DEDICATOIRE
prosternoient devant leurs amants , se rouloient dans la pous&ière à kurs pieds , <m s em poison noient, oube précipitaient dans des fleuves, ea faisant périr avec elles le Truït d« leur amour qu'elles porloïettt
dahs leuï sera (i)
. Les £>€r5onnes sensibles qui ont trouvé ces peintures fort nobles et fort touchantes , diront peut-être qu'on naùrok jamais dû présehter l'image du crime sur lequel toute la fiction de cet ouvragé est fon-* dée. Ce crime lest atroce ; mats il
(i) Je ne blâme dans ces ouvrages que ce Qu'ils ont d'immoral , et (Set amour effroyable. D'ailleurs, J?ai .loué ' sincèrement lès talents des auteurs j et /loin de me'rétraçter> J'ajoute, tvec plaisir que leurs dernières productions iotrt , ; à tous éga»^- , Beaucoup plus dignes de talents si distingués. • f
sij ÉPITRE
n'est point produit par l'amour ^ et il est conté sans détail : cet affreux récit tient six lignes daûS ce roman , et il n'offre rien de plus révoltant que les vers dans les* quels Racine représente V implacable Athalie un poignard à la main, égorgeant tous ses petits -fils au berceau. Cléopâtre , s'erapoisonnant pour empoisonner son fils , n'est pas non plus un crime commun ; enfin , ce qui , dans ce genre , se supporte au théâtre , est encore plus supportable à la lecture. Peutêtre , en cherchant ainsi à me faire un appui de l'autorité des grands 1 maîtres , ne retirerai - je d'autres fruits de cette espèce d'apologie qne de lire dans quelque journal que je me suis comparée à Corneille et à Racine.
DEDICATOIRE. xiij
On a peint le fanatisme , c'està-dire un zèle extravagant et sanguinaire , beaucoup plus réprouvé par l'Evangile que par la seule sagesse humaine : on a peint l'exaltation de toutes les passions dangereuses» Pour moi , j'ai voulu peindre, dans cet ouvrage, la seule exaltation qui ne puisse produire des excès nuisibles aux autres et à soi- même ; la seule qui sbit toujours accompagnée d'une invariable modération de principes j. la seule qui laisse subsister ensemble ce qui , dans toutes les autres , se détruit mutuellement y la douceur et l'énergie y l'enthousiasme et la raison, l'ardeur passionnée et la constance : j'ai voulu peindre enfin l'exaltation de la véritable piété.
J'ai réfléchi à l'utilité dont elle
xU EPITRE
pou voit être aux autres et à soimême , dans toutes les situations de la vie et dans l'abîme le plus profond du malheur.} et c'est uniquement d'après cette recherche que j'ai composé le plan, de ce roman. Ce plan exigeoit nécessairement 7 une héroïne parfaite] *& pour la peindre telle , avec vérité et vraisemblance , je l'ai supposée humble , docile , et suivant les conseils d'un guide vertueux ; car il est impossible qu'une jeune personne , quels que soient ses principes et la pureté de son cœur , puisse se conduire toujours d'une manière irréprochable , si elle compte trop sur ses propres for- Ces , et si elle dédaigne les conseils de l'expérience.
Il m'a semblé que , indépen-
DEDICATOIRE. xv
damment dé toute idée religieuse, cette exaltation de l'imagination et ces çiouvemenjLs passionnés dç l'àme dévoient intéresser, comme études et développements du cœur humain ; mais cette pensée n'a eu aucune influence sur le choix d'un tel sujet , et personne n'imaginera qu'en écrivant cet ouvrage j'aie été guidée par le désir de plaire à tout le monde (i).
