‹ Le siège de JérusalemChapitre 27 sur 41 · ACTE TROISIÈME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME

Le Camp des Gardes

Les soldats jouent aux dès sur des tambours à la lueur des torches. Au loin la lune éclaire la mer et les remparts. Un pêcheur dans une barque compte des poissons argentés ; son filet trempe dans la mer. La porte de Jérusalem est ouverte. On aperçoit les maisons d'une ville gothique ; une

sœur de charité fait entrer dans la ville du bétail de toutes sortes: béliers, taureaux, chèvres, chameaux. La

sœur de charité ferme la porte; la barque du pêcheur s'éloigne. Pendant les répliques suivantes on voit saint Matorel en blanc sur l'eau dans une barque ; il va jusqu’à la porte de Jérusalem, bouche la serrure et vient lentement vers le rivage. Musique et chants lointains.

ABRICOT Si javais ma cornemuse, je jouerais des airs de mon pays natal. Les bourses rondes font

partout. Quand nous avons perdu trois sous au

biribi, il faut s'arrêter de jouer faute d'argent. Les

dansent la bourrée pendant que nous grelattons

froid de

lotll n'est J)eiS loin.

entendu mon coq. La bise de l'aurore nous fait froid

à nous, aux chefs, ça leur tient chaud.

GRAIN-DE-MUSC

Ne parle pas des chefs car la nuit entend tout. { Les nuits sont fraîches, le jour est loin. Le coq chante quand ça lui passe dans ie ciboulot, ie coq n'a pas besoin du froid de l'aurore pour chanter,

s'il lui plait de chanter.

ABRICOT

Mon camarade est couché dans un pré

Y a pus qu’ des os

Y n’est pas enterré Le trou d’ son nez on y mettrait son doigt Et ses deux œils c’est comme du chocolat.

GRAIN-DE-MUSC

L'été qui vient ça te f’ra z7’un complet En satin vert avec des grands plumets Si ya des pomm”,il aura des grelots Mais ses doigts d’ pieds n’ont pus besoin d’ sabots.

REFRAIN Le camp! le camp! le camp!

Foutre le camp en Angleterre Le camp! le camp! le camp!

ml eee , Pme ss 2 Quand esi-Ce qu Où NOUS 1oûtra 16CAMP :

ABRICOT

Ah! qu'un boulet me gratte la peau ou qu’on me rende à ma fiancée, à ma mère et à ma sœur Nini. Je n'étais pourtant pas mauvais chien quand

le sergent recruteur a passé, maintenant je suis aussi

cachiman que vous autres; si je n'avais pas signé

le papier, j'irais encore mon chemin de braves gens.

EXTREMITE-DU-FLEUVE

Moi, je ne suis devenu soldat que par la colère des gendarmes. J'étais cultivateur à la journée. J'avais un camarade qui était fermier et qui allait en Angleterre tous les ans vendre des petits pois; un jour . . , pe je lui donne de l'argent pour quil me rapporte une montre de Londres; il rapporte la montre et, un soir, en sortant du cabaret de Goïran avec moi, il

, , . . . pen .

me réclame l'argent que je lui avais déjà remis. Il tirait un pistolet de sa poche — je reverrai toujours ce pistolet dans ma mémoire — « Ton père, me dit il a huit cent soixante dix francs d'économie, j'irai

les chercher cette nuit! >» Je le suis en pleurant et

en le menaçant. Je criais pour avertir devant la porte de mon père. Les gendarmes nous ont arrêtés tous les deux. Le juge consulté m'a fait des excuses dans la cour de justice mais les cultivateurs se sont méfié de moi depuis ce temps; alors, sans travail, j'ai proposé mon service au collecteur d'hommes pour l'armée du prince Cambyse. Je ne suis pas ici sans regrets.

PISTACHE

Georges, chante encore ta chanson! tu chantes

admirablement bien et quand tu chantes ta voix

chauffe contre le petit froid de l'aurore.

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