L'E SIEGE
je il m'en survenoit, une prière au pied (c de celle croix les dissipoit entière*- « meut. Cependant j'étois souvent ték moin sur cette colline d'un spectacle .« qui me faisoit verser bien des larmes!,.
* J'y rencpn trois sans cesse des mères, si des femmes et des sœurs de matelots, a qui venoient là pour y découvrir au xl loin sur la mer les vaisseaux dont elles xa attendoient le retour, Je voyois leurs jcc transports en apercevant ces bâti- * ments. Elles élevoient les bras vers « le ciel ; elles le remercioieut , et moi,
.a je ne pouvons que implorer !.. „
ce Toutes ,ces je m mes, .au comble de la ,« joie, descendoient précipitamment a la montagne, pour aller sur le rivage ac rece v oir le ujrs jn^ris, leurs frères, leurs xi enfants!.. Triste et consternée , je rea- « toip seule sur la colline, et je me disois: a Je suis .donc bien malheureuse, puisse que le bonheur des autres n'est plus xi pour moi qu'un surcroît depeioeç!..,.
ÛE EA ItOCHÉLLË. *6f
« Ce fut ainsi que s'écoula lé temps «c de l'absence de mon fils, c'est-à-dire
«c près de deux mortelles années! ?
«c Enfin plusieurs letlresm'annoncèrent:
« son prochain retour, et j'eus aussi \x c< joie ( que j'avqis tant enviée ) de nié* oc trouver sur la colline de PEspérancef <c avec la plus heureuse attente !.... Urr
« matin (' le 3- d*août ) , des nouvelle* <t certaines m'apprirent que l'on avoifc « vu de nos côtfes le vaisseau qui rame^ ce- noit mon fils, et que sûrement ce bâ-> « tintent mouillerait le jour même dana> «c la petite baie y et que par conséquent , «c je reverrois mon fils avant le coucher* « cki* soleil, fin apprenant Ces bonnet « nouvelles, Gécilémê sauta au cou erf' (# s'écri&nt : Ah! nia mère, c'est jùsle-' ec ment aujourd'hui que finit ma ùev-> a nière neuvaine !...... Notfs fûmes ait*
a moment môme nous établir sur \w a colline de PEspérunce. Le croiriez-* a vous , que sachant mon fil* si près» «de nous, je n'éprouvois; qu'une joi*
« mêlée de trouble et des ping pénibles
* agitations. Il avoit encore un petit « trajet à faire; et quand je me te re~ <c présentais mettant le pied sur ce ri- « vage qu'il ne de voit plus quitter , )© « ne pouvois croire qu'un tel bonheur
« me fût destiné Il est vrai que lo
f eiel étoit sombre, que tout atinonçoii
* un orage, et que je n'ignorois pas que <t l'approche de ces cotes est difficile par a un gros temps....» Je regardois avee <c frayeur tous les nuages qui s'amona celoient sur nos têtes ; je frissonnois a en jetant les yeux sur la mer agitée*..
« Les bat t émeus de mon cœur se prête cipitoient à mesure que je voyois « s'augmenter le mouvement tumul* a tueux des vagues!... Bientôt un vent <c terrible s'éleva , le tonnerre se fit ente tendre, le jour disparut presqu'en-
<;< tièrement Hélas ! j'étois venue là
« pour voir arriver mon fils, et je crai- « gnois mortellement de découvrir son <i vaisseau sur cette onde en furie !.*....