(1) M. de Chateaubriand a peint le premier dans un roman, d'une manière admirable, l'exaltation de la piété ( dans Àtala ) } mais elle est représentée ici sous des rapports tont-à-fait différents. M. de Chateaubriand a décrit avec un talent incomparable les mœurs sauvages - il a montré la vertu sublime dans des déserts :
ici , elle est voilée , méconnue , persécutée dans la société, et forcée par un devoir positif et sacré, non seulement de s'immoler elle*
xyj EPITRE DEDICATOIRE.
même r mais de se cacher p de s'anéantir aux
jeux de tous les hommes-, Ainsi ces deux
ouvrages, quoique inspirés par la même croyance et par les mêmes principes, n'ont entre eux, heureusement pour celui-ci , aucune •espèce de ressemblance. -
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vn
Au déclin du plus beau jour d'un été brûlant y le jeune et vertueux Valmore , et sa respectable soeur , fatigués d'une longue promenade dans les champs , s'arrêtèrent sur le bord d'une prairie ; Valmore tenoit par la main le petit Jules son enfant ; il lui permit d'aller cueillir des fleurs. Jules , avec la gaîté de son *ge t s'éloigne en courant. Valmore s'assied à coté de sa sœur sur un tertre de gaion ; et , croisant ses mains sur sa 1. i
poitrine , il contemple avec ravissement les cieux et un paysage enchanteur. De temps en temps ses yeux se reportent et se reposent sur Jules , sur cet enfant charmant , l'objet de sa plus tendre affection et de ses plus chçres espérances!
Il se livre au charme d'une délicieuse rêverie ; il jouit de son bonheur , de ses projets ; il peut sans remords et sans repentir se rappeler le passé ; il ose compter sur l'avenir !....♦.. Après un long silence, il se retourne vers sa sœur, et prenant affectueusement une de ses mains qu'il presse dans les siennes : O ma chère Amélie, lui dit -il, sous quel astre heureux je suis né!..*. Votre sage vigilance m'a préservé des écarts si communs dans la jeunesse ; la différence de nos âges n'est pas assez grande pour détruire entre nous l'égalité fraternelle , et elle a suffi pour vous donner sur moi tous les droits et toute l'autorité d'une institutrice et d'une mère. Vous n'avez élé exefripte ni d'inquiétudes ni de pev*
DE LA ROCËELLE. 3
fies ; vous avez pleuré les auteurs de no* jours : j'étois trop enfant pour partager votre douleur , et depuis, guidé par vous, tout m'a réussi. J'ai perdu , il est vrai , la compagne que vous m'aviez choisie ; une épouse vertueuse , et la mère de Iules devoit sans doute m'être chère ; mais son cœur peu sensible y vous le savez , ne demandait au mien que de l'estime j je l'ai regrettée sans perdre le bonheur. L'héritage immense du duc de*** assure à Jules un titre brillant, une grande fortune; et, sans nuire aux intérêts de cet enfant chéri , je puis enfin disposer à mon gré de mon cœur et de ma foi. Sans doute , reprit Amélie en soupirant , je ne dois pas être étonnée que vous ayez à vingt - six ans le désir de vous remarier. Mais vous êtes heureux, et vous allez commencer une
nouvelle carrière !.. Votre avenir
ne pou voit m'offrir qu'une perspective douce et brillante ; maintenant il se couvre pour moi d'un nuage !.... Celle
que vous allez époraer est si jeune I...
Clara n'a que dix -sept ans!..... — Mats elle est si naïve et si pure ! Elle unît à toute l'innocence de son âge tant de raison et un caractère si parfait J
— Elle est charmante , j'en conviens , sa naissance est illustre , et je trouve bien simple que vous préfériez Clara, sans fortune, à la riche héritière que le cardinal de .Richelieu vouloit vous faire
épouser — Pourquoi donc , ma
sœur, ce mariage paroît-it vous affliger?
— Ah! je vous l'ai déjà dit , j'ai le plus invincible éloignement pour le père de Clara , ce taciturne Montalban , dont la physionomie repoussante forme un contraste si frappant avec la douceur
affectée de ses discours — Je ne
conçois pas comment , avec l'indulgence naturelle de votre caractère , vous avez pu prendre une telle prévention contre un homme dont vous n'avez rien vu de
répréhensible — Que vous dirài-je ?
