‹ Le siège de La Rochelle (volume 2)Chapitre 6 sur 15 · LY SIÈGE · texte numérisé non relu

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rable Arsène qui se hâta de lui donner sa bénédiction. Dans ce moment , le geôlier [vint annoncer que Clara étoit demandée , et qu'on alloit la condwire devant ses juges. Allez, ma fille, lui dit le saint religieux, allez avec sérénité; le courage et la résignation ne vous manqueront pas. Clara resta un instant recueillie , toujours à genoux , les mains jointes , et la tête penchée sur son sein ; ensuite elle se releva d'un air ferme, et suivit le geôlier. Après avoir traverse les cours de la prison , elle arriva aux portes extérieures ; là , on la fit monter dans une voiture qui la conduisit au palais de justice où ses juges éloient rassemblés.

Lorsqu'elle entra dans la salle où l'on interroge les criminels , son aspect causa une sorte do saisissement à ces vieux magistrats , qui , sur les seules dépositions des domestiques de Yalmore , l'avoient déjà jugée dans le fond de leurs consciences. Sa beauté, sa jeunesse, la

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majesté de sa taille, l'air d'innocence et de candeur répandu sur toute sa figure firent succéder dans tous les cœurs l'étonnement et la pitié à la plus profonde indignation. On la fît asseoir sur la sellette.... Dans ce moment elle aperçut Montalban qui devoit lui être confronté , et que l'on invitoit à s'approcher d'elle. Clara frémit; et, détournant les yeux, ses regards se portèrent sur im grand crucifix placé vis-à-vis d'elle : cette vue la ranima ; son visage , qui venoit de pàJir , reprit sa couleur naturelle et la plus douce expression de sérénité. Montalban , par les accusations portées contre Clara , venoit d'apprendre avec autant de surprise que d'eflfroi qu'il avoit eu cette infortunée pour témoin de son crime. Étonné qu'elle ne l'eût point encore dénoncé , il s'attendoit à l'entendre? tout révéler dans cet interrogatoire , et il se préparoit à tout nier. Il s'avança vers elle d'un air farouche et avec des yenx enflammés de colère : Malheureuse! 1. 5

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jui dit-il , montre du moins du repentir ;

songe qu'il seroit inutile de rétracter

J'aveu formel que tu fis hier 1 A ces

paroles de la scélératesse la plus auda.cieuse , Glara tressaille , lève les yeux au ciel ., et ^garde le silence. Alors l'un des juges commence l'interrogatoire. Il demande à Clara quel motif a pu la porter au crime qu'elle a commis. Je n'ai fioint Qommis de crime, répondit-elle.

Comme elle disoit ces mots , on lui présente et le fatal couteau teint encore du sang de l'innoceule victime , et le mouchoir de soie , et les cordes. Clara , prête à s'évanouir, met ses deux mains sur ses yeux , et ses pleurs inondent son visage. Reconnoissez - vous ces instrumens du crime? lui dit-on. Ses san^glots l'empêchèrent de répondre. Voici , reprit-on , le domestique qui vous remit la boîte qui les contenoit; il dit qu'en recevant wtte boîte vous lui recommandâtes le secret sur cet envoi ? Il est

^rai. — Yalmore , avaat le meurtre , a

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vu dans vos mains ce poignard ; quand il entra dans votre chambre, il remarqua que vous étiez troublée ; lorsqu'il vous questionna sur cette boite, vous fîtes un mensonge dans l'intention de lui cacher ce qu'elle renfermoit; niez-vous ces faits?

— iNon. Ils sont conformes à la vérité.

— Cette boite vient d'x\llemague ; qui vous l'envoya? — Je l'ignore. Le hasard la fit tomber entre mes mains. — Pourquoi la reçûtes - vous mystérieusement ? pourquoi l'ouvrîtes - vous ? — Il m'est impossible de répondre à ces questions , et cependant je suis innocente. — Qui donc a commis le crime? — Je ne puis rien dire de plus. — C'est vous avouer coupable. — Je suis innocente. — Vous a-t-on conseillé ce forfait ? — ÎNon. — Votre père vous a-t-il fait entendre que des vues d'intérêt dévoient vous faire désirer la mort de cet enfant ? — Jamais.

