LES HOMMES OU LA HATNE
microscope que l'Allemagne a braqué sur la langue grecque, s'il a induit quelques dupes en adoration, n'a pas manqué d'avertir plusieurs hommes de Ijonne foi.
Gœthe faisait sa prière devant une statue de Jupiter ; mais cette monstruosité-là s'est tournée contre elle-même, et le nom de Jupiter est devenu, grâce à elle, plus ridicule.
Cette adoration était bien faite pour tuer du même coup l'homme et le Dieu.
Mais une classe d'hommes a été absolument exclue de la grande inquisition que la science a faite sur l'histoire.
C'est la classe des saints, des écrivains ascétiques, des mystiques orthodoxes.
L'homme veut connaître toutes les richesses humaines, et il faut l'approuver, l'encourager dans cette recherche, qui serait juste si elle n'était exclusive ; mais il veut oublier les richesses divines, et ceci serait étonnant si le secret de la haine ne nous était connu.
En face des trésors divins que l'Eglise possède et qu'on ne veut pas regarder, la haine faisant effort sur elle-même, comme pour triompher des dernières faiblesses de sa nature, revêt le manteau de l'indifférence, car l'indifférence est le chef-d'œuvre de la haine.
Parmi les canonisés, parmi les béatifiés, parmi les héros de la langue et de l'action chrétienne, il en est quelques-uns qui sont les plus grands poètes du monde.
On a essayé de rire de la bienheureuse Angèle de Foligno ; mais quand un écrivain, de ceux que l'on écoute, l'a comparée à Dante, et a admiré en elle le grand poète, les rieurs les plus attitrés ont eu quelque peine à continuer leurs fonctions. Ils ont mieux aimé parler d'autre chose.
Pourquoi donc les grands hommes de lalumière et de la chaleur, les grands hommes de l'activité, siles ailes de la colombe les ont touchés de trop près, sont-ils exceptés de la curiosité actuelle ? Pourquoi, au moins à titre de grands poètes, n'ont-ils pas leur place au banquet de l'histoire et de la littérature?
C'est que l'instinct de la haine avertit ceux qui haïssent qu'il y a chez ces oubliés quelque chose de supérieur à toute supériorité, quelque chose de plus grand que la grandeur, et de plus divin que la musique. C'est la présence en eux du surnaturel chrétien qui, aux yeux de la critique rationaliste, les a placés hors la loi.
La haine n'a jamais le regard de l'aigle, mais, quand elle grandit jusqu'à l'indifférence, elle a le regard du lynx: elle est de race féline. La haine reconnaît ses ennemis, même de loin. Elle suit le mysticisme vrai, comme le cheval suit l'odeur du lion. Elle le suit comme lui, sans réfléchir, sans voir, par instinct ; comme lui, elle se cabre ; comme lui, elle a peur, et comme lui, elle rue. Il y a ici une merveille importante à constater. S'agit-il d'un faux mystique, d'un illuminé hétérodoxe: à l'instant la haine le regarde, le reron-