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ORDRE IMPÉRATIF DE L'AMIRAUTÉ ANGLAISE

« Sur le vu de cet ordre, l'officier de marine Tancrède par- » tira immédiatement pour Londres, où il s'embarquera sur- » le-champ à bord du vaisseau Vlcéan, sous voile pour le » voyage au pôle, et qui appareillera le 15 octobre à huit » heures du matin.

» LE LORD DE L'aUIRACTÉ. S

— Le 13 octobre! s'écria désespérément Tancrède, et c'est aujourd'hui le H! Il ne me reste que trente-deux heures seulement pour me rendre à Londres, et si je ne m'y rends pas, je suis déserteur, je suis jugé, condamné, dégradé ! Quelle heure est-il? se demanda-l-il avec un effrayant changement dans le son de sa voix. Onze heures et demie ! se répondit-il. Le courrier de Boulogne part à minuit... il faut que je parte •ur-le-champ !

— Oh ! mon Dieu , milady, cria-t-il avec des larmes qui lui ruisselaient sur les lèvres, votre aveu m'a porté bonheur. Je vais mourir! Je pars pour six ans... avec le capitaine Hog... ce voyage est ma mort... je le sais... six ans sans vous voir!... Puis fermant la porte du boudoir que le domestique avait laissée enlr'ouverte, et s'approchant d'un air effaré de lady Glenmour, il lui dit : — Milady ! prenez bien garde à vous I... Savez-vous avec qui je vous laisse?...

— Parlez!... Oh! que vous me faites peur!

— Avec... mais mon serment m'enchaîne!..

— Un serment?...

— Milady, jetez-vous aux pieds de Pâquerette , s'il le faut, suppliez-la de vous dire ce qu'elle m'a dit... ou bien...

— Ou bienP

— Vous êtes perdue, milady.

Après ce cri de désespoir, Tancrède, dont les secondes étaient comptées, quitta les salons de la comtesse de Boulac pour courir à l'hôtel des Postes, où il n'arriva que cinq minutes avant le départ du courrier de Boulogne. 11 monta dans la malle et partit.

— Ainsi , interrompit le marquis de Saint-Luc, voilà la belle lady Glenmour entièrement sous la dépendance du comte deMadoc...

— Entièrement. Le comte gardait cet ordre de départ communiqué à Tancrède pour une occasion désespérée , et vous voyez qu'il en a fait bon usage... Ce pauvre Tancrède est parti, abusé une troisième ou une quatrième fois sur l'amour de lady Glenmour. C'est le lot de ceux qui aiment sincèrement.

Ses voyages et les événemens dont il fut le héros forment une suite d'aventures des prus curieuses que je connaisse...

— Le reverrons-nous encore ?

— Peut-être.

— Vous me devez pourtant la fin de sa première histoire.

— Il y a tant de dettes qu'on ne paie pas.

— Je vous somme de vous exécuter.

— Nous verrons, mon créancier... mais reprenons.

Obéissant à un^ de ces inspirations que toute femme prudente fera toujours bien d'écouter en pareille situation, lady Glenmour s'esquiva par une des portes de service et se ût conduire chez elle. Elle envoya dire ensuite au laux sir Archibald Castil que s'élant trouvée tout-à-coup indisposée, elle avait été obligée de quitter la soirée de la comtesse de Boulac. Elle le priait de présenter ses excuses à celle cxcel ente dame.

— Encore une question ? dit le marquis de Saint-Luc ce boudoir où l'avait introduiteTancrède était celui de Mousseline?..

— Vous l'avez deviné.

— Les deux maisons, celle de Mousseline et de la comtesse de Boulac étaient donc voisines?

— Voisines et adossées. Celle de la comtesse de Boulac était dans la rue du Mont-Blauc; celle de Mousseline à l'angle d'une des rues transversales. Un simple mur les séparait ; ce mur fut percé, et d'une maison à l'autre, il n'y eut plus qu'à établir le petit couloir dont il a été parlé.

— J'entrevois un piège funeste... dans cette double maison et ce boudoir de circonstance.

— Funeste, en effet, dit le chevalier De profundis... Vous comprenez maintenant le sens et le but de ce billet écrit au crayon par madame de Boulac, et envoyé par elle à Mousseline le jour où elles se rencontrèrent toutes les deux à la course de chevaux à Ville-d'Avray, sur la pelouse du château de lady Glenmour?

— Parfaitement.

— Ce que vous avez vu est le résultat, et ce que vous verrez bientôt sera la dernière conséquence de c« pacte abominable.

— Poursuivez, je vous prie, chevalier.

— Arrivée chez elle, lady Glenmour fit aussitôt appeler Patrick, et lui annonça le départ foudroyant de Tancrède ; mais avant de lui donner le temps de s'étonner de cette nouvelle, elle ajouta :

— Je veux voir Pâquerette , j'ai le plus grand besoin de lui parler... et voici pourquoi... à quoi bon le cacher?... En meqniltant, Tancrède m'a dit... et vraiment j'en suis encore toute bouleversée... que j'étais perdue, si Pâquerette ne me confiait pas un secret. Vous jugez si c'est grave... doeleur... à moins que ce ne soit insensé...

