais votre vanité veut se 1' lire redire, que monsieur „Abel n'est plus tranquille nous avoir écoutées, madame Pingray cl moi, que par» nous le persuadons l'une et l'autre, avec des raison rentes, que l'amélioration de sa santé est entre vos -

son désir est de courir après la confirmation de la haute el juste opinion où nous vous plaçons à sis yeux. Quanti vous le croyez complètement satisfait, il ne l'esi encore qu'en espérance : la réalité c'est vous-, il va la chercher en vous, il l'y trouve, et, docteur, voila la cause de son contenlemen; nous avoir vues.

— Toujours vraies pour moi, je ne discuterai point vos paroles : si j'àtais en tiers cependant dans les conversations qui ont lieu entre vous et madame Pingray, je medemand après vous avoir écoutées, si un docteur, avec d'aussi bons amis que vous deux, ne finirait pas par être dans l'obligation de partager ses honoraires.

— Mais nous n'y avons pas renoncé, croyez-le bien, docteur. Si les malades auxquels nous vantons votre habileté ne nous paient pas en or pour vous avoir fait connaître à eux, ils nous rapportent toutefois des avantages aussi précieux : vous n'êtes pas le seul qu'ils aiment, et dont ils se souviennent pendant la convalescence et après la guérison.

—Est-ce moi qui douterai, madame, reprit le docteur en ralentissant encore le pas , quoiqu'il n'allât pas déjà tics vite, des prévenances infinies, des affections maternelles, des consolations de tout genre que vous prodiguez aux malades de votre maison ? est-ce moi non plus qui envierai leurs remerciniens chaleureux. Vous parliez tantôt de m'imiler; c'est moi qui m'épuise à deviner comment vous vous établissez dans leur esprit, et par quel art vous les forcezà croire à notre douteuse science. J'ai peur, quand j'y songe, d'attribuer à un talent difficile ce qui n'est que l'effet si simple et s,i beau de votre jeunesse et de votre grâce. L'art de guérir réside presque tout entier dans celui de persuader; et comment douter de la bouche qui plaît et du sourire qu'on recherche?

— Comme vous êtes galant .aujourd'hui, docteur!

— Je crois être sincère comme toujours.

— Voyons ; n'allez-vous pas fonder une théorie de guérison sur l'emploi des jolies femmes, comme on en a fait avec les sangsues et Phomœopalbie?

— Et pourquoi non, madame? Je ne dis pas d'appliquer le système à tous les malades, mais sur quelques-uns, sur beaucoup, sur les jeunes particulièrement. En tous cas. le système ne serait ni si hardi, ni si neuf; je n'aurais pas le mérite de vous le rappeler sans avoir même, je présume, celui de vous le faire connaître.

— Il me semble, docteur, que nous restons bien loin de nos compagnons, quoiqu'ils ne se pressent pas non plus d'arriver.

— Nous les rejoindrons toujours avant qu'ils ne soient parvenus a la grille du château. Je ne vois d'ailleurs aucun inconvénient à ce qu'ils soient livrés au libre échange de leurs idées. I eur situation morale a plus d'une analogie : j'ai souvent remarqué que des écarts de l'imagination ou des faiblesses de la raison se guérissaient par le rapprochement des mêmes écarts el des menus faiblesses. Par le penchant inné qu'a l'esprit humain à se saisir de l'autorité partout où il le peut, il recouvre souvent sa force et sa rectitude pour satisfaire à l'orgueil de les imposer, et il revient au droil -

dont, il s'était éloigné pour ^ rat r les autres. Sauf votre

meilleur avis, j'estime qu'il n'y a aucun d

demoiselle de Touralbe et monsieur Abel poursuivre leur

conversation.

— Oui, vous avez raison, docteur; el je suis si peu accord avec vous quand vous dites avec l'autorité de voire expérience qu'il est bien de ne pas contrarier l'intimité de ces jeunes gens, dans leur intérêt commun, que je mets tous mes soins, et vous vous en êtes sans doute aperçu, a établir, à consolider cette intimité, soit en les taisant trouvère:.

le plus que je peux, soit en les louant l'un à l'autre chaque fois que l'occasion le permet. Êtes-vous content de moi?

— Enchanté, madame ; vous ne sauriez vous conduire avec

une adresse plus intelligente. Combien j'applaudis person-

t ;. votre l'i'U

La satisfaction du docteur Calveyrac éclatait sur son visage. Involontairement, sans dont-, il piessa contre lui le bras de madame Dalzonne, qui ne lenta plus de marcher d'un pas plus rapide poui Abel et mademoiselle de Tou-

ralbe.

— Si nous ne nous entendions pas si bien, vous et moi, poursuivit le docteur, quels torts n'aurions-nous pas à nous

guéris quelquefois : mais vous, vous (onsolez; nos devoirs sont frèn i ai-je besoin de vous