— Votre passion pour Valmore a-t-elle rendu cet enfant qu'il chérissoit l'objet de votre jalousie secrète? — J'avois pour

.5j le siège ce malheureux enfant une aflection maternelle. — Pourquoi donc l'avez - vous immolé avec tant de préméditation ? — Ma conscience et mes mains sont également pures, — Avez-vous des complices?

— Je n'en puis avoir, puisque je n'ai rien fait de criminel. — A quoi peut vous servir la simple et vague dénégation du crime avec l'aveu formel de tous les faits qui vous condamnent ? Défendezvous donc. Expliquez - nous comment les instrumens du crime se sont trouvés entre vos mains. Expliquez - nous votre mortel embarras dans celle occasion ; pourquoi vous vous introduisîtes furtivement, à une heure indue , dans le pavillon ; pourquoi vous étiez cachée sous cette table ; pourquoi vous y éliez évanouie après l'assassinat commis ; pourquoi, en reprenant vos sens, vous avez <lc premier mouvement proféré ces paroles : Je v'iii rien à dire pour ma défense lU'pondez donc. — J'entrai

hirtivement dans le pavillon, parce que

je voulois causer une surprise agréable au malheureux enfant. Je lui portois un panier de fruits que je posai sur la table, et je me cachai pour jouir de son étonnement Cette explication naïve parut si puérile et si peu vraisemblable; elle offroit par son enfantillage un contraste si révoltant avec l'atrocité des dépositions précédentes , qu'elle fit horreur à tous les juges : ces magistrats indignés ne purent s'empêcher de manifester lt3 sentiment qu'ils éprouvoient par un murmure sourd , mais universel qui mit le comble au découragement de l'infortunée Clara , déjà attérée par la force des fausses preuves rassemblées contre elle.

Après un moment de silence , l'un des juges , reprenant la parole : Vous éprouvâtes, lui dit -il, de pressans remords à l'instant même du meurtre, puisque vous perdîtes connoissance , et qu'ensuite vous avez tout avoué : que la religion ranime en vous ces sentimens

54 LE SIÈGE salutaires. Une entière sincérité pourroit peut-être faire commuer en une prison, perpétuelle la peine de mort que vous méritez. — Que \otre conscience prononce mon jugement; la mienne a dicté mes réponses. — Vous n'ignorez pas à quels tourmens cette obstination vous expose ? — Je ne brave point cette effrayante rigueur, je l'ai prévue, je m'y attends ; mais j'ose espérer que Dieu soutiendra mon courage. — Le Dieu de vérité ne protège point le mensonge. — Ah ! le Dieu de vérité sera ma force et mon appui — L'appareil de la torture vous fera, peut-être quitter ce langage hypocrite qui ne peut exciter qu'une profonde indignation. — Je parlerai ainsi jusqu'à la mort. — Allez. Ce mot fut prononcé d'un ton qui pétrifia Clara de terreurs : son imagination lui présenta tout à coup l'appareil alfreux des supplices, et son sang se glaça dans ses veines. L'idée qu'elle alloit périr dans les tourmens lui fit désirer l'assistance

du père Arsène; elle voulut le deman* der, mais la parole expira sur ses lèvres tremblantes; ses yeux se couvrirent d un nuage, ses idées se brouillèrent, sa raison égarée ne lui montra plus que con-" fusément l'horreur dcx son sort ; elle ne

conserva qu'un effroi machinal....

Agitée de mouvemens convulsifs , et ne pouvant se soutenir sur ses jambes, il lui fut impossible d'obéir à l'ordre de se retirer dans la salle prochaine ; on l'entraîna en la soutenant sous les bras. Lorsqu'elle fut dans la pièce voisine on la posa sur une chaise, on lui fit respirer des sels; elle resta plus de trois quarts d'heure dans un élat de stupeur et d'immobilité dont elle ne fut tirée que lorsqu'on vint lui annoncer qu'elle étoit jugée , et qu'elle devoit aller entendre sa sentence. Elle reprit toute sa tête, et regardant autour d'elle avec étonne-ment : Je ne vois point , dit-elle , d'appareil de supplices ; ne dois-je les subir qu'après mon jugement? — ^on, lui.