— D'abord, Pâquerette est trop malade pour vous parler... ensuite, je connais ce secret...

— Vous allez me 'l'apprendre, alors...

— C'est inutile...

— Un secret qu'une de mes femmes connail et que je ne sais pas, docteur !... Mais, réfléchissez'...

— C'est fort simple; je suis aveugle, Pâquerette ou Tancrède lisaient mes lettres. C'est Pâquerette qui m'a lu la dernière lettre de lord Glenmour...

— Ah ! il s'agit de lord Glenmour... Mais il est encore plus étonnant, docteur, que ce qu'il vous écrit soit connu de tout le monde excepté de moi... J'ai droit d'être blessée d'une pareille réserve. . i

— Après fout, reprit Patrick avec réflexion, la défense de lord Glenmour n'est ni juste au fond, ni fort sensée dans la forme. Je prends donc sur moi, milady, de vous dire ce secret...

— Je vous écoule, docteur...

— Lord Glenmour vous a parlé avant son départ du comte deMadoc'1...

— Certainement, docteur... un séducteur, Mr. héros d'intrigue, un Dangereux, enfin...

— Je vois qu'il vous en a parlé...

— Mais ce personnage , reprit lady Glenmour, a disparu depuis quelques mois, il me semble... m'a-t-on dit...

— Il est à Paris.

— Ah ! il est à Paris ! s'écria lady Glenmour avec un cer tain caractère d'étonnement... Mais, se reprit-elle aussitôt, quel rapport y a-t-il entre le comte de Madoc, lord Glenmour et le secret que vous m'avez tenu cache?...

— Lord Glenmour, dit Patrick , a craint que ce jeune homme n'eût la coupable fantaisie de chercher à vous voir.

— Et quand il m'aurait vue?

— Qu'il n'eût aussi celle de vouloir vous approcher.

— Eh bien 1 quand il aurait encore eu ce désir-là P

— Milady, je ne justifie pas lord Glenmour, je vous dis sa pensée et ses craintes .. Appréciez-les.

— Ses craintes!... mais il n'y a donc qu'a chercher à me voir pour me plaire?...

— Vous manquez, je crois, dejnstice, milady, envers notre

LÉON GOZLAN

excellent Glenraour qui n'a beaucoup de craintes que parce qu'il a beaucoup d'amour...

— Docteur, dit lady Glenmour en soupirant, ne faites pas tant d'honneur à Hn caprice de sa seigneurie... Mais reprenons : qu'a prétendu dire Tancrèdecn me disant : — Vous êtes perdue

— C'est la fin du secret, milady. Effrayé de savoir le eomte de Madocà Paris, lord Glenmour m'a écrit pour me prier de charger Tancrède et sir Archibald Caskil de veiller soigneusement auprès de votre personne...

— Toujours dans la crainte du comte de Madoe.

— Oui, milady. Se voyant obligé de partir, Tancrède a pensé avec effroi que vous n'auriez plus auprès de vous votre meilleur défenseur, et tel est le motif pour lequel il vous a crue perdue. S'il vous a ensuite engagée ù voir Pâquerette, de qui il tenait probablement que le comte de Madoc est à Paris, c'est que Pâquerette, lectrice ordinairement très discrète, ne lui a fait cette révélation que sous la condition absolue du serment... Voilà tout ce secret.

— On ne saurait dire, en vérité, s'écria lady Glenmour, lequel est le plus fou des trois, de lordGlenmour, ridiculement effrayé du comle, de Tancrède, avec son cri de détresse, ou du comte de Madoc lui-même, s'il pense , — mais y penset-il seulement? — à augmenter à mes dépens sa réputation de Dangereux.

Au surplus, ajouta-t-elle, il me reste toujours pour fidèles gardiens sir Archibald Caskil et vous, docteur... j'en sais un troisième pourtant qui vaut encore mieux que vous deux, docteur...

— Votre mari, n'est-ce pas? et vous avez raison.

— Non, répondit amèrement lady Glenmour.

— Et qui ? si j'ai le droit de le savoi r.

— La fuite l

Patrick se tut sur cette réponse de triste présage. Lady Glenmour, avant de se retirer dans ses appartenons, revint sur ses pas :

— A-t-on, que vous sachiez, reçu de Londres quelque lettre pour moi, dans la soirée ?

— Non, milady, aucune.

— Quand donc arrivera cette lettre ? dit lady Glenmour en s'en allant.

— Quand donc reviendra Glenmour? pensa Patrick obscurément triste, vaguement affecté de savoir lady Glenmour privée de la surveillance de Tancrède, très affligé au fond du départ de ce bon jeune homme, mais plus affligé par dessus toute chose de la perte inévitable, hélas ! et très prochaine de Pâquerette.