DE LA ROCHELLE. 269 ce Je ne savois plus où porter mes re- « gards ; la vue de la mer me glaçoit ce d'horreur, et la foudre parloit des ce cieux!... Ob ! mon fils! mon fils! m'éce criai-je, échappé à tant de périls, ne ce reviens - tu-sur ces bords que pour ce périr sous mes yeux !♦.... Non, non, ce Dieu aura pitié du désespoir d'une ce mère !... En disant ces paroles, je me ce traînai vers la croix , que j'embrassai ce étroitement , et l'ardeur de mes prièce res soutint ma vie: sans ma confiance ce en Dieu, cette horrible tempêle m'eût ce fait mourir, ou du moins m'âuroit ce ôté toutes mes forces. Je prlois tout ce haut avec une voix éclatante; il me ce sembloit que mes cris, qui m'empê- <e choient d'entendre les vents , dece voient les apaiser.... Cependant , au « bout d'une demi -heure , je me souee levai pour regarder la mer, et je fus ce épouvantée du bruit et de l'élévation ce des vagues! J'élois aussi saisie, aussi ce étonnée que si je n'eusse jamais vii
sycr EÉ SfÉ'GË
a* de tempêtes ; tout me paroissoit pro** ce digieux dans celle-là , je craignois* ce pour mon fils, et l'orage qpi menaçoit a ses jours étoit pouf moi un boule verce sèment inouï de la nature entière. Pécc nétrée de terreur , j'étois immobile et a glacée, lés regards attachés sur la « mer, lorsque tout à cotip, à là lueur ce éblouissante d'un éclair , je découvre « le vaisseau de mon fils dont la pçoue « poussée en l'air par les flots sein bl oit ce toucher les nuages! Je crus que le « feu du ciel qui Feclaïroft venoil de « me foudroyer ; je tombai la face <c contre terre en disant : mon Dieu / « sauvez mon fils !.... A l'instant même « j'entendis un bruit épouvantable , « mille voix, s'écrièrent à là fois du « rivage ( car tout lé village étoit rases semblé là : Au secours! au secours 1
« Ils périssent!...... Je m'évanouis
« En reprenant l'usage dé mes sens , je « me trouvai dans ma chambre où l'on « m 'a voit portée... J'étois sur mon Ut;>
<4 je n'avais que très -imparfaitement
ce • ma tête, mais l'égarement où j'étois
ce ne nrotott rien du poids de ma dou-
« leur; je la sentokt toute entière: car je,
<c me disois>: Mon fils a péri!.....- Ne.
<x voulant plu3 ni regarderai écouter, <t ni vivre, je ne me plaignois point ,.
je restai sans mouvement, et je ferce mai les yeux....... Alors une mçirv
a: glacée pi*end là. mienne et la* serre «fortement; je tressaille, je rouvre lesr <r yeux, et je vois près dé moiunefigpre ce pâJe et tremblante! Dieu ! m'écriai-je, « l'ombre de mon fils !... À ces mois js a retombai dans le plu* profond eva- (c noaissement... w On me- secourut ; je « revins à ' là vie * mais myee un délire « affreux-qui dura dix on douze, jours y <c> je ne me rappeloià que la mort pré-*- <c< tendue de- mpa fila, et d'avoir vu soa a spectre. Le curé me pari oit inutile»
cf ment,- je né l^çoutois pas 5 jïmplo*- , « rois ses prières pour mort fils»; j» a «- reflétais , , il souffre , j'en suis; sûr^j
a pries pour lui, priez pour lui !....:..
h Ah ! sans doute il souffrent ! il étoit Jà, a inondé de larmes, mon état lui perce çoit le cœur 1...... Quoi ! disoit-il , je
et perdrai ma mère , et ye serai cause de « sa mort !.~.. Dieu ne veut pas qu'elle « reprenne sa connoissancè ; car elle «r me béniroit , et je ne mérite que ses « malédictions!....
ce Tandis que mon fils se désoknt , de <r mon côté je n'a vois de connoissance « que pour m'affliger sans mesure: mon ce fils n'osoit plus se montrer, certain « que dans l'état où j'étais il me paroî- <c troit toujours un fantôme, car je « trayait l'avoir tu périr, rien ne pou- « voit m'dter cette, idée, et l'on étoit
* d'autant pios-effirayé de mon égare* « ment, que je n'a vois pas de fièvre, et
* que sur tout autre sujet je ne dérai- « sonnoïs point .
« Ce fut dans ces entrefaites que le
* père Arsène arriva chez nous; je le 9 comoissois et le révéroia. Il avoit
c instruit 01a première jeunesse , et j'en te conservois ud tendre souvenir» Àus* « sitôt que je le vis , je le suppliai , en <c Tersant un torrent de larmes, de prier « pour mon fils. On veut , ajoutai- je f «r me faire 'cFoire qu'il n'a point péri, •c mais je l'ai vu mort , j'ai vu deux fois « son ombre gémissante !... Le père Àr- « sène connut que pavois l'imagination ce trop frappée pour me ramener à la rai- « son par des moyens ordinaires ; et , « après m'avoir Ion g- temps écoutée en « silence: Hélène, me dit-il, croyez-vous <k que tout soit possible a Dieu?... Oui, « mon père. —Vous rappelez- vous l'his- « toire de la veuve de Sarepla, et suret tout celle de la Sunamite que nous « avons lue ensemble, et que vous ai- «c miez tant?...— La Sunamite.... Oui...
« Dieu ressucita son enfant ! O mon « père... Ici le plus violent battement de ce cœur me coupa la parole. Calmez»
« vous , ma fille , reprit le père Arsène,