répondit-on , vous ne serez point appliquée à la question. 0 Dieu de bonté I s'écria Clara , je n'ai donc plus rien à craindre ! Allons. En disant ces mots elle se leva; et, délivrée d'une affreuse terreur , elle suivit d'un pas ferme ses conducteurs. Cependant à l'aspect de ses juges elle se troubla ; mais, une réflexion rapide sur sa situation , et sa pvété triomphèrent bientôt de cet instinct de la nature. Avant de lui lire sa sentence , on lui déclara qu'elle étoit condamnée à la mort. Elle resta un instant immobile; ensuite croisant ses mains sur sa poitrine , elle se mit à genoux en levant

la tête et les yeux vers le ciel Rayée

du nombre des vivans , elle quittoit déjà la terre , elle se réfugioit dans l'asile

éternel 1 La ferveur passionée de

son attitude, l'expression sublime et céleste de sa figure , frappèrent d'étonnement tous ses juges : l'auguste caractère de l'innocence et de la piété , plus fort, plus convaincant que les preuves

matérielles et que l'intime conviction de la foible raison humaine , fit passer rapidement le doute dans tous les esprits , imprima le remords dans tous les cœurs ; chacun se dit en secret : Se

peut -il (/uelle soit coupable ! . ,

Et tandis que , soutenue par une puissance divine , elle étoit inaccessible à la crainte et soustraite à la douleur,, aux regrets , ses juges interdits la contemploient en silence, et n'osoient lire son arrêt. Enfin, on lui ordonna de se lever et d'écouter sa sentence. On l'arrachoit à son extase , on la forçoit de redescendre sur la terre ; elle ne s'y retrouva qu'avec une douloureuse émotion. Elle éprouva un sentiment indéfinissable lorsqu'elle entendit acquitter entièrement Montalban : elle eut besoin de réprimer ce violent mouvement d'indignation , et en même temps elle s'applaudit devant Dieu de sauver lies jours de son père aux dépens des siens , et de iifi plus rien devoir au plus scélérat de

tous les hommes Elle frisonna

lorsqu'on lui annonça le genre de mort auquel elle étoit condamnée ; ce dé-^ tail présentoit une image terrible qui ébranla son courage ! Elle étoit debout ^ et on la vit chanceler et pâlir , quand on proféra ces paroles : Anne-Clara de Montalban y âgée de dix -sept ans ^ convaincue du meurtre pre'médité du, jeune Jules de Valmore , est condam-^ ne'e à af^oir la tête tranche'e ^ demain à midi, sur la place de Grèi^e , etc. A ces mots, convaincue de meurtre , elle

s'écria avec véhémence : INon, non !

Les juges lui imposant silence , elle se tut ; et , baissant la tête sur son sein ,

elle fondit en larmes Lorsqu'on

eut achevé de lire sa sentence, eïle demanda la parole; et, l'ayant obtenue : Je proteste , dit-elle , contre cet arrêt , non par aucun espoir d'échapper ;\ la mort, mais par respect pour la vérité; je n'ai point demainlé de défenseur , parce que, forcée de me taire sur les

points les plus importans , je n'aurois pu fournir de raisons en ma faveur. Je suis condamnée injustement , cependant j'ai dû l'être, et mes juges n'en sont à mes prores yeux ni moins intègres, ni moins respectables. Je me résigne , mais sans me soumettre ; car je déclare hautement et je soutiendrai jusqu'à mon dernier soupir que ma sentence n'est fondée que sur des erreurs , et que je suis parfaitement innocente. Clara prononça ces paroles avec tant de calme , de douceur et de dignité , que tout l'auditoire en fut attendri. Dans ce moment les gardes qui dévoient la reconduire dans sa prison s'avancèrent. Ciàra , rassemblant toutes ses forces , alla au-devant (feux ; elle les suivit avec une contenance modeste , mais d'un pas assuré.