Il y eut un point d'arrêt falal au milieu de ce flux et de ce reflux de pressenliniens éprouvés par lady Glenmour et par le docteur

Depuis trois jours Tancrède. était parti, depuis trois jours lady Glenmour ne quittait pas sa croisée, dans l'espoir et toutelois dans la crainte de voir arriver le facteur qui lui apporterait la lettre de la reine; depuis trois jours aussi le comte de Madoc n'avait pas paru à l'hôtel ; depuis trois jours, enlin, l'agonie de Pâquerette se prolongeait.

Pourtant la journée caractéristique s'avança sous les plus radieux auspices : la fatalité a de ces ruses à la Néron et à la Caligub. Quoiqu'on fût en hiver, le soleil se montra dans toute son éclatante majesté : il se costuma en printemps. Il fui chaud, il fut doux, il fut limpide; à défaut de verdure à caresser, il embauma l'air, vernit le ciel et dora les maisons. Ceux qui étaient en santé rajeunirent, ceux qui souffraient se crurent guéris. Pâquerette alla de son fauteuil a la croisée sans trop d'efforts, et de sa croisée elle envoya un sourire au peu de pâle végétation des carrés des Tuileries. Elle se regarda ensuile dans sa glace, arrangea le foulard bleu attaché autour de sa tête, releva une boucle par-ci, une boucle par-là.

Le petit souille de vie qu'elle eut fui partagé entre sa reconnaissance pour une si belle journée et la coquetterie.

Comme il était dit que tout le monde, jusqu'à un certain moment, devait être heureux ce jour-là, lady Glenmour reçut la visite du faux sir Caskil qui s'était fait désirer 11 ne

donna aucune raison de son absence, de peur de laisser maladroitement supposer qu'il avait pu être trop regretté. C'eût été de la fatuité : il ne se croyait pas à tel point indispensable. Lady Glenmour lui sut gré de celte réserve. Elle préféra ce silence après une absence dont elle avait horriblement souffert, à toutes les paroles explicatives. 11 laissait sous-entendre des torts réciproques.

Sir Archibald Caskil s'était montré bien familier quand il avait forcé lady Glenmour à se. rendre à la soirée de la comtesse de Boulac; lady Glenmour, de son côté , était partie bien vite de cette soirée... mieux valait donc cette discrétion des deux parts; et puis sir Archibald Caskil, on le savait, avait pour habitude de brûler tous les petits sillons de l'étiquette. Il n'exigeait rien ; qu'exiger de lui ?

— Milady, dit-il , grande et magnitique représentation à bénéfice ce soir à l'Opéra. La fameuse danseuse nous quitte pour toujours : tout Paris veut assister à ses adieux. J'ai pensé qu'il vous serait agréable d'y être aussi, et j'ai pris une loge dans l'espoir que vous consentiriez à y occuper une place...

— Ce soir?. .

— Oui, milady, ce soir.., Auriez-vous quelque autre invitation ?

— Aucune.

— Alors vous acceptez?

— II est si tard... déjà quatre heures...

— Mauvaise raison, milady.!. Vous avez jusqu'à sept heu res et demie. .

— Je ne sais, en vérité...

— Cette fois, milady, je renonce à employer la forée bru taie. Si le cœur ne vous attire pas. . restez...

Lady Glenmour allait dire : — Oui, je resle. Un domestique entra une lettre à la main.

— De Londres? demanda lady Glenmour.

— Oui, milady.

— Lady Glenmour regarda l'adresse. — C'est bien de Londres ; mais c'est de lord Glenmour au docteur Patrick... Encore quelque secret, sans doute... Qu'on monte cette lettre au doeleur...

Elle se tourna ensuite avec résolution du côté de sir Archibald Caskil.

— Sir Caskil, lui dit-elle, je suis des vôtres ; à ce soir, à l'Opéra.

Quelques minutes après, Patrick descendait et priait le bon sir Archibald Caskil de lui lire la lettre qu'il venait de recevoir de lord Glenmour... leur ami commun.

— Est-ce que vous ne voulez pas en entendre la lecture, milady?...

— Non... docteur... Si un secret allait encore s'y trouver...

— Milady...

— Non, lisez... J'ai ma toilette à disposer pour ce soir... et je n'ai pas trop de temps, comme tous voyez. Sans adieu, messieurs.

Lady Glenmour se relira.

— A nous deux, docteur, dit ensuite le faux sir Archibald Caskil; nous allons donc avoir des nouvelles de ce cher Glenmour qui larde bien de se rendre à nos vœux.

Et le comte de Madoc lut à haute voix l'effrayante lettre de lord Glenmour.

niïVKI.VMONS.

Voici ce que contenait la lettre de lord Glenmour : « Ce serait à vous tuer toue deux sur place, vous, docteiu , et Tancrède, car c'est... c'est tous simplement une infamie des plus inouïes, des plus noires... Vous me déshonorez... vous me laissez déshonorer... Oh! j'en pleure, j'en souffre!... je me vengerai ! .. Je me vengerais encore, je crois, • fussé-jc mort depuis vingt ans...»

