J22 ^E SIÈGE
pleurs lui coupèrent la parole. Le père Arsène ne montra pas une sévérité déplacée; il ne faisoit jamais de sermons inutiles ; il suivit ce précepte divin , donné par le suprême consolateur : Pleurez avec ceux qui pleurent ^ et bientôt les larmes de Clara coulèrent avec moins d'amertume. Mon père dit- elle, vous avez raison en ceci
comme en toutes choses Renvoyez
ce bracelet — Et vous , ma fille ,
reprit le père Arsène , autant que la foiblesse humaine vous le permettra , écartez de votre imagination des pensées qui vous accablent. Descendez au fond de voire conscience, vous y trouverez de nobles consolations. Au milieu de votre abaissement apparent , considérez, ma fille, quelle est la hnuleur merveilleuse de votre destinée : vous n'êtes point le jouet des événemcns , vous avez été déclarée coupable, i! ne Icnoit qu'à vous de vous justifier; on
DE LA ROCHELLE. i25
VOUS a conduite à l'échafaud , vous pouviez en disant un mot n'y pas aller. Vous voilà dans la société la plus vile , dans le séjour le plus humiliant, mais sans être forcée de trahir votre secret; vous êtes la maîtresse de le quitter ce soir, c'est une volonté généreuse qui vous y retient. Ainsi , chacun de vos malheurs développe en vous un sentiment vertueux. Vous n'êtes point entraînée dans cet abîme de misères humaines par une invincible nécessité :
c'est votre âme qui dispose toujours de tout ; c'est elle qui , vous plaçant en présence de Dieu, vous fait tout sacrifier au désir de lui plaire ; c'est elle qui vous montre une gloire qui ne se flétrit point ; c'est elle enfin à qui vous devez cette douce résignation , et qui vous donnera la sainte persévérance...
Enfant chérie , que je porte dans mon cœur, ranimez-vous I Je m'attendris quand vous souffrez , et néanmoins je ne puis vous voir que triomphante.
Souveuez-vous que la noble victime de la vertu qui s'immole elle-même, ne doit ni s'aflliger ni gémir. — Eh bien 1 mon père , s'écria Clara , je me rendrai digne de votre indulgente bonté ; je surmonterai toutes mes foiblesses. Elle parîoit encore , lorsqu'on entra dans le parloir pour lui dire que la prieure la demandoit. Clara , fortifiée par les discours paternels du pieux Arsène , le quitta pour aller sur-le-champ trouver la prieure. Elle s'étonna en voyant qu'on ne la faisoit pas entrer dans la classe , et qu'on la conduisoit dans le corps de logis même des religieuses.
Arrivée à l'appartement de la prieure , elle eut un bien plus grand sujet de surprise. La prieure l'ayant faite asseoir : je suis charmée de vous annoncer , lui dit-elle, que vous ne rentrerez pas dans l'hospice , vous allez quitter cet habit, et reprendre vos vêtemens ordinaires qu on vient d'envoyer ici. A CCS mots , Clara ne put retenir ses
DE LA ROCHELLE. i25
larmes , en pensant que ses habit» venoient du château de Vahnorc, où clic les avoit laissés. Et voilà encore , continua la prieure, la cassette qui contient vos bijoux et vos pierreries
Toutes ces choses ne sont que des restitutions Une autre main, qui
veut être ignorée , paiera pour vous une pension ; un notaire vient âc m'en apporter l'acte. — Ah! n'en doutez pas, interrompit Clara en fondant en larmes, c'est toujours la même main... — Quoi qu'il en soie , reprit la prieure , il ne vous est pas possible de refuser cette pension anonyme; j'ai le droit de l'accepter pour vous, et j'en ai usé : j'ai signé îacte. On prépare votre apparu tement, vous y serez installée dans une heure. Une sœur converse y logera avec vous pour vous servir; on vous y portera votre nourriture, qui doit être préparée à part , on vous fournira pour vos broderies , l'étoife , les laines et les soies que vous désirerez avoir. Vous.