Il étoit six heures après midi ; on la ramena dans sa prison. Elle trouva dans sa chambre un crucifix, un livre d'heures et un sablier. Elle reconnut le soin paternel du père Arsène. Le geôlier

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lui dit que le saiiit religieux viendroit

auprès d'elle à la pointe du jour , et

qu'il ne la quitteroit plus A ce

dernier niot elle soupira : cette promesse ne l'engage, dit -elle, qu'à me

consacrer quelques heures ! Le

geôlier ajouta que le père Arsène de- Toit , durant une partie de la nuit , assister dans ses derniers momens un homme de la cour qui l'avoit fait appeler. C'est le comte de ***, poursuivit le geôlier , il n'est plus jeune , mais il a d'énormes richesses; c'est le plus grand seigneur de la cour : il doit bien regretter la vie. En disant ces paroles le geôlier sortit, et Clara resta seule. Elle épronvoit un besoin de prier Dieu, qui suspcndoit en elle toute autre idée. Ce fut avec une consolation d'une douceur inexprimable qu'elle se disposa à parler à ce juge suprême que rien n'abuse , et qui, pour connoître l'innocence, n'a besoin ni de témoins , ni de preuves , ni de discours éloqucns. Dans le cours

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ordinaire de la vie, la foi même a trop «ouvent besoin d'efforts pour se préserver des distractions dans la prière; mais à l'approche d'une mort inévitable , la piété devient le sentiment dominant du cœur ; la prière prend naturellement alors un caractère véhément et passionné, et elle est délicieuse, si l'àme est exempte de remords. Que doit-elle ^tre , lorsqu'on meurt généreusement pour la vertu? lorsque, dans tout l'éclat de la jeunesse, on offre à Dieu le sacrifice volontaire d'une vie pure? —

Clara se mit à genoux devant le crucifix. Avec quel profond sentiment d'attendrissement , de reconnoissance et d'amour ^ elle contempla cette image révérée qui lui retraçoit toutes les idées qui , dans cette situation , pouvoient le mieux fortifier , élever et toucher son âme! Elle trouvoit à la fois dans cette contemplation l'exemple du dévouement le plus sublime, le modèle divin du courage héroïque et de la résigna-

tibn parfaite. Qui poiivoit mieux lui enseigner à supporter sans fiel et sans aigreur l'injustice des hommeSj à souffrir avec douceur , avec patience les outrages, l'ignominie et la mort? Chaque pensée accroissoit sa force , exaltoit son imagination , épuroit , ennoblissoit ïes sentimens. Chaque élan de son cœur sembloit doubler en elle la faculté d'admirer et d'aimer; et, parvenue au dernier degré d'enthousiasme religieux , perfectionné par l'amour divin , elle n'étoit plus capable de regretter des biens périssables. Elle n'avoit plus besoin de résignation ; le ciel s'entr'ouvroit pour *lle ; son âme , dégagée de toutes les affections humaines, brûloit de s'y élancer et de jouir de sa glorieuse immortalité. 0 rédempteur de la race humaine', s'écria-t-dle , vous voyez à vos pieds la plus foiblc et la plus imparfaite de toutes vos créatures ! Jusqu'ici je n'envisageai jamais sans frémir le maliicur ou la mort , et sur-tout la perte de la

DE LÀ ROCHELLE. 63 r^puiation ; et dans cette nuit terrible, la dernière de mes nuits , après être devenue pour celui que j'aimois un objet de haine et d'horreur, après avoir entendu la sentence qui nie dévoue à Fexécration publique et à celle de la postérité , je ne trouve au fond de mon âme que du calme et la plus sublime espérance 0 prodige d'une divine miséricorde! Oui, sans doute , ce courage est un don du ciel : plus je sens qu'il m'est étranger, plus il affermit ma foi , plus il accroît mon amour et ma gratitude „ Tout est miracle maintenant

dans mon existence ! C'est en vain que la mort s'offre à moi sous une forme menaçante , ignominieuse , et dépouillée même du repos de la tombe ; c'est en vain que la voix redoutable de la justice humame me dit avec opprobre :