— Oh ! mon Dieul qu'est-ce donc? demanda le faux sir

LES NUITS DU PERE LA CHAISE

Archibald Caskil. Comprenez-vous quelque chose à ce début furieux, docteur?

— J'en suis atterre... qu'avons-nous donc fait a Glenmour?...

— Voyons, Uchons de le savoir.

< Comment! oh! comment, Patrick ! je vous écris longue- » ment, je vous préviens que mon plus habile ennemi, le » comte de Madoc, est a Paris; je vous crie, sous toutes les » formes, qu'il ne cherche qu'à me déshonorer dans nia » femme... et l'on a vh, il y a quatre jours, le comte de Madoc « et ma femme en pleine loge des Italiens... Entendez-vous » cela, mon respectable, mon véritable ami, en pleine loge

des Italiens'... Dites encore que ce n'est pas possible, don- » nez-vous la joie de ce doute. Oh! les amis! les amis! Le » dernier des espions vaut le meilleur des amis, dans ce » monde, posr servir votre honneur. »

— Ceci est profondément insensé, dit le comte de Madoc, puisqu'il y a quatre jours, ladyGlenmour était aux Italiens, entre Tancréde et moi.

— Parfaitement insensé, ajouta le docteur Patrick. Mais qui s'amuse donc ainsi de la confiance, du repos et de la raison deGlenmour? On n'a jamais vu d'erreur aussi complète, aussi avérée...

— Aussi comique, dit encore sir Archibald Caskil, qui continua à lire :

« Voulez-vous en savoir davantage? Le comte de Madoc a

• eu l incroyable audace de baiser la main de lady Glenraour

• devant le public, qui les a vus, raillés, bafoués!... Ma i femme!... une comtesse de Wisby!... une ladyGlenmour! » Une pareille souillure !... Je ne connais rien de plus abo-

■ minable que cet homme, si ce n'est elle, si ce n'est vous.

• si ce n'est Tancréde, qui était aussi avec eux dans leur » loge. . »

— C'est trop fort d'extravagance, cher Glenmour, s'inlerterrompit sir Archibald Caskil, vous admettez que Tancréde, ce lynx de dix-sept ans, était dans la loge de lady Glenmour, et que le comte de Madoc a pu lui baiser publiquement la main!...

— C'est ttop fort, en effet, répéta Patrick, qui n'en était pas moins affligé de l'emportement de son ami.

— Voyons jusqu'où ira son erreur, dit le comte de Madoc, qui lut :

« Par où, par qui commencerai je le cours de mes ven-

■ séances?... Vous ne savez donc pas cela? L'affaire de la » loge, le baiser sur la main... Vous ne savez rien?... Est-ce » que le comte de Madoc^vous a corrompus, achetés comme » mes valets, vous et Tancréde, et toute mon infâme mai-

• son?... »

— Il m'aurait aussi acheté , moi , dit en plaisantant le comte de Madoc, enchanté, au milieu de son apparente incrédulité, du ton de conviction de celte étrange lettre.

• N'importe ! je suffirai seul à ma vengeance. Je lui coni sacre toute ma vie, tous mes instans, toute ma raison, si

■ je l'ai encore... Oh! que de sang !.. que de sang! il me

• faut. Aurai-je jamais mon compte?... »

— Pauvre ami, murmura Madoc, qu'il arrive vite pour que nous le désabusions.

• Je viens de voir un des chels de l'amirauté, afin de le » prévenir que je n'attendrai pas les quatre jours que je de-

■ vrais encore passer a Londres pour obtenir la permission i de quitter l'Angleterre. •

— Très bien! pensa Madoc... arrive donc!... lu n'es pas seul à compter les minutes.

» Il m'a répondu, poursuivit Madoc, que je violerais les rè- " glemens en agissant ainsi. Je violerais avec bonheur la » grande charte d Angleterre, lui ai-je répliqué, plutôt que » de rester un quart de minute de plus à Londres... Il a in- « sislé .. je lui ai ri insolemment en plein visage... ce doit » être un ami du comte de Madoc... »

— 11 ne se trompe pas, se dit Madoc.

« Ce doit être un de ceux qui m'ont joué, qui m'ont impi- » loyablement promené par toute l'Angleterre, pour donner » au comte le temps de corrompre ma femme... Oui, ce doit a être un de ceux-là, car mon rire, a fait monter .;i son visage

• un nuage de pâleur... Je l'ai cru mort... L'aurais-je poi- » gnardé sans y faire attention? — Je n'ai plus qu'à me ren- » dreau palais de Saint-James, où je vais de ce pas... c'est » l'affaire d'une demi heure. J'y vais pour remettre mon » épée de capitaine de frégate à celle à qui je la dois, si elle » refuse aussi de me laisser partir à l'instant même. Je ferai » mieux, je la briserai sous ses yeux; je n'en garderai qu'un » tronçon pour le plonger dans le cœur du comte de Ma- »|doe... »

— C'est de la dernière frénésie ! s'écria Patrick.

