LES PRINCIPES
Les siècles se suivent et ne se ressemblent pas.
Les dangers se suivent et ne se ressemblent pas.
Chaque siècle est caractérisé par un péril spécial, un péril qui est le sien, et qui s'ajoute à la masse confuse des dangers à travers lesquels l'humanité chemine, comme un voyageur perdu la nuit dans une forêt.
Il va devant lui, ce pauvre genre humain, épaississant les ténèbres autour de ses pas, à la fois chancelants et téméraires. Il ressemble àun marcheur trébuchant, mais vantard, qui siffle à chaque faux pas, pour se dissimuler à lui-même les terreurs dont il est enveloppé.
A l'heure présente, telle est la densité des ténèbres, qu'il est difficile d'y comparer, aux quatre points de l'horizon, les différentes épaisseurs.
D'innombrables dangers accidentels s'ajoutent à ce terrible danger, qui est la vie humaine.
Parmi ces périls, j'en choisis un aujourd'hui, et celui-là contient tous les autres : c'est Yindijjcrerice relative aux principes.
Est-ce que vous n'entendez pas dire tous les jours: « A quoi servent les abstractions? Nous sommes dans le siècle de la pratique. A quoi ,^ servent les dogmes ? Nous sommes mamtenant ' des hommes positifs. Les principes ont fait leur temps. La parole est aux faits, aux événements. Nous sommes des gens d'affaires. Nous ne sommes pas des rêveurs. »
Ce langage, qui sort directement de 1 enter, entre dans la bouche des hommes, et nous le voyons éclore, comme une ûeur, sur leurs
lèvres.
Et, parmi les apôtres de cette indifférence, il s'en trouve beaucoup qui se croient conservateurs et se rangent eux-mêmes dans la catégorie des personnes bien pensantes.
Dans la bouche de ces sages, tout ce qui est élevé porte le nom d'abstraction. Toutes les vérités primordiales, essentielles, éternelles, sont des abstractions. Quand ils veulent condamner à mort une vérité quelconque, trop haute pour eux, ils la déclarent abstraite, et quand ils ont dit or mot là, n'insistez plus. Si vous preniez la défense des réalités absolues, des dogmes immuabh>s. vous entreriez dans la catégorie des rêveurs. Vous tomberiez dans la même défaveur que la vérité, si vous osiez la défendre.