‹ Le siècleChapitre 112 sur 113 · EPILOGUE · texte numérisé non relu

EPILOGUE

Nous avons dit, au commencement de notre ouvrage que, au nombre des objets trouvés dans le sac de la Veuve de la grande Armée, il y avait un rouleau de feuilles de papier, sur la première desquelles on lisait, en lettres majuscules : journal de ma vie. Ce manuscrit qui attestait que Fleur de Grenade l'avait tracé de sa main aux diverses époques de sa vie aventureuse, tomba dans nos mains ; il était plein de faits curieux et de réflexions philosophiques qui semblaient embrasser une période de vingt années. Nous avons pensé que la publication de cette espèce do mémorial, à la suite de l'histoire de notre héroïne, ne serait pas sans intérêt pour le lecteur. On verra ce que pensait et comment agissait, au commencement de ce siècle, une pauvre fille du peuple. A la lecture de ces fragmeDs, écrits sous l'influence de toutes les émotions de l'âme, d'abord dans un modeste réduit, puis sur les champs de bataille, et enfin dans un château ; on verra, disons-nous, combien il y avait de poésie, de haute raison, de courage et de charité dans l'âme de cette femme tout exceptionnelle.

La Veuve de la grande Armée prouve, par sa vie même, que les nobles cœurs se trouvent toujours à leur place. Soit qu'elle brave la mitraille au milieu de nos colonnes, soit que, comme dans son château de Luceval, elle s'applique à tous les devoirs de l'hospitalité, on la voit, disons-nous, toujours la même, seulement son langage grandit avec sa fortune, mais son cœur ne change pas ; il reste toujours compatissant, poète, et guerrier. Thérèse Roblot manie avec une égale facilité la carabine de voltigeur et l'éventail de grande dame. Sa voix qui, sur les champs de bataille, couvre le fracas de la mousqueterie, devient d'une douceur extrême lorsqu'elle exprime ses senlimens sous les ombrages de l'Alhambra. Sa physionomie et sa voix qui se plient si merveilleusement à toutes les situations de sa vie, font de Fleur de Grenade une créature à part, et expliquent suffisamment les affections qu'elle fait naître; mais tant de moyens de séduction ne lui font pas perdre un instant le respect d'ellemême et l'amour profond qu'elle a au cœur. Elle se marie croyant son amant mort, et elle reste fidèle à ses sermens; elle se marie par trois fois ensuite, sachant que cet amant respire encore, et elle ne se croit pas autorisée à rompre le pacte de fidélité qu'elle a contracté avec le ciel et avec lui. Constance admirable et mystérieuse chasteté qui placeraient la belle Fleur de Grenade sur la même ligne! que Jeanne d'Arc, si, comme la vierge de Vaucouleurs, la fille du ferblantier avait eu une mission divine à accomplir.

Dans l'espèce de journal qui va suivre, nous nous sommes permis d'élaguer quelques passages politiques empreints d'une polémique trop ardente. Nous n'avons voulu faire ni un pamphlet, ni une épode; nous nous sommes renfermé dans le cercle de tout ce qui peut se commenter, et, nous avons l'intime conviction, que c'est surtout de ce roman historique qu'on pourra dire avec le poète :

• La mère eu permettra la lecture à sa fille. •

Page 1