— Oui, docteur, de la frénésie, répéta Madoc, distrait en ce moment par l'entrée d'une marchande de modes de lady Glenmour, qui apportait un gracieux bonnet «le soirée. Très bien, dit-il ; lady Glenmour fait ses dispositions pour ce soir. Il poursuivit sa lecture.

« Patrick, malgré les apparences, et elles sont accablantes » conlre vous, je ne puis vous croire complice de cet exé- » crable guet apens... mais ne me demandez pas des excuses

• dans ce moment... car je n'en ferais pas à Dieu le père. Je » ne crois pas Tancréde coupable non plus... Pourquoi m'au- >< rait-il trahi?... Je ne lui ai fait que du bien... Mais dites- » lui hautement que je lui détends de toucher à un seul ehe- » veudecet homme; je le veux tout entier... Merci, mon père,

• de m'avoir donné du cœur et une épée. Vous verrez si je « sais en faire un bon usage... vousverrez.

• Je vais de ce pas au palais de Saint-James. En sortant de » mon audience, et quoi qu'il arrive, je m'embarquerai à » l'instant pour la France... Que c'est loin !... A quatre heu- » res je serai à Poulogne... que c'est long!... ce soir donc... » cette nuit vous me verrez... Pas un mot à lady Glenmour; » pas un mol. Ne lui causez pas la joie de la peur... ne lui M ouvrez pas le refuge de l'épouvante... Je couvrirai silen- » eieusement sa faule d'un cadavre... Lequel ?... je n'en sais » rien .. et tout sera dit.

» CLE.\MOl/R. »

— Si Glenmour n'était pas noire ami, dit lé comle de Madoc, après la lecture de la letlre, nous ne saurions trop nous amuser de sa longue et véhémente hallucination. Sa femme sans doute est assez belle pour qu'il en soit jaloux ; il a fait en outre assez de conquêtes hardies pour craindre qu'on ne soit I en té d'entreprendre une conquête aussi riche que celle de lady Glenmour-, mais sa femme est plus ferme sur son honneur, il a tort de l'oublier, que toutes celles qu'il a broyées sous son char de triomphe; et quel homme possède comme lui l'art de séduire sans rencontrer d'obstacles? S'il ne nous annonçait son prochain retour en termes qui ne nous permettent pas d'en douter, j'irais tout de suite à Londres, cher docieur, pour le dissuader, le calmer elle ramènera des sentimens plus justes .. Mais je ne crois pas que dans l'état des choses...

— Vous, partir! s'écria Patrick effrayé de l'impuissance desa cécité cl de son isolement pour veiller sur lady Glenmour. vous, parlir! mais c'est impossible., il faut atreontraire que vous restiez près d'elle. . que vous ne la quitfic; plus... que vous soyez plus que jamais son protecteur... Heureusement, et Dieu en soit mille fois loué ! Glenmour arrive enfin ce soir... celte nui!... il arrivera au plus tard demain malin... et d'ici à demain, quelle puissance an monde, à moins que l'esprit malin ne s'en mêle, serait assez, forte pour nous causer réellement tous les malheiire imaginaires enfantés par 1. s craintes exagérées de lord Glenmour? En linéiques heures, ce comte de Madoc, jusqu'ici invisible, ne se produira pas, il faut l'espérer; il ne triomphera pas; il ne se jouera pas de nos précautions, de notre prudence, enfin de la vertu inattaquable d'une femme placée après tout audessus de toute faiblesse, et des efforts de ses véritables amis...

Patrick saisit en tremblant les mains du comte de Mado* .

— Is'est-rc pas, sir Archibald Caskil ?

— Assurément non, répondit le faux sir Archibald Caskil, troublé d'une si grande confianre, cl d'une confiante si mal placée.

Il se hâta de retirer ses mains...

LEON GOZLAN

Le mouvement fut bi brusque que Patrick le remarqua.

Instinctivement il chercha à reprendre les mains de sir ArchihaklCaskil,maisau mômemomentun domestique entrait, et celle diversion coupa le fil électrique d'une révélation qui eut peut-être évité de bien grands malheurs ..

— Monsieur le docteur, venez vite, dit le domestique, mademoiselle raqueiviie... en vérité je ne sais ce q .'eliea...

— Mais je l'ai vue ce matin... elle était mieux... beaucoup mieux...

— Elle a sonné, aussitôt je suis monté dans sa chambremais elle n'a pas eu la force de me parler ; elle m'a fait des signes seulement., j'ai compris que c'est vous qu'elle désirait, et j'accours...

— Je monte chez ello. allez!... je vous suis... Sir Arehibald Caskil, un mot encore !...

— Sir Archibald Caskil n'est plus là, répliqua le domestique; il est parti comme j'entrais.