ïu seras privée des honneurs de la sépulture ; une puissance surnaturelle anéantit pour moi ces horribles images ; une voix céleste qui parle à mon cœur

m'empêche d'écouter ces vains murmures ! C'est Dieu <jui m'anime , et qui chasse loin de moi la crainte et la terreur. Sa bonté sans mesure ne se contente pas de protéger, de soutenir l'être fragile qui s'abandonne à lui; il fait plus , il le transforme : mes pensées même ne m'appartiennent plus , elles ne viennent pas de moi ; une heureuse €t bienfaisante inspiration les produit!.. A ces mots , Clara jeta les yeux sur son «ablier, et elle vit que le sable étoit'entic> rement écoulé ; alors , elle le retourna pour la troisième fois : elle connut ainsi qu'il étoitune heure après minuit, et que le dsrnicr jour de sa vie vcnoit dte

commencer Elle regarda un instant

<:ouler ce sable : Celte image, dit-elle, n'a rien d'cftVayant pour moi , puisqu il ne me reste plus s«ir la terre une minute de bonheur! Ce sable, en se précipitant , n'emportera désormais ni mes plaisirs ni ma joie : sa rapidité ne peut qu'abréger mes peines Ici la sensi-

bilité déchira mon cœur, ici l'erreur et l'aveuglement causèrent ma perte ; et bientôt je contemplerai avec ravissement l'auguste vérité sans voiles , sans nuages, toujours éclatante, toujours inaltérable ; bientôt j'admirerai , j'aimerai avec enthousiasme et sans inquiétude !. . . Dans peu d'instans ma captivité va finir; ceux même qui m'ont condamnée vont me délivrer. Lorsqu'on viendra me' chercher pour me conduire à l'échafaud, lorsque ces deux battans, cerclés de fer, s'ébranleront, et qu'on entrera dans cette prison, je verrai s'ouvrir pour moi

la porte de l'éternité! Avec quelle

ardeur je franchirai le seuil de cette triste

enceinte! Ces dernières réflexions

plongèrent Clara dans une profonde rêverie; sa situation et sa piété éîevoient tellement son âme, que son intelligence n'étant plus en proportion avec cette hauteur dé pensées, elle n'avoit plus la faculté de suivre ses idées. Elle se perdit dans un vague sublime et délicieux. Sans 1,. 6

doute l'âme religieuse épurée , animée par la foi , peut pressentir les biens éter* nels; mais, dans ces momens d'une extrême exaltation , l'imagination se trouble, l'esprit s'anéantit, la pensée n'est plus distincte , nul langage humain ne pourroit l'exprimer : la méditation a des bornes , la sensibilité n'en a pas. Ainsi donc , il est des limites pour tous ces dons éclatans , ces facultés brillantes qui flattent notre orgueil ; il n'en est point pour l'âme : elle peut s'élancer dans l'infini , s'unir aux habitans du ciel, et se reposer dans le sein même de la Divinité.

Clara ne fut arrachée à cet état de contemplation , que par l'éclat du grand jour; elle aperçut tout-à-coup une lueur éblouissante qui sembloit éteindre la lumière de sa. lampe. 0 rayon d'immortalité ! s'écria-t-elle; oui, ce jour si brillant et si pur, est pour moi l'aurore d'un jour éternel. Oh ! que m'importe la sentence qui me couvre d'igaomiaie aux

yeux des hommes ! à peine aiira-t-on exécuté l'arrêt , qu'il sera révoqué par le juge souverain de toutes les puissances de la terre. Déjà l'on annonce au peuple n»on supplice j déjà l'on en fait les ap-= prêts ; dans peu d'heures je monterai sur l'échafaud ; mais avec quel sentimentd'amour, d'espérance et de joie! Chaque degré de l'échafaud m'éloignera sans retour de cette terre de douleur, et me rapprochera du ciel!....... Dans ce moment les cris insultans de i'iodignation publique proclament partout raà mort; mais Dieu mé dit 1 Tu vivras à jamais dans la gloire !..... o. En prononçant ces paroles elle serra fortement ses mains jointes contre sa poitrine, et elle resta quelques instans dans cette attitude ^ absorbée dans le plus profond sentiment de reconnoisance et d'amour que !a foi ' puisse produire. Tous les dons de la grâce divine, toutes les joies mystérieuses de la piété , se trouvèrent rassemblés ù^jïs ce cœur innocent , si digne de \es'

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