l'affirmer? qui resterai jamais en arrière sur ce double chemin au bout duquel nous devons toujours nous confondre. Quand m'avez-vous vu modifier l'autorité dont vous exercez les droits pour le bonheur de chacun dans votre établissement? Oui, vous l'employez avec une divii rsque vous travaillez à nouer l'un ù l'autre ces deux jeunes gens, si cruellement rongés par quelque ennui dont la cause nous est inconnue. Mais vos efforts ne seront pas perdus ; j'y joindrai les miens. Comme nous les aimons, vous et moi, nous luttezèle pour les encourager ù supporter la vie, — leur vie qu'ils nous ont confiée, — avec plus de résolution et île patience. Cela dépend beaucoup de vous, un peu de moi. Carac- ;al, âme liante, esprit scrutateur, vous ne tarderez pas à lire da elle de Touralbe; elle vous aimera, elle se révélera tout entière dans d'expansives eonfl dences ; et quels résultats infaillibles pour sa tranquillité in- ■ té, et d'après votre exemple, je me propose de descendre pas à pas dans l'abîme, encore si obscur pour moi, où l'esprit d'Abel s'est faussé en tombai t. J'aurai pour me soutenir dans ce travail, déjà entrepris, mais faiblement avancé, l'ardeur de l'étude et l'espoir plus louable d'unir mon succès au votre. Nous voilà donc parfaitement#d'accord sur la marche à tenir pour arriver à un bi I .acheva de dire le docteur en regardant avec anxiété sur le visage de madame Dalzonne si sa réponse serait comme il la désirait.

— je (loi:. sure, répliqua-t-elle sans entraînement, mais avec \,w ton de franchise qui plut à Calveyrac, que mon intention était d'ab entre monsieur Abel et mademoiselle de Touralbe une affection raisonnable, sans m'en gager envers moi-même à- remonter à l'origine d grius de celle-ci. L'essentiel est de ies "faire disparaître et de lui rendre la santé ; n'est-ce pas, docteur?

— Sans doute, madame; mais vous parlez d'une affection raisonnable : est-on toujours sur de ne pas aller plus loin qu'on l'avait arrêté quand on intervient, même avec les plus soigneuses réserves, dans ces sortes de négociations?

— Blâmeriez-vous indirectement mon projet, docteur? Il est encore temps d'y renoncer.

— Moi le blâmer ! moi qui ai pris rengagement de contribuer à sa réussite1 Je l'approuve de toutes mes forces, au

ire ! Mon incertitude n'est pas une opposition, c'est la

manil'eslalion d'une crainte : je voulais vous demander, et

j'allais le faire quand vous m'avez interrompu. — de quoi je

mercîe puisque l'occasion me sera naturellement of-

b m' expliquer, — j'all i vous conser-

veriez jusqu'au bout la volonté de votre détermination.

— Mon cher doct. ius comprends pas du tout,

— C'est que ma pen • . laire.

— Do temps de Péclaireir; nous cheminons assez lentement pour cela.

— Oui vous garantit, continua le docteur en pesant sur chacune de ses ms ne s'aimeront pas tout de bon si \ ■ . imer? Dans

ur fâcheux sur vous-

en un mot , n'en éprouverez-vous aucun regret?1...

• fait rire? dit le do leur en s'arrêtant

bu du chemin ; est-ce que la supi - I insen-

'est donc bien singulier?... Mais vous riez d'un cœur

à m'a aimer pour le hou sens du propos que je vous ai tenu.

— Comment ne rirais-jc pas, grand Pieu ! votre imaginalion a'.telle ses quatre chevaux quand nous foulons la route la plus unie, la plus battue qu'où ail jamais parcourue en

LE MÉDECIN DU I'ECQ

conversai ion ? Quel ; : e vous avez pris ! dans quel

chemin sinueux vous vous êtes jeté, cher docteur, poui sinuer la peur la plus fausçe dont on a jamais menacé un projet inm froid?Êbtoea ■

risonde

l'un ou de l'auti : e Que

lille, comme il s'en forme : républiques où

ion impérieuse, es- :. si loin, que la distance pi uis h. nteuse de vous l'apprendre mniquer mes je ne suis pas pi u dispi sée ; attribuer à un amour orageux la laY; - le Touralbe :

ne se refait pas en si peu de temps, quoi qu'on en dise contre les .femmes. Ii pas un appui ; seule, la compagnie d'un jei ra sa' solitude ; triste, elle sera distraite par quelqu'un qui ('écoutera ou craindre davanl re la durée des blessa* res qu'ouvrent si vite les passions et qui se ferment si lentement. Dans la retraite qu Touralbe s'est choisie ici, au milieu d'une campagne magnifique et nuancée des teintes d'un beau ciel, çlle chercherait un être idéal comme le rêve son ima; : la consoler defelui qu'elle a perdu : évitons-lui n en la retenant dans le cercle d'une réalité plus ■

— J'aime mieux, voir combattre mon opinion de cette manière ju illirpour

ie que le sourire de votre ironie, si gracieux qu'il soit. Mon objection était si peu extravagante que vous avez pris la peine de la d. truire, ou du moins de la diminuer.

— Docteur, vous êtes I je m'en aperçois à votre exquise po "us n'êtes pas convaincu.

— Je reconnais, madame, comme très juste, la moitié de votre remarque.

— Rien que la moitié? Voi i es d me pas fâché?

— Et je serais convaincu tout-à-fail si vous me prouviez, avec vi j'ai eu tout aussi tort démet! de cœur de monsieur Âbel que de me mi elle de Touralbe. En admeltan e sur un point, l'autre point reste encore a disputer. \ ou > répondez, vous, du cœur de mademoiselle de irantie, mais qui rendrei-vous solidaire 6 . bel?

