CADUCITÉ ET JEUNESSE
Et, par rétendue étonnante qu'il donne à ce mot, nous voyons quelle importance il attache à la chose.
La génuflexion proprement dite n'appartient qu'à l'homme. Par une métaphore extraordinaire, saint Paul en fait don aux anges. Et par une métaphore deux fois extraordinaire, il en fait don aux démons. Il veut dire par là que les démons obéissent aussi, quoique malgré eux; ils sont condamnés à l'obéissance. Leur révolte est un esclavage. Elie accomplit les desseins qu'elle combat.
Sur la génuflexion, appliquée proprement à l'homme, et métaphoriquement à toute créature, Mgr Gaume a écrit un livre plein de documents, qui n'est pas assez connu.
Il montre la génuflexion comme la loi primordiale des créatures. Loi fatale, dit-il, loi fatale en vérité, car les créatures sont vouées à l'adoration ; elles choisissent seulemcEt l'objet de leur culte. Mais elles n'échappent pas à un culte quelconque, et les idoles prosternent devant elles quiconque ne s'est pas prosterné devant Dieu, Dans tous les temps, dans tous les lieux, la génuflexion a été l'usage universel et immortel du genre humain. Il prie comme il respire. Il ne peut pas faire autrement. L'antiquité païenne et l'antiquité chrétienne sont d'accord pour proclamer cette loi, singulière et universelle, de la génuflexion.
Mgr Gaume a noté les accents de ce concert
étrange, où l'on entend la voix païenne de Pline et la voix chrétienne de Rupert. Les suppliants touchent les genoux, dit Pline; ils étendent les mains vers eux; ils les adorent comme des autels, peut-être parce que là est le principe de la vitalité.
Un ancien commentateur de Virgile, Servius, dit que le front appartient au génie, la main droite à la foi, les genoux à la miséricorde.
L'homme plie le genou depuis sa naissance.
Peut-être même avant sa naissance.
D'après le savant Rupert, le mot genu, genou, vient du mot gêna, joue.
D'après lui, l'enfant est ainsi façonné, ainsi pelotonné dans le sein de la mère, que ses genoux touchent à peu près ses joues et ses yeux.
Le premier usage qu'il fait de ses yeux, c'est de pleurer.
Ainsi la génuflexion et les larmes racontent ou du moins bégayent, dans leur langage, la formation et la naissance de l'homme.
Ainsi la prière, par son altitude même, rappellerait au Créateur l'origine, la misère, la faiblesse, les nécessités profondes de la créature suppliante.
Pendant que tout s'use, la prière ne s'use pas. Et nous sommes avertis, en ce siècle terrible, de son urgence exceptionnelle.