11 me fait peur. Je trouve quelque chose
de si effrayant du m son regard sombre, toujours errant dès qu'on le rencontre,
toujours fixe quand il croit qu'on ne le voit pas ! Il n'observe point , il épie , et c'est avec l'inquiétude d'une mauvaise conscience. D'ailleurs , tout est mystérieux dans sa conduite et dans sa vie. Né Français , il a passé vingt ans en Allemagne > et quinze depuis son veuvage ; cependant il envoya sa fille unique en France ; elle était encore au berceau. Elle a été élevée au couvent avec une sorte de magnificence : on n'a rien épargné pour son éducation , et néanmoins son père est rainé j on ne sait ni ce qu'il a fait , ni quelle place U avoit à ta cour de l'électeur de ***• Par une bieârrerie inexplicable , il envoyait à sa fille des bijoux précieux et des pierreries , sans avoir jamais fait-un seul voyagé pour k voir.
Il laisse entendre qu'elle aura un jour une grande fortune, et il refuse de s'expliquer là «dessus. Enfin, il ne la
connaît que depuis un an ; et , froid et sévère avec elle , il n'a nullement l'air de l'aimer. — Que nous importe qu'il ait de la singularité dans le caractère?
il n'a point élevé Clara — Grâce au
ciel , elle n'a pas avec lui le moindre trait de ressemblance. A ces mots , Valmore sourit et changea d'entretien. Peu d'instants après , le ciel se couvrit de nuages , et le coup de tonnerre le plus
éclatant fit retentir le vallon
Jules ! Jules 1 s'écrie Val more éperdu , en s'élançant vers la prairie. A h lueur d'un éclair éblouissant, il a voit cru voir à l'extrémité de la prairie Jules terrassé par la foudre !....-. Mais bientôt Jules fut dans se sabras. Après une telle secousse , Tâme tout entière ébranlée ne peut se rouvrir à la joie qu'avec un, attendrissement douloureux. Valmorô étoit si bouleversé de ce spectacle effrayant , qu'il sembloit qu'il vînt de connoître pour la première fois la possibilité de perdre son fils. Ah! quel cœur
paternel eut jamais de lui-même cette désolante prévoyance ! L'amour fait si facilement une certitude de l'espérance que notre enfant doit nous survivre!
nons voyons sa tombe si loin de la
nôtre! Hélas! c'est un vœu de la
nature plutôt qu'une loi ; c'est une promesse nécessaire , mais trop souvent trompeuse, et qui , sous nos yeux, peut être trahie mille fois , sans que nous perdions jamais entièrement la sécurité qu'elle donne. Valmore, avec un mouvement passionné , serroit Jules contre son sein. Un profond sentiment de tristesse imprimoit dans son âme abattue le plus funeste pressentiment : ses pleurs inondaient son visage; Amélie lui partait en vain , il ne l'écoutoit pas. Cependant au bout de quelques minutes , il parut se calmer. Alors Amélie le pressa de retourner au château , obser- * vant que le temps sombre et les éclairs annonçoient un nouvel orage. Oui , reprit Valmore en soupirant , la foudre
paroît cachée sous ces nuages noirs!....
Et tout à l'heure l'horizon qui s'offroità notre vue était si brillant et si pur!....
hélas! trop fidèle image de la vie ctd«
mon avenir peut-être ! En disant ces
paroles, il se leva, il saisit Jules par la main ; car dans ce moment de trouble , il n'aurait pas souffert qu'il s'éloignât de lui , et il prit tristement le chemin du château.
Ces douloureuses impressions furent bientôt effacées par la présence de Clara , qui , sortie du couvent , vint le soir même avec son père. On devoit célébrer les nopes aussitôt que Montalhan serait de retour d'un voyage de quelques jours qu'il alloit faire.
Clara , âgée de dix-sept ans , sensi^te , ipuocente , ingénue ; aimoit Valmore sans trouble et sans chercher à cacher le sentiment si pur qu'elle éprouvoit.
Elle révérait, tant Valmore , qu'en s'occupant des moyens de lui plaire , elle ne songeoit qu'à gagner son estime.
Le suffrage de Valmore étoit pour elle d'un prix inestimable ; elle n'étoit sûre de la droiture même de ses intentions que lorsqu'elle se voyott approuvée par lui. À cette âme remplie de candeur et de sensibilité , Clara joignoit tous les charmes extérieurs. Elle avoit un teint éblouissant, un visage délicat et régulier, et sa taille , à la fois élevée, élégante fi majestueuse, don n oit k sa beauté le caractère le plus frappant.