— Vous, docteur. \

— Je ne réponds de personne, moi, quand même j'aurais le droit de stipuler, pourexcus ■. la témérité d'une caution quelconque, que i ;lant le court espace de quelques m iup : dans deux mois, monsieur Abel me délierai! bien de le faire renoncer à sa passion pour mai réellement il er

, ■ rue celle

i li ne niez

pas qu'un jeune homme se. soit quelquefois épris d'un femme sans en être aimé ; niez à la rigueur que cela doive arriver ceile fois : c'est dans votre droit de prévision comme dans le mien e un coup, et dans l'intéri

Ire ci. ut';::,: ussezpasen principe la pos-

sibilité du

Comme pour mieux voir se dérouler le splendide di pemi'iit de i a i ;sse du haut de la montagne

duPecq,Jed tant le bras de mada

zonneet se plaça en face i ' moment, le visage de

lus que lari< :

i ■ n'eût-il pas du doute dont il était touri

Soit hasard, soit c trouva sou-

dainement l avait repris le

bras. Elles Y

— En effet . ce p linl de vue est fort remarquable ; il est toujours nouveau pour moi.

Et Calveyrac ne distingua ainsi sur le visage de madame

Dalzonne qu'un sentiment d'admiration banale pour la vallée de Saint-Germain ; elle ne paraissait même pas se souvenir de la dernière phrase du docteur, pourtant si décisive pour lui.

— Quelle mobilité d'idées ! murmura le docteur, fort sévère pour madame Dalzonne dans celte occasion.

En quoi éiait-i die mobile? qu'avait-il dit qui réclamât la fixité. a ? il lui avait dit : Mademoiselle de Touralbe aimera monsieur Abel ; elle avait repris : C'est inadmissible ; il avait aussitôt ajouté : Oui, mais Abel peut aimer mademoi- : madame Dalzonne n'avait pas eu l'occasion de i dei nièft réflexion : qu'y avait-il de si rigoureux à en conclure? Rien.

— Rien, se dit aussi le docteur Calveyrac. J'aurais tort de porter un jugement si prompt sur elle.

Au bout de deux minutes de sang-froid, il fut convaincu de l'insii la plupart de ses craintes, et il se sentit

presque aussi heureux d'avoir ù recommencer ses recherches que si elles avaienl tout né à son profit à cette première tentative faite en forme d'examen sur madame Dalzonne.

Avant que le docteur et madame Dalzonne fussent arrivés à une certaine limite de leur marche pénible le long de la côte si ardue du Pecq, mademoiselle de Touralbe avait aperçu le dessin sinueux des toits du château de Saint-Germain.

— Que c'est étrangement bâti ! dit elle. Je ne connais rien de pareil.

— On veut, répondit Abel, que le roi Henri II ait fait bâtir ce château dans la forme d'un D gothique pour plaire à Diane de Poitiers sa maîtresse.

— Le caprice est excusable, s) toutefois l'histoire est vraie.

— Rien n'est moins vrai, mademoiselle, si l'on s'en rapporte à l'opinion des gens qui n'ont pas autant de poésie dans l'esprit : ccux-lâ prétendent que cette massive irrégularité est le résultat d'un calcul d'architecture, fort bien entendu du reste: chaque angle du château aurait été poussé ensaillie pour permettre au regard de découvrir, de quelque côté qu'il vint a se diriger, un paysage nouveau. Vous avez le choix entre ces deux senlimens.

— Je préfère le premier, répliqua mademoiselle de Touralbe, quoiquel'Italie m'ait souvent appris à ne pas accepter sans défiance les traditions attachées par les habitans des campagnes aux nionumens du passé. Les Italiens ont des histoires de meurtres ou d'amour à loger dans la plus chétive masure couverte de mousse. Désenchantement! si vous avez recours à l'histoire pour ne pas révoquer l'authenticité de

; irt, la tradition s'envole dans l'air avec son parfum; vous- n'avez heurté qu'une pierre. Mieux vaut croire et passer.

— Encore faut-il pouvoir croire, murmura Abel en soupi; rant.

— C'est si doux cependant!

— C'est si difficile! ajouta Abel.

— Moins qu'on ne le pense, monsieur. On exige souvent pour être convaincu des monceaux de preuves; on entrevoit même que beaucoup ce ne sera pas assez, on s'accuse d'une incrédulité insatiable: naisse une circonstance inattendue, un fait qui aille droit au cœnr, qui le surprenne, qui s'en empare par la persuasion dont on voit les autres pénétrés, et l'on s'abandonne par contagion à la croyance qui console. Si un bienfait en résulte et qu'on ait l'âme accessible à la tenon préférera être bon avec tout le momie qu'indlfféfroid avec soi-même. De là à un changement absolu aie il n'y a qu'une succession de faits semblables à

rencontrer sur son chemin; l'éducation du cœur est formée. .Te l'ai appi is par moi-même : je ne mettais en doute beaucoup de choses que parce que je n'acceptais que celles dont ma propre incrédulité avait besoin. Croire est une langue qu'on naît qu'en la parlant souvent avec ceux qui lapossèi. i u fait de croyance comme en fait de langage, ne

d et la base que dans le peuple.

is, il y a deux ans. da s la vallée qui va du versant des

i dans sa vaste étendue les beaux

lacs Majeur el deCôme fatigués d'une longue traite^ mes

, avai ml refusé de marcher; je fus obligée de m'arrê-

ter et d'en envoyer chercher d'autres pour continuer ma route

LEON GOZLAN

vers Milan. 11 élait impossible de les avoir avant le lendemain ; et point d'auberges où passer la nuit.

Né dans la vallée d'Ossola, mon domestique m'assura qu'au bout d'un sentier tracé à noire droite, le long d'un petit bois de châtaigniers, nous atteindrions à un hameau de rons; c'était une demi-lieue à faire. Je le suivis. La nuit était belle quoique privéede la clarté de la lune les» ti il is scintillent tant en Italie! Nous côtoyâmes le bord du pelât bois pendant environ une heure, sur un terrain glissant et savonneux de mousse nouvelle.