— Ah! il est parti... Eh bien ! veuillez prier lady Glenmour de ne pas aller ù t'Opéra avant de m'avoirfait appeler... Recommandez-le lui bien ! ..

Comme presque toules les personnes atteintes de la cruelle maladie dont elle se mourait, Paq. eretle ressentit un mieux perfide au moment désespéré.

Un rayon de soleil oublié p.«r l'été, un brin d'air aurait sufli pour ranimer en elle un atome de vie; ombre elle-même, elle put s'appuyer un instant sur une ombre. Son erreur dura l'intervalle placé entre le lever du soleil et son coucher. Au déclin de l'astre, elle ferma ses ailes

Quand le docteur entra, elle occupait le fauteuil dans lequel l'avait laissée Tancrède après l'épouvantable confidence qu'elle lui avait faite quelques jours auparavant; seulement, elle portait sur son \isage ce reflet doux et blanc, glacé de rose, que jettent les lampes d'albâtre au moment de s'éteindre, et les jeunes filles à leur dernier crépuscule.

Le docteur s'approcha du fauteuil ; il passa lentement ses mains sur le visage de la malade.

Pâquerette ne s ntitrien.

La nuit sombre se. fit vite ; on était dans l'hiver. '. Le docteur, après une heure d'attente, avança à talons des lèvres amincies de 'a jeune fil c un cordial en rgique cjn'il avait fait préparer pour elle, en prévision d'un cas extrême

— C'est inutile, bon docteur, murmura enfin Paqueretle, surprise par la fraîcheur du cristal qui to jcha sa bouche.

— Au conliaire, prenez cela..... vous vous trouverez mieux...

— Mieux I redit amèrement Paqueretle.

— Vous voulez de la lumière?... j'appellerai.

— Est-ce qu'il est nuit?

— Oui ..

— Il me semble, à moi, qu'il fait grand jour... ma chambre est pleine de ce beau soleil d'or qui esi entré ici tout le jour... vous vous trompez, docteur, il n'est pas nuit... je suis inondée de clarté.

Le docteur ne chercha pas à contrarier la vision de la malade, placée entre la veille et le sommeil, sur les limites déjà bien éloignées du monde réel.

Il hocha douloureusement la lète .. a Ceci n'est pas le délire, pensa-t-il, c'est autre chose. »

— Mais que tenez-vous là, dans la main? dit-il ensuite à Iainalade; car en voulant s'assurer de l'état du pouls il avait touché comme des feuilles sèches...

Pâquerette ne répondit pas.

— Qu'est-ce donc? se demanda le docteur ... Ah I fit-il ensuite en lui-même, c'est une guirlande de fleurs... une couronne... Pauvre enfant ! elle a tressé quelque parure, son occupation chérie, pour se distraire de ses longues et der- ■lères douleurs...

Au bout d'une demi -heure de silence, Pâquerette reprit :

— Oh! mon Dieul que c'est beau ! que c.Vst éclatant partout! cela me fait mal aux yeux... il y a trop de lumière, ici ; ce n'est plu* le soleil que Je vois dans ma chambre... mais je ne suis plus dans ma chambre...

— Et où êtes-vous, mon enfant ?

— Vous y êtes aussi : nous sommes au bal... à Ville-d'Avray... Comme on parle ! comme on rit ! comme on chante ! comme on danse!... Voici lôdy Gienmour... qu'elle est belle!... voui Tancrède... voici .. Ah ! mon Dieu! on l'a donc laissé entrer? Chassez-le, docteur, chassez-le .. c'est le comte de Madoc! mais chassez-le donc!

— Ce nom lui est obstinément resfé dans la mémoire depuis, l'avanl-derni'ère lettre de Glenniour qu'elle m'a lue.

— Ah! reprit plus librement Pâquerette... il est parti du bal... lady Glenniour en est parti aussi... ils ne sont plus dans les salons...

Rapprochement bizarre : as moment où Pâquerette annonçait dans son hallucination le départ de lady Glenniour et du comte de Madoc du bal de Ville-d'Avray, la voiture de lady Glenmour roulait sous la voûte de l'hôtel pour la conduire, elle et le comte de Madoc, à l'Opéra, ce qui fit aussitôt souvenir le docteur Patrick de l'ordre qu'il avait donné au domestique. Ceîui-ci avait-il oublié de prévenir lady Glenmour? Mais elle partait pour l'Opéra sans lui avoir parlé... Ce contretemps ajouta à l'accablement d'esprit du docteur.

— Nuit mauvaise, dit-il... en croisant désespérément ses bras et toujours debout devant le fauteuil de Pâquerette ; nuit mauvaise!

— Non, ils ne sont plus dans les salons, continua Pâquerette... On les cherche... Qui donc les cherche? .. C'est... c'est lui !... c'est lui!... dit elle en descendant de ton et un poussant un soupir fait du reste de sa vie... Où est ma couronne de roses blanches? se demandât-elle ensuite brusquement. Ah ! la voilà sur ma tête.