Clara ne connoisstoit son père que depuis un an : ne recevant jamais de lui la plus légère marque de tendresse, elle ne pouvait que le respecter; elle le craignoit surtout. Montalban avoit d'abord désiré avec passion le mariage de Valmore et de Clara; mais H étoit alors dans l'erreur sur la fortune de Valmore. Lui voyant une des plus belles terres du royaume , il avoit cru qu'il en pourroit disposer en faveur des enfants d'un second lit, et Valmore n'en étoit pas le maître. Le duc de
io LE StEGË
père de la première femme de Valmore* et du même nom que lui , avoit survécu trois ans à sa fille : en mourant il avoit légué sa terre sous les conditions suivantes : que Valmore en auroit la jouissance toute sa vie, s'il ne se remarioil point ; qu'après sa mort seulement elle, retourneroit à Jules; mais que, si Valmore se remarioit, Jules, à sa majorité, en auroit la propriété; qu'enfin, si Jules mouroit avant son père et sans enfants légitimes , Valmore hériteroit de la terre.
Aussitôt que Montalban eut connoissance de ces dispositions, il forma le projet de rompre le mariage; non que les intérêts de Clara lui fussent chers, mais par des considérations personnel*
les qui pôuvoient tout sur lui
Une ardente passion pour le jeu, des débauches secrètes, avoient épuisé sa fortune. Parmi ses dettes , il en étoit une surtout qui mettoit en péril sa réputation et sa liberté. Si Clara faisoit
DE LA ROCHELLE. n
un grand mariage , Montalban , sans avoir recours à celai qu'elle épouserait, avoit un moyen certain d'acquitter celte dette ; mais cette ressource manquoit $ si Clara ne faisoit qu'un établissement médiocre. Yalmore, avec la propriété de la terre du duc de *** , étoit l'un des plus grands partis de France; mais , sans cet héritage, il n'étoit qu'un parti ordinaire. Montalban fut donc tenté de rompre avec Valmore; cependant il dissimula soigneusement ce dessein , et bientôt , changeant de pensée , il se décida à consentir à cette union , sans qu'on eut pu soupçonner son irrésolu* tion à cet égard.
Montalban étoit un de ces êtres monstrueux qu'il est impossible de dépeindre :
la connoissance la plus approfondie des hommes, de leurs passions et de leurs vices, ne peut faire pénétrer dans les replis d'un cœur qui n'a plus rien d'humain : une corruption prématurée avoit avili son âioe dès l'enfance; dos
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passions fougueuses exaltoient tous ses vices ; chacun de ses projets étoit un complot ténébreux ; ses désirs , ses voeux , ses espérances même étaient des crimes.
Cependant tout se préparait pour les noces de Valmore et de Clara. Valmore jouissoit délicieusement de son bonheur, de la gai té répandue dans tout* la maison , et surtout de la joie naïve de Jules, et de la tendresse touchante de Clara pour cet enfant qu'il idolâtrait.
Il vouloit, et confondre ensemble ces deux objets si chers, et que Clara ellemême ne séparât jamais dans son cœur Jules et Valmore. 11 fit peindre Clara de grandeur naturelle , tenant Jules dans ses bras , il plaça ce tableau dans son cabinet; donna à Clara un bracelet qui renfermoit son portrait et celui de Joies. Clara le fit river s son bras, afin, dit-elle, àt le garder jusqu'au tombeau. L'allégresse étoit tellement universelle dans le château 9 que
DE LA ROCHELLE. i3
Montai ban même eut l'air de la partager. Clara en fit la remarque avec une douce satisfaction; mais lorsqu'elle vit son père sans témoins, elle ne put se défendre d'une sorte d'effroi en lui trouvant un ton plus sinistre et des manières plus rudes et plus farouches que jamais.
Un matin que Monlalban étoit à la:
chasse, on apporta à Clara une boîte qni venoit d'Allemagne, que l'on supposent être pour elle , car on n'a voit pu lire l'adresse écrite eu allemand. Clara recevoit souvent directement d'Allemagne de» envois de bijoux et d« pierreries. Montalban lui avoit dit que ces présens venoient d'un parent qu'il avoit dans la principauté de ***, et qui ne joignoit point de lettres à ces dons, parce qu'il ne savoit point le français.
