‹ Le siège de La Rochelle (volume 4)Chapitre 3 sur 12 · E SIÈGE · texte numérisé non relu

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et y laissa l'échelle de cordes qu'il a voit. reçue d'Allemagne, et que la malheureuse Clara avoit tenue dans ses mains , ainsi que le couteau , le mouchoir .

qu'elle avoit remis ensuite dans la chambre de son père à l'insu de ce dernier. Montalban , certain d'échapper au soupçon de ce forfait inouï , imagina qu'on altribueroit ce meurtre aux brigands de la forêt : l'échelle laissée sur le mur devoit, selon lui, donner cette idée; on savoit qu'ils avoient ainsi escaladé quelques murs de jardins. Enfin , ce crime assuroit à Yalmore la propriété pleine et entière du duché de ***. Alors Clara épousoit le plus riche seigneur de la cour , et l'on a déjà dit que . par une cause mystérieuse qui secluircira dans la suite , ce n'étoit qu'ainsi que Montalban pouvoit recevoir une somme considérable qui devoit payer une dette, sans l'acquit de laquelle il étoit , sous trois mois, ruiné et privé pour jamais de sa liberté , ou

forcé de fuir et de s'expatrier sans cetour.

Cependant , au bout d'une heure, la gouvernante de Jules voulant aller le rejoindre , fut très -étonnée de trouver la porte fermée du côté du jardin ; elle fait d'inutiles efforts pour l'ouvrir , elle appelle vainement cet enfant infortuné

qui n'existoit plus! Alors elle va

chercher des domestiques ; on force la serrure , on ouvre la porte , on parcourt le jardin , on n'y trouve point l'enfant. La gouvernante et les domestiques entrent dans le cabinet. Quel spectacle d'horreur s'offrit à leur vue ! Jules ! un mouchoir attaché sur la bouche , privé de la vie , percé de deux coups de poignard , baigné dans son

sang, et couché sur le plancher !

Les domestiques poussent des cris lamentables I on court au château : l'affreuse nouvelle se répand. Amélie éperdue sort de son appartement. Dans ce moment Valmore aïrivoit de Paris , il i. 3

ai LE SIÈGE descendoit de voiture. Frappé de la rumeur qu'il remarque dans la maison , il interroge , on ne répond que par des pleurs : il se précipite dans le château; il entend prononcer le nom de Jules, il vole au pavillon , il s'élance dans le cabinet , il y voit Amélie pâle , échevelée; elle venoit d'y arriver, elle prenoit dans ses bras le corps sanglant de Jules pour lui prodiguer d'inutiles secours Yalmore se jette sur le corps

de son fils; il l'arrache des mains de sa sœur , il croit qu'il va expirer en le pressant contre son sein ; il l'appelle d'une voix étouffée . il répète avec un

accent terrible : Le meurtrier! le

meurtrier ! au têt - il ? Dans le mouvement convulsiX qui l'agite, il lire un pan du tapis de la table; le tapis gli — et tombe , et Val more découvre Clara qui se soulève en ouvrant des yeux égarés; il voit sur sa robe blanche le couteau teint de sang qu'il a vu dans b<iè maius deux jours auparavant , il

recormoît aussi le mouchoir de soie bleu passé encore autour du cou de

Jules Le désespoir, l'étonnement ,

l'horreur le pétrifient Dans ce moment un domestique apporte l'échelle de corde prise sur le mur, en disant que sans doute les assassins ont oublié de l'emporter. Dieu! Dieu! dit Valmore, l'échelle de cordes , le mouchoir , le couteau!.... Et cachée sous cette table,et teinte du sang de mon malheureux

fils! Parlez! poursuivit-il d'une

voix tonnante, en s'adressant à Clara,

parlez A ces mots, Clara, réduite

au choix affreux ou de dénoncer son père et de l'envoyer à l'échafaud , ou rie se charger d'un crime exécrable , l'infortunée Clara désespérée, anéantie, répond avec égarement : Je n'ai rien à dire pour ma défense. Qu'on la charge de chaînes , s'écrie impétueusement Valmore, ranimé par la fureur et par la vengeance ! quelle soit garrottée avec ces cordes que sa ruse infernale a jetées

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sur le mur pour donner le change

Qu'on l'enferme étroitement , jusqu'à ce qu'elle soit remise entre les mains vengeresses de la justice. Monstre! tu périras dans les tourmens , et je veux

vivre pour voir ton supplice En

prononçant ces paroles , le malheureux \almore, perdant l'usage de ses sens, tombe évanoui dans les bras de sa sœur. On le. porte dans son appartement, on le met au lit , on le rappelle à la vie ; mais il resta dans un état de stupeur qui fit craindre également pour sa raison et pour ses jours. 11 ne versoit pas .me larme , ne proléroit pas une plainte ; de temps en temps seulement ses mains lepoussoient avec horreur un objet qui sembloit l'obséder, et deux ou trois /bis le nom de Clara s'échappa de sa

bouche!

Cependant les domestiques de Valmore arrachent avec ignominie la malheureuse Clara de dessous la table; on attache fortement ses innocentes mains

avec de grosses cordes, et dans cet état on la traîne dans la tour du château*, on l'y enferme, et on la laisse seule.

Clara , insensible à tous les outrages , ne conservoit que deux idées distinctes, si- étroitement unies qu'elles n'en formoient qu'une seule dans son imagination : le meurtre de Jules et ta funeste erreur de Valmore. Elle voyait toujours Valmore lui lançant des regar fa terribles et menacans ; elle entendoit encore ces paroles foudroyantes : M*m$-*

tre ! je veux vivre pour voir ton

supplice ! Tu veux voir mon shj>-

plice, dit-elle, sois content, tu l'as tu, nul autre n'égalera l'horreur de ce que

j'ai senti, de ce que j'éprouve !..,

J'ai vu ta fureur et ta haine , j'ai entendu ta bouche me maudire i Dans

cet instant toutes les douleurs humaines ont déchiré , flétri m n cœur ; et j'ai supporté tout l'opprobre réservé aux

plus grands forfaits!.. ., Quand je

monterai sur l'échafau^ , du moins j'y

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verrai la mort ! La mort , mon

rtnique refuge ! A ces tristes plaintes

succédoient , non des pleurs, mais une effrayante immobilité. Elle restoit quelques minutes pâle , glacée , les yeux fixés avec égarement devant elle, regardant sans voir , souffrant sans penser , heureusement privée de toutes les facultés de la mémoire et de l'imagination , et soustraite par un accablement apathique à la moitié de ses douleurs.

Mais ses tourmens ne sembloient être suspendus que pour lui donner la force d'en supporter ensuite sans mourir toute l'énergie. Tout à coup baissant les yeux , ses regards tombèrent sur sa robe teinte

de sang Dieu ! s'écria-t-elle en se

levant