La couronne de roses blanches est sur ses genoux, murmura Pairick... elle n'est pas sur sa pauvre lé e.

— Que c'est singulier! continua Pâquerette, qui s'exprimait avec la lenteur prolongée d'un dernier écho ; voilà trois femmes habillées de noir, placées chacune à un coin de la salle de bal... Elles sontbelles, mais piles... pâles. . pâles! Elles ne dansent pas... elles ne parlent pas... elles ne rient pas : pourquoi sont- elles ici?

Tancrède m'a fait signe qu'il les a vues aussi.

De qui sont-elles en deuil? sont-elles sœurs?... Ahl je le remarque... elles sont encore plus blanches que tantôt. Elles blanchissent encore... elles blanchissfnt toujours. Leurs mains semblent de craie.

— Etrange illumination cérébrale, pensait le docteur...

— Mais le bal touche à sa fin, il se dégarnit peu à peu... cependant on danse toujours... Les trois femmes pâles, vêtues de deuil ne s'en vont pas... Elles ne rient pas... elles ne dansent pas... elles ne causent pas... Seulement elles se rapprochent à mesure que le cercle se rétrécit... c'est de moi qu'elles se rapprochent! .. La salle est bientôt vide... Tancrède est parti... je ne le vois plus. ..je vais donc resterseule?...Etces trois femmes noires toujours plus près de moi !... Me voilà seule avec elles!... — Laissez-moi !... j'ai peur!... oh ! j'ai peur!...

— Docteur! s'écria Pâquerette en se levant, en se jetant, en se cramponnant convulsivement au ccu de Patrick, a 3 trois femmes, c'est la mort!... je ne veux pas mourir! Je suis trop jeune... je veux encore vivre... beaucoup vivre... fai'.esmoi vivre! Oh! faites-moi vivre! C'est si bon de vivre... j'aime tant à voir le ciel et les premiers lilas... Docteur... tenez ! rien qu'un peu 1... Mais vivre I vivre I

Et la poitrine de Pâquerette se gonflait et ses yeux s'empHssaient de larmes, et ses bras raidis un instant se détendirent; elle abandonna le cou du docteur et retomba dans le fauteuil.

Cet affaiblissement dura plus d'une heure. Pâquerette n'en sortit que pour dire : — Docteur , je suis chrétienne, et je veux mourir en chrétienne..;

— Très bien, mon enfant... c'est une bonne pensée, quoique le danger soit loin...

— Songeons au danger de l'âme, mon ami... c'est le plus pressant,..

— Je ne suis pas ministre du seigneur... vous savez... Mes lumières sont bornées, ma vertu...

— Qu'importe!... vous croyez en Dieu comme moi, doc-

LES NUITS DU PÈRE LA CHAISE

leur... Et puis, J'ai besoin d« soulager mon ame ; elle est pleine, elle est lourde... Il faut être léger pour aller la-haut. Il faut que je parle. Je souffre de mon silence... j'ai soif de ra' épancher... Ecoutez ma confession.

— Moi?.;.

— Hâtez-vous, mon ami... ma vue se trouble, mes forces s'en vont... mon intelligence...

Patrick étendit alors ses mains sur la tête de la pauvre enfant, comme pour conduire au ciel cette âme si pure, qui se croyait égarée et chancelante.

Pâquerette, à demi lev^e sur son séant, et s'appuyant, brisée et détendue, sur un bras du fauteuil, dit pourtant avec la netteté d'une jeune martyre :

— Mon ami, je m'accuse devant Dieu qui m'écoute d'avoir eu de l'orgueil..

— Vous, pauvre Pâquerette?...

— D'avoir voulu et d'avoir cru être plus jolie que lady Glenmour... Me pardonnez- vous ?...

— Dieu vous pardonnera...

— Je m'accuse de n'avoir pas révélé à monsieur Tancrède un secret que j'aurais pu lui dire douze heures plus tôt... Un éclair de jalousie...

— Encore ce secret, pensa Patrick, cette recommandation de Glenmour de surveiller sa femme, parce que le comte de Madoe était à Paris.

— Me pardonnez-vousP... ceci est grave, docteur, ceci est rès grave.

— Je vous pardonne... vous êtes un ange!

— Dieu vous entende, ami. . car j'ai encore une faute plus grave à vous confesser. .

— Parlez...

— Une faute plus grave... et dont je meurs... Pâquerette se donna un eoup sourd dans la poitrine...

— Oui, je meurs de cette faute... J'ai eu la témérité, l'orgueil, la faiblesse... Mais la voix de Pâquerette s'éteignit... le malheur!... Ah! c'est un malheur aussi... le malheur d'aimer...

— Assez, mon enfant... vous allez vous tuer...

— Patrick 1 cria tout à-coup une voix qui venait du bas de l'escalier, Patrick! Tancrède!... Au son ae cette voix, Pâquerette exhala un suprême soupir, raidit ses bras sans ouvrir ses mains, qui tenaient la couronne de roses blanches, et elle expira. Sa confession s'acheva dans le ciel.

— Patrick ! Tancrède ! continuait à appeler lord Glenmour en allant de pièce en pièce déserte et muette, et sans prononcer jamais, par un scrupule d'honneur, le nom de sa femme.

Mais aucune voix ne répondait à la sienne.

Les domestiques, profitant de l'absence de leur maîtresse, du départ de Tancrède, de l'agonie de Pâquerette qui retenait le docteur dans les pièces hautes, étaient tous sortis.

Glenmour traversa comme une tempêle les appartenons de sa femme, ceux de Tancrède, et il murmurait toujours : — Personnel personnel Que sont-ils devenusP où sont-ilsP ne suis-je pas chez moi?.. . est-ce un rêve?... Rêve ou non, je saurai ce qui se passe ici !.. .

Il s'élance au second étage de l'hôtel , toutes les portes en sont fermées. Il frappe , l'écho vierge des chambres récemment meublées lui répond. Il redescend, remonte, écoute penché sur la rampe; point de bruit, pas de mouvement.

Dans un dernier effort, il gravit jusqu'au troisième étage, longue rangée de petites portes cellulaires. Une de ces portes laisse passer un filet de lumière; il frappe. —Qui est làP répond une voix... Glenmour la reconnaît, e'est celle du docteur.

— Patrick! Patrick! ouvrez-moi donc !... c'est moi... Glenmour... Mais ouvrez. . parle diable!

La porte s'ouvre, Patrick se présente.

— Et lady GienmourP

Tel est le premier mot qui jaillit des lèvres de lord Glenmour.

— Vous dites, mon amiP...

— Docteur, êtes-vous sourd P , Je voui demande lady Glenmour.

li srJtcii. — T.

— Mon ami, regardez...

— J'ai bien le temps de regarder!... Je vous dis. .

— E le est morte...

— Qui?...

— Pâquerette...

— C'est bien... mais lady Glenmour ! lady Glenmour !

— Mes devoirs qui m'ont attaché ici toute la soirée,..

— Vous nevoulez donc pas me dire oùelleestP...

— Au spectacle... je crois .. je présume ..

— Lequel?

— Ami, ce cadavre...

— Lequel ? vous dis-je.

— A l'Opéra... il me semble...

— J'y cours ..

Lord Glenmour se retourna brusquement, un pied sur la porte, un pied dans la chambre.

— Et avec quiP... Avec Tancrède, sans doute?

— Tancrède est parti pour Londres.-

— Parti !. . qui l'a fait partir P

— L'amirauté... un ordre...

— Ce n'est pas vrai... Mais enfin... avec qui lady Glenmour est-elle au spectacle P

— Avec sir Archibald Caskil...

— Avec sir Archibald Caskil!... Toujours sir Archibald Caskil!...

— Oui...

— C'est faux! c'est faux! vous dis-je, Patriek. C'est une trahison !

— Mon ami, je suis sur qu'ils sont allés ensemble à l'Opéra.

— C'est faux ! mille fois faux- ! sir Archibald Caskil est au Cap, d'où il n'a pas bougé depuis cinq ans. Voilà une lettre de lui, je l'ai reçue hier...

— Est il possible? .. Mais alors...

— Docteur ! vous avez été abominablement joué depuis trois mois...

— Joué! ce jeune homme n'est pas sir Archibald Caskil!

— Moi qui vous avais donné ma femme à garder!... Vous n'êtes bon qu'à garder des cadavres.

Sur ce dernier et terrible reproche adressé à Patrick qui reprit tranquillement sa prière auprès de la jeune morte, lord Glenmour descendit à la rue et courut vers l'Opéra.

Il était plus de minuit et demi : le calme le plus profond régnait dans Pair.

— Comme mon épouvantable malheur s'agrandit et se découvre à chaque pas que je fais ! murmura-t-il en arpentant les rues solitaires voisines des boulevards ; Tancrède est parti, il a été éloigné par le comte de Madoc... Aux blessures je reconnais l'arme... Sir Archibald Caskil n'est jamais veau en France...

Pourquoi sir Archibald Caskil mêlé à tout ceci ? Quel est cet homme qui a pris son nomP... Je vais le voir... c'est quelque ami du comte de Madoc... Dans quel intérêt a-t-il pris ce nom , le nom d'un homme qui habite une autre partie du globe?... Y aurait-il quelque ressemblance P Pourquoi le comte l'aurait-il introduit chez moi?... Que de mystères terribles!...

Oh! lady Glenmour! lady Glenmour!... je vais les découvrir tous... Mais le plus honteux de tous ces m> stères , le plus douloureux, le plus avilissant pour moi est celui de vous voir jetée au milieu de tous ces doutes, de ces soupçons, de ces pièges scandaleux ou vous ne seriez pas tombée si vous m'eussiez aimé...

Que vais-je apprendre, que vais-je voir dans quelques minutes?....

LEON GOZLA.N.

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