Clara recevoit avec recomioissance ces magnifiques présents , sans réfléchir à la singularité de ce profond silence du bienfaiteur. Elle ne douta donc point 1. *
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que cette botte ne fût four elle, et aussitôt f la mettant sur une table , elle l'ouvrit, mais file fut très surprise en me trouvant dans cette petite cassette qu'un mouchoir de soie bleu à bordure rouge , un grand couteau dont le manche d'ébène se terminoit en pied de biche , et une échelle de cordes. Alors etie regarda attentivement l'Adresse, et elle connut que cet envoi s'adressoit à son père. Comme elle craignoit excessivement sa dure sévérité > elle fut trèsfâchée d'avoir ouvert la boîte. Cependant elle pensa qu'il pourrait la refermer de manière qu'elle ne s'en aperçut pas. Dans ce moment Valmore passa devant sa fenêtre ouverte , qui étoit au rez-de-chaussée et donnant sur le jardin. Il s'arrêta : Clara lui tournoi* le dos; mais il vit dans ses mains le couteau, le mouchoir de soie Meu et l'échelle de cordes qu'elle tenoit encore, et qu'elle sfapprêtoit à remettre dans la boite. Après avoir regardé on kutont
DE LA ROCHELLE. i5
en silence et aans être vu , Valmore continua son chemin ; il vint frapper à la porte de Clara, pour lai demander si elle vouloit aller à la promenade.
Au même instant il ouvrit la porte ; Clara crut d'abord que c'étoit son père. Elle rougit, el se hâta de refermer la boîte et de la cacher, en jetant dessus un grand voile de mousseline qui se trouvoit sur la table. Valraore vit son embarras et son émotion sans en deviner la cause et sans s'en inquiéter, certain qu'il n'étoit produit que par un enfantillage. Que faisiez -vous donc là ? lui dit-il en souriant. A cette question, Clara, déjà troublée, répondit, sans savoir ce qu'elle disoit , qu'elle hrodoit. Valmore fut un peu surpris de ce petit mensonge j mais , ne voulant pas l'embarrasser davantage, il changea d'entretien et ne resta qu'un instant.
Aussitôt qu'il fut parti, Clara referma bien la cassette et la porta dans la chambre de son père, qui ne sut point
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que celte boîte eut été ouverte, car Clara, en la recevant, avoit prié le domestique de ne point parler de cet envoi.
Montalban partit pour Pontoise , en •assurant qu'il reviendroit sous deux ou trois jours. Valmore, le jour même , se rendit à Paris pour une affaire > en promettant de revenir le lendemain. Sa terre o'étoit qu'à douze lieues de Paris.
Amélie et Clara, se trouvant seules dans ce vaste château, se rappelèrent avec quelque frayeur que la forêt qui bordoit une partie du parc étoit remplie de voleurs, et que même on y avoit commis récemment plusieurs meurtres.
On savoit qu'un château voisin, trois mois auparavant, en l'absence de ses •maîtres, avoit été attaqué à force ouverte et pillé par ces brigands. Près de Valmore on auroit bravé tous les dangers, mais en son absence on craignoit tout. On fit faire aux domestiques la garde toute la nuit, et le lendemain,
DE LA ROCHELLE. i 7
au point du jour, toutes les craintes s'évanouirent. Vàlmore devoit revenir dans la matinée.