Quoique un peu fraîche, comme le sont les nuits de printemps, même en Italie, cette promenade nocturne m'a laissé une impression agréable, et je vous demande pardon de vous en raconter si minutieusement les détails. J'aime assez les aventures; celle-là m'a plu.

— Je vous écoute avec beaucoup d'intérêt, mademoiselle, reprit Abel ; et ne supprimez, je vous prie, aucun incident de, votre histoire. Qu'aurais-je de mieux à faire que de vous écouter?

— Comme dans les contes de fées, nous aperçûmes enfin, poursuivit mademoiselle de Touralbe, une lumière, non pas bien loin! bien loin! mais au détour du petit bois de châtaigniers. Nous étions arrivés au hameau des bûcherons, pauvre hameau composé de trente ou quarante cabanes semées à la volée au milieu d'un carrefour de bois secs et de fagots épineux. Nous heurtâmes avec une pierre à la porte de la chaumière où mon domestique jugea convenable de s'arrêter. Il était deux heures.

Je m'attendais à ne voir s'ouvrir la porte hospitalière que dans un temps assez long: au second coup le loquet se dégagea, et nous pénétrâmes dans une grande pièce, sombre à l'entrée, éclairée au fond par une multitude de petites bougies de plusieurs couleurs placées avec symétrie comme sur un autel La jeune femme qui était venue ouvrir était retournée se mettre à genoux devant ces lumières et cette espèce d'autel . elle reprenait sa prière interrompue.

Nous nous dirigeâmes vers elle en traversant la grande pièce, qui était pleine du parfum des fleurs, de l'odeur végétale du sarment brûlé, du genêt vert, et de toutes ces piaules aromatiques qu'avant de porter aux officines médicales de Milan et de Genève les gens de la vallée d'Ossola suspendent, pour les faire sécher, aux poutres de leurs chaumières.

Quand la jeune femme eut achevé une partie de sa fervente oraison, elle se leva pour nous saluer; elle nous dit ensuite a voix basse, en nous montrant un berceau où était une jeune fnfant : C'est là ma fille, et elle mourra cette nuit. Le médei in a dit que pour la sauver il n'y avait qu'une plante, qui .croit a quatre lieues d'ici au haut d'une montagne : mon mari est allé chercher cette plante, le brave homme; mais l'enfant n'en aura plus besoin quand Bartolomeo sera de retour. Comment faire huit lieues, l'aller et le retour, en un instant? La mort va si vite!... Voyez, ajouta la jeune mère en embrassant, sa fille au front, aux pieds, sur ses petites mains pûtes, voyez si la mignonne créature a seulement encore une heure à vivre... Huit lieues I

— Mais pourquoi, dis-je à la pauvre mère, avez-vous mis tant de fleurs autour du berceau de votre enfant, sur cet autel et dans la main de cette bonne Vierge? L'odeur lui en sera peut-être pernicieuse, mortelle.

— Oh! que non, répondit-elle. Ma fille s'appelle *Rosina, petite rose; sa patrone divine est donc Notre-Dame-des- Fleurs, la nbstra signora de" fiori, en grande vénération à Milan, où eile a son église: je lui adresse une prière de désespoir et de résignation pour ma fille Rosine, ma Rosine, ma vie, mon enfant... Rosinel Rosine!

Je ne sais, ajouta-t elle avec un doute déchirant, si Notre-Dame-des-Fleurs m'exaucera: mon enfant est si mal, et je suis si peu sans péchés ; mais, je l'avoue, j'ai plusd fiance in ma prière pour sauver ma fille que dans toutes les plantes que mon Bartolomeo a couru chercher si loin et si inutilement.

^ ous vous êtes égarés dans votre route, je le vois. Vous èies mal tombés; mais voilà dans ce coin de quoi vus rafraîchir; Uuus celle armoire, il y a du pain et du lièvre froid;

et vous, madame, disposez de ce lit; je ne m'y coucherai pas cette nuit: je vais continuer à prier Nolre-Dame-des- Fleurs.

Je me mis à invoquer avec elle Notre -Dime-des-Fleurs ; mais, je ne le cache pas, sans la conviction dont ;a mère de ■n'offrait un si touchant exemple, 2 lie: je

fus bientôt exa tée; mais elle, elle était pi rsuadée, sinon du salut de son enfant, du moins de la puissance de la haute inion qu'elle solli > priions depuis une heure,

elle et moi, quand la porte de la chaumière s'ouyrit brusquement. Ln homme en mt, entra : c'étai! le père de l'enfant, Bartolomeo 11 ne fil attention ni à nous ni à sa femme, qui él lil dans la prière. Cet homme agité précipita dans l'eau qui bouillait sous la cheminée, la ta!utaire, la merveilleuse plante que le docteur avait indiquée au moment delà.: int, etque lui, pauvre Bortolomeo, était allé cueillir si loin, si haut, tout d'une haleine.

Dix minutes après, Bartolomeo versa la décoction dans la bouche à demi-morte de l'enfant.

Ceci fait, le bûcheron s'assit, les mains ouvertes sur ses ger.oux, auprès du berceau, et dirigea un regard béant, sauvage, désolé et curieux sur la figui ' sa fille, pour saisir

sans doute les nuances des effet:» qu'opérait la boisson.

Jusqu'au jour l'enfant ne remua pas plus que sie'.le eût été de cire; mais, au premier rayon de soleil, elle s'agita, se leva sur son séant et balbutia le nom de sa mère.

— Sauvée! vous l'avez sauvée, sainte madone des fleurs! cria la mère les bras tendus, la tète penchée, le regard humide et poité sur la sainte ; vous l'avez sauvée !

— C'est ceci qui l'a sauvée, dit le père en prenant l'enfant dans ses bras et en lui donnant encore à boire de la tisane.

— Demande pardon à Dieu de ton blasphème, disait en riant, en pleurant, en embrassant sa petite Rosine, la femme du bûcheron... Grand Dieu! grande et sainte madone'...

— Grand médecin ! répétait Bartolomeo.

— Notre-Dame-des-Fleurs

— Fameuses planti vos vertus!

Le docteur survint au milieu de la discussion entre le mari et la femme, et s'enquit d'abord de l'étal de l'enfant-

— Oui , elle est sauvée, aifirma-t-il; le danger est passé. Vous avez fait boire à l'enfant, je présume, la tisane que j'avais ordonnée ?

— Oui, .docteur, répondit le bûcheron.

— Voyons, demanda encore le docteur, si vous ne l'avez pas faite trop forte : j'avai s oublié d : préciser la dose.

— Grand Dieu! s'écria-l-il en voyant les feuilles qui nageaient au fond d'un reste d'eaa tièilc. grand Dieu ! quelle erreur! Vous avez fait boire à votre fille une tisane de fleurs de bouillon-blanc! Cette tisane ou rien c'était absolument la même chose pour elle.

Le bûcheron était muet de surprise ; le docteur était confondu pour l'honneur de la science.

La mère seule s'écria avec un fanatisme nouveau : —Sainte madone des fleurs ! c'est donc vous seule qui avez sauvé ma Rosine, ma :

— Cela ne dénionlre-t-il pas, monsieur, qu'il vaut mieux croire que c'est la Vierge-des-fleurs qui a sauvé l'enfant du bûcheron, que d'attribuer sa guérisonà la Deurde bouillon-

uérit pas? Il reste encore à soutenir que ce n'est rien du tout qui l'a guérie. Choisissez,* vous dirai-je à mon tour, comme vous m'avez dit pour l'origine du château de Saint-Germain.

— Où courez-vous donc? cria le docteur. Vous avez dépassé la grille; allé, dez-neus.

Abel et mademoiselle de Touralbe

—Voulez-vous ni'éci nier un instant? «lit Abel quand ils fuient tous quatre sur le point d'entrer au château de Saint- Germain.

— Volontiers, répondit le docteur.

— Eh bien, croyez-moi, nj eau: vouset moi lec il ma lemoisell

intée. C'est pour vous, mademoiselle, que j'exprime ce désir de no pas franchir ùte par la majesté extérieure jo cel ieure, vous vous ima^luti

LE MEDECIN DÛ PECÇi

que rien au dedans ne démentira voire prévision favorable: détrompez-vous; le château de Saint-Germain n'a plus que ses murs.

— Won clier monsieur Abel, votre remarqueétaitau moins inutile, dit le docteur : maden oiselle de Touralbe ne s'attend pas .à rencontrer les somptueux appartenons de Henri IV, de Louis XIII et de Louis XIV.

— Je n'ai compté, ajouta mademoiselle de Touralbe, que sur la mémoire complaisante de monsieur Abri pourm'élever à la magnificence du ebâteau de Saint-Germain.

— Je vous ai prévenue, reprit Abel : entrons puisque vous l'osez.

En gravissant l'escalier ménagé dans la formidable épais-, seur du mur du château, ils parvinrent au balcon dont il est entièrement entouré, et d'où l'on plane sur l'onduleuse campagne arrosée par la Seine.

— Je ne suis plus surprise maintenant, dit mademoiselle deTouralbe, que ies rois de France aient lantdépensé de soins et d'argent pour orner une demeure aussi agréablement situ, r. iNun, je n'ai rien vu en Italie de comparable à eette position : Henri II ne pouvait adresser de plus digne hommage à Diane de Poitiers.

— Ses héritiers, reprit Abel, ont tous également tenu à honneur de constater par des embellissemens sueeessifs leur séjour ici -, mais, comme je vous le disais, ces traces ont disparu : ne cherchez plus ces terrasses de (leurs suspendues les unes sur les autres, et descendant jusqu'aux bonis de la rivière par une (lente insensible; ni ces gioties vertes et fraîches creusi es s ous chacun de ci s plateaux d'une si somptueuse monotonie. La scienci s n'était pas parvenue, sous Henri IV, a la hauteur qu'elle atteignit sous Louis XIV. C'était beau pour le temps, ce serait massif aujourd'hui : on sourirait à voir au milieu de es grottes « un dragon qui bat des

■ » ailes avec une grande véhémence et vernit violemment de » gins bouillons d'eau par 1:; gueule, accompagné de divers s petits oysillons que-vrayment l'on dirait, non pas peints ou » contrefaits, maisvivans et branlans l'aile, qui foui retentir » l'air de mille sortes de ramages, et surtout les rossignols y « rausiquanl a l'envi c: a plusieurs cho urs. »

— Qu'est-ce que loutcela esl devenu et tnda madame Dalzonne.

— Louis XIII oublia de donner de l'eau aux oysillons, aimant mieux s'ennuyer dans son cabinet avec Richelieu; et plus lard Louis XI\ fut choqué de ce, amusemens surannés si chers à son aïeul Henri 1\ . Il lit passer le niveau sur ces terrasses babyloniennes et ies réduisit aune seule, celle que vous voyez aujourd'hui. Il ne respecta que le quinconce plante devant la façade, sans doute parce qu'il lui plut d'en vouer la jouissance à quelques hommes qui l'avaient choisi pour leur promenade. Vers l'après-midi du dimanche, à l'heure tranquille de la méditation, sous rrs arbres, qui liaient la forêt au château, quatre hommes vêtus de noir tnme des philosophes antiques, graves et modestes, passaient et revenaient, s'arrêtaient ou reprenaienl le ir marche harmonieuse. L'un tenait un livre ouverte!, le I1

les consulter, et ceux ci- souriaient et parlaient sans impatience, en gens de haute Bibl el ci s quatre hommes, l'un Bossuet, l'autre Fénelon, h' troisième i ri le quatrième La l ruyère. Louis M V les suivait de l'œil du fond de ent. Voi i comme on passait le «lin I roi; el l'on dirai! que SainUGermain est encore

En longeant le 1 alcon intérieur, sur le fri le appui duquel sont pratiquées de nombreuses i orliques,

et par où l'on- communique château,

Abel ralentit le pas et resta ainsi eu arrière de Calveyrac et du ces dames.

Dans l'isolement, la mélancolie saisit, il s'arrêta. Accoudé à la rampe, il pencha son front sur la solitude de la cour pavée, couverte par |daeis d'herbes et de lames d'ardoises effeuillées par le vent.

De (etie hauteur, il semblait mieux cl plus étroitement nlrer en lui quelques souvenirs épais dans cette résidence si rovaleel si nu n e. L'heure convenait aux évocations

historiques : le château était aussi muet au dehors qu'au de. dans, on n'entendait par intervalles que le bruit rouillé que fait taire lèvent aux bouquets de plomb placés sur les toits, et qu'il tord depuis des siècles à leurs tiges de fer.

— Ouc faites-vous donc la, monsieur Abel? lui cria le doc! :ur, qui s'était arrêté, ainsi que ces dames, n'apercevant plus leur compagnon avec eux; auriez-vous le projet d'élali ir votre dynastie dans l'ancienne résidence des Stuarts?

Et le docteur et ces dames revinrent sur leurs pas pour chercher Abel, brusquement arraché à ses méditations :

—C'est précisément aux Stuarts que je rêvais en ce moment, docteur.

— Il est difficile de ne pas se souvenir de cette malheureuse race, lorsqu'on parcourt ce château où elle passa les longues années d'un juste exil.

— L'exil est-il jamais juste, docteur?

— Du moins est-il quelquefois nécessaire.

— Dans les décrets de la justice humaine, peut-être, reprit Abel. Qui ose cependant se rappeler les fautes des Stuarts quand on sait les malheurs qu'ils éprouvèrent depuis le jour où l'usurpateur Guillaume monta sur leur trône?

— Usurpateur, usurpateur... murmura Calveyrac en hochant la tète : je ne sais pas si, a-chi yeux de Dieu même, les rois qui usurpent pour gouverner avec prudence, fermeté, lumières, ne sont pas plus légitimes que les rois véritablement légitimes de nom qui se laissent prendre leur couronne et leur sceptre.

— Allez-vous, grand Dieu! faire un cours de politique à soixante-dix pitds du sol ? s'écria madame Dalzonne effrayée.

— Rassurez-vous, mesdames : nous ne vous jouerons pas ce mauvais tour Rien que la figure de monsieur Abel suffirait pour vous convaincre qu'il est pour sa part plus disposé à s'attendrir qu'à discuter.

— La dame blanche du château de Saint-Germain seraitelle venue vous raconter a l'oreille quelque tradition du passé? demanda alors mademoiselle de Touralbe a Abel.

— Vous, mademoiselle, et vous, docteur, vous représentez bien a vous deux la manière a peu près générale de juger le

vous qui êtes un homme sérieux, vous ne le mesurez qu'au cordeau des principes; vous qui êtes une personne d'imagination, vous me demandez si une fée sortie de quelque recoin ténébreux m'a entretenu tout bas.

— Et moi, qu'est-ce donc que je représente? s'informa madame Dalzonne.

— Vous, je souhaiterais, madame, que vous fussiez de ceux qui aiment le passé avec moins d'austérité et moins de poésie, de ceux qui l'aiment avec le cœur, qui ne le faussent pas, qui ne l'embellissent jamais.

— Savez-vous ce que signifie au fond ce préambule de monsieur Abel ?

— Pas le moins du monde, docteur.

— Je vais vous l'apprendre : Monsieur Abel s'est rappelé un trait de la vie des Stuarts qui lui aura plu, et il nous en veut beaucoup, à mademoiselle de Touralbe et a moi, qui sommes dans la plus complète ignorance du fait, de ne pas partager sa vénération du moment.

— Voilà, docteur, répliqua madame Dalzonne, une interprétation hardie du peu de paroles de monsieur Abel.

— Elle es! exacte, madame : monsieur Calveyrac ne s'est pas trou

— Alors, dit mademoiselle de Touralbe, nous vous sup-

madame Dalzonne et moi, de raconter l'événement

nie dont vous vous êtes souvenu après nous avoir vo-

lontani I lus ;i travers les détours du balcon. A co

prix ou aura de l'indulgence pour la distraction de monsieur

Abel eu compagnie de deux jeunes d; 's.

— Et le docteur, ajouia le docteur, se joint à la prière de mademi ■ i uralbe stipulant avec tant de grâce au nom des intérêts de la société.

— En jetant les yeux sur évite cour si dévastée par le temps, dit Abel, je n'ai pu m'empêcherds songer aux cent cinquante,

nommes qui avaient suivi Jacques n dans son exil en Cu trait qui les honore, qui élève le cœur et fait re- ■ i • p' ivoir pa ces temps, s'est pa--

LEON GOZf.AN.

sous ce balcon où nous sommes... Braves gens ! nobles cœurs ! défaits avec leur roi à la bataille de Killiecranlde, la dernière de la royauté jacobite, ils brisèrent leurs clàymores, baisèrent la terre natale, et abandonnèrent leurs châteaux pour venir en France à la suite de leur roi et de leur reine... pauvre reine, qui traversa la Manche sur un bateau non ponté, emportant sous le bras, comme un paquet de linge, son fils, celui qui devait être un jour Jacques III, ce roi qui n'a jamais régné ! Louis XIV fut grand... Ne dites pas le contraire, docteur! il alla au devant de Jacques II, il l'embrassa, l'appela «on frère, et lui donna une Hotte pour reconquérir son royaume.; et ce fut lui qui prononça ces admirables paroles : " Je » veux qu'on rende encore plus de respect au roi d'Ângle- » terre malheureux que s'il était dans la prospérité. »

Or, ces fidèles gentilshommes, entretenus aux -frais de Louis XIY, allèrent vivre humblement dans quelques villes du nord de la France. Malheureusement les trésors de leur bienfaiteur n'étaient pas aussi inépuisables que sa magnanimité : ses richesses furent taries par mille causes désastreu ses que vous savez tous; et alors il fallut retirer les pensions aux gentilshommes écossais.

-Jacques II, leur roi, les soutint tant qu'il put, mais ses ressources étaient si bornées ! Quand on fait l'aumône avec Taumône qu'on reçoit, on double sa misère sans soulager beaucoup celle d'autrui. L'assistance fut bientôt insuffisante : les gentilshommes essayèrent alors de prendre des états qui les aidassent à vivre dans l'exil. On vit des Fïtz-James, des Dillon manier le rabot et frapper l'enclume, les yeux ;< tournés vers Saint-Germain, où leur prince gémissait de leur misère.

Après avoir vécu du pain de leur sueur, l'idée désespérée leur vint de demander du service dans 1rs ai XIV. Bons officiers", ils seraient bons soldats; la peine les avait endurcis. Ils offraient des br> s loris, des i œurs vés, des dévoùmens inflexibles. Humblement ils demandèrent à leur roi la permission d'être simples soldats sous 1 peaux du roi de France. Sous Charles VIII et i epuis ce roi, leurs compatriotes n'avaient pas i liciier de sem-

blables e.,;<'!emens. Jacques II soupira, et obtint de Louis XIV ce que les gentilshommes écossais désiraient.

Tristes et heureux, -ces pauvres rois des montagnes se rendirent tous les cent cinquante à Saint-Germain, sous l'uniforme français, si inusité pour eux.

Quand ils eurent nommé eux-mêmes leurs voulurent être passés en revue par leur infortuné roi, qui ignorait jusqu'à quel point ses braves serviteurs auraient mis à exécution leur projet. Un jour qu'il se disposait à aller à ia chasse, unique distraction ù son vaste ennui, il aperçoit en traversant la cour du château, celle-ci même, un ba rangé sur sort passage.

— Quels sont ces hommes? s'informe le roi.

— Sire, ce sont vos braves gentilshommes écossais venus pour vous dire adieu ; ils désirent que vous 1rs passiez eu revue et que vous les bénissiez.

Le roi sentit des larmes lui monter dans les yeux : il se retira dans son- appartement pour contrei pour pleurer. Et alors l'air national de l'Ecosse retentit sous sa croisée, le vieil air de la gui rre, celui qui éi flamme, et qu'on n'entend jamais sais se souvenir qu'on a ' été je»:. e, qu'on a été brave et qu'on a aimé.

Le roi descendit dans la cour. 11 était pâle, ses jambes tremblaient, et des larmes ruisselaient le 1 i qu'il avait revêtu. >

11 dit à ces braves gens :

« Messieurs,

» Mi s | « tre-. Je ne saurais ex] » voir l

blirsor mon trône, ii vos servi

» D'api es vo us allez entre]

» route : j'ai pris soin que vous soyez » soûl' : et de tout ce qui peut u i i

» Craignez Dieu, aimez-vous les uns 1 i^s-moi

» connaître directement vo assurés que

u vous I

>mmes iir ten ite Jacques II pi

es promesses, écrivit leurs noms, si dues sur

eux, il s'écria :

— Parlez, mes enfansl... Votre roi vous bénit! Accablé sous l'émotion, Jacques lise relirait en silence...

Tout-à-coup il s'arrête de nouveau : peut-être n'u-t-il pas tout dit à ses bons servie it sur ses pas, s'incline jus-

qu'à terre, et de longs to unbent de ses

Voilà ce qu'il avait encore à leur dire.

Ses gentilshommes, le cœur brisé, se mirent à genoux et se recueillirent, ils se relevèrent ensuite tiers et beaux de leur fierté, et dénièrent une dernière fois devant leur souverain.

— Cette histoire peut être fort vraie, elle est sublime, dit madame Dalzonne; mais elle ne chassera pas la tristesse dont

ommes tous plus ou moins atteints depuis notre présence au château. Après tout, on n'y a pas toujours pleuré et gémi ; et l'on ne me fera jamais accroire qu'il ne s'y est point

d'histoires amoureuses sous Henri IV, et surtout sous Louis XIV.

— Je suis tout-à-fait de votre avis, madame, aliirma le docteur du ton d'un homme décidé à d là fa première personne imprimer un tour plus gai à la conversation; ]". que vous possédez quel-

—Il y avait une fois, dit madame Dalzonne. un roi qui était amoureux d'un vie de finir là mon

i ste.

Mademoiselle de To

— Moi lecteur.

uralbe rougit davantage.

— Vo oui au haut du chà-

'— C'étaient . des prisons politiqi. .

— Docteur, que vous ave: peu d'imagination aujourd'hui !

— Là,' continua madame Di étaien -'.'-jeunes filles d'honneur de la cor.. - grilles

i : il aperçut mademoiselle de La Vallière. Louis XIV était jeune, il était hardi, pressant, très dangeclia tout de suite à établir une correspondance dû balcon aux croisées ave il adorait déjà,

ayant appris par ses gens de confiance la passion sub Louis XIV, fit aus-

a chambre de :s soumis à v de Navailles, première gouvernante des jeunes filles d'honneur, le roi n'ordonna pas d'enlever la grille; il fut plus as sa royale colère, et i! exigea qu'on plaçât les autres appartenu •:. En devenant générale, la mesure n'eus un affronf particulier infl • de La Vallière.

— \ quoi servit la grille plus lard?

— i)o leur, tirez-en ia moralité qu'il plus

• tail un !:om-

— J'i vrac, mais il

était jeu

' ou ?

— Vo n'avez pas

LE MÉDECIN DU PEU?

SCI

• moins illustres à citer, qw h, reuve.

— E( lé (Tue do Rei ■ inl

rouralbe, n'est-il pas l'adoration lès jeunes

aise !

i ne le nierai pas, mademoi p'er l'attention d'un e supéri el l I

. .11 '. d'i h être publiqui ai ni préféi

ans sa dëiinilion qu'une ambition effrénée? Vous ne «vaincrez pas du conlraire, mademoiselle, lanl que • ■ aurez à m'opposer, pour soutenir votre système, que, . des empereurs ou des héritiers présomptifs. CeWesl pas 1'iutelligerice qu'on distingue en eux, c'est le rang, c'est . ronne.

Pi udanl ce! échange rie- propos enjre le docteur Calveyrac et mademoiselle de Touralbe, madame Dalzonne examinait, appuyée au bras d'Abel^ une cellule qui avail été autrefois meublée avec une perfection angélique : les ruines en sont ■l'une délicatesse infinie. Abel lui expliquait l'ancienne destination de eei.e ièce.

— Je ne prétends pas dire, continuait mademoiselle de Touralbe, que le ran ; ne >il pour beaucoup dans une passion élevée; mais pourquoi ne pas vouloir cela? Associer à l'amour cette ambition dont vous parlez, n'est-ce pas l'épurer, le rendre durable, le. diviniser?

— Peut-être, répondit Calveyrac; en tout cas, vous voilà presque de mon avis : on n'aime pas le roi, vous en convenez, mais la couronne ; ce n'est pas un esprit sage et profond, raie un cultivé qu'une femme recherchera, <e sera la renommée a quisi a cet esprit, s'il a eu l'occasion ou la puissance d'en donner une manifestation brillante. En général, les femmes ne font pas crédit; et pour prouver qa'ellcs ne s'attachent pas uniquen i i rite dans un homme célèbre, elles attendent trop qu'il ait cessé d'être obscur pour l'aimer.

— Vous oubliez, monsii ur, ri pliqua mademoiselle de Touralbe, qui leur amour pour l'homme qu'elles oui choisi est,

consi juence heureuse de leur rôle dans la société, où rien ne grandit sans leur élan, où rien n'a de popu-

- .us leur suffrage ; leur faible pour ce qui est glorieux

i.i de ce qu'il n'y a pas de vraie gloire sans elles. Elles

il beaucoup avec raison, pai inspiré; cl Diane de Poitiers, qui imposa la construction de

teau à Henri II pour qu'il fût un des plus gracieux doinaie.es de ce roi, légua à mademoiselle de La Valiière l'obligation d'aimer Louis XIV, alin de récompi riscr un ri i de ce

il ;'ai! l'autre

— Je souscris a ces éloges qui sonl des vérités, reprit Cal-

dont 'a pensée était autant avec, madame Dalzonne : son attention aux paroles d'Ab .^demoi-

selle de Touralbe; m:i;s je vois avec peiné combien ils me l rai on contre vous. Qu'importe que le penchant inné des femmes pour la renommée vienne d'une cause ou d'une ou d'un droit.'/ i! n'en moins dé-

que, si l'on n'est pas [euni el beau, il est impossible

■i. les faire fléchir aux prote p'us ardentes,

les plus sincères, sans le re iel de la gloire.

ac fui heureux et tremblanl quand ma-

Dalzonne, occupée jusque-là à écouter Abel la rame.

■ nenl empreint aux dorures^

de la place où le i ■• t,*e tourna vers Calveyrac et

\l.el et dit:

— Aimer la gloi e! ci n'i st pas toujours avoir bien choisi,

pues ' pleura

•-ion. vit aussi madeni - ■ ■ partit ; ur I mvenirs

assez ha dai dugraud

il faut al tendre de la splendeur in ara

•. que . tlu mo-

- de la p.i sion. Je

permel llachei i ttn homme illustre, il n'y a

pasen lui uni lusion; mais y aspirei : lei lieicbfcr!...

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