Clara se leva de bonne heure. x On étoit au mois d'août. Jules , la veille , avoit témoigné le désir d'avoir des pêches , et Clara se faisoit une fête de lui procurer dans cette matinée une agréable surprise.. Après avoir rempli une corbeille de pêches , elle alloit descendre dans le pavillon de Jules , lorsqu'on lui annonça l'arrivée du père Arsène, un vénérable religieux qui possédoit toute sa confiance , et depuis sa plus tendre enfance. Elle vola audevant de lui , et l'entraîna dans un cabinet : là, Clara ouvrant son cœur tout entier, peignit au bon religieux tout le bonheur dont elle jouissoit. O ma fille ! dit le père Arsène, puisse le ciel réaliser vos espérances ? — Ah \ mon sort est assuré , j'épouse Valmore
dans deux jours! Je m'unis à la *
raison , à la vertu , à la bonté la plus
parfaite ! Mon père, désormais vous n'avez à craindre pour moi ni les dangers du monde et des mauvais exemples , ni l'inexpérience de la jeunesse : Valmore sera mon modèle et mon guide* Pour suivre la route heureuse que vous m'avez tracée , je n'aurai qu'a l'imiter et à lui obéir. Pourrais -je faire une action douteuse , une démarche imprudente ? Sbn estime et sa confiance mè sont plus chères que ma vie ! Ma fille , reprit le saint religieux , vous aurez un devoir h remplir dont je ne vous ai jamais parlé : un enfant d'un premier lit réclamera vos plus tendres soins ! . . . • Àh ! dit Clara , cet aimable Jutes m'est
si cher I • N'a-t-il pas mon premier
sentiment maternel ! et quel autre enfant Valmore pourra- 1- il jamais aimer autant ? Il sera donc toujours mon fils bien -aimé !
Le vertueux père Arsène applaudit du fond de l'âme à de tels sentiments.
Il tisoit avec dé)Lce$ dans ce cœur
ingénu qu'il evoit formé. Ma fille , lai dit-il, jouissez de votre bonheur ; mais songes toujours qu'il est fragile , comme le sont tous les biens de la terre. Soyea prête dans tous les mstans de la vie à le sacrifier sans murmure à la volonté toute-puissante de l'Arbitre de nos des* tinées. En disant ces paroles , le père Arsène se leva. Il et oit obligé <ïe se tendre dans un château voisin ; il promit de revenir la veille du jour fixé pour les noces de Clara* Aussitôt qu'il fut parti , Clara prit mu panier dé pêches pour le porter à Jules. Cet en* fknt logeait dans un petit pavillon au bout duquel étoit nu joli jardià en-»»
fièrement séparé pat les* murs du para du château. A l'extrémité du jardin se trouvoit une porte donnant dans la forât , mais qui , depuis lesjtiquiétadee causées par les voleurs, étoit soigneusement fermée , et dont Valmone gardoit la clef. Jules étoit dans ce pavillon communiquant à l'appartement de son
so LE SIÈGE
père , souS la garde d'une jeune gouvernante et d'un vieux domestique.
Ce dernier , malade de la goutte depuis dix jours , quoiqu'il ne fût pas alité , étoit hors d'état de suivre Jules dans le jardin. La gouvernante , ayant une intrigue secrète, avoit imaginé de recevoir son amant avant que ses maîtres fussent éveillés; elle se hâtoit d'habiller Jules et de l'envoyer tout seul dans son petit jardin. Elle ne l'alloit retrouver ou ne. le rappel oit qu'au bout- d'une heure et demie. Clara arriva au pavillon un quart d'heure après l'amant de cette fille ; elle trouva la première porte enir'ouverte ; elle passa sans s'arrêter et sans entrer dans l'appartement de Jules , qu'elle n'alloit jamais voir de si bonne heure. D'ailleurs, lui préparant une sur* prise, c'étoitdans le jardin qu'elle vouloit aller , ne croyant . pas qu'il y fût encore. Elle traversa le jardin sans rencontrer Jules qui s'amusoit dans un bosquet. Elle entra dans un petit cabinet
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où elle savoit que Jules altoit déjeuner tous les matins. Elle posa sa corbeille de pêches sur une table; et, comme la table étoit entièrement couverte d'un grand tapis qui retomboit tout autour jusqu'à terre, elle imagina de se cacher sous ce tapis et d'attendre là Jules , afin de jouir de son étonnement. L'innocente Clara venoit d'entrer dans ce cabinet , heureuse , chérie , florissante de jeunesse , de gaîté', de bonheur,
et la foudre alloit tomber sur elfe !
Ce drap fatal , ee drap mortuaire dans lequel elle s'enveloppe en riant , voile déjà la plus infortunée de toutes les victimes; on ne l'en arrachera que pour la plonger dans le plus profond abîme des misères humaines ! Gloire , félicité , réputation , biens fragiles de la terre , vous serez dans un instant anéantis pour elle. Hélas ! que lui restera- 1- il?
le dédommagement de tous les maux , le prix de tous les sacrifices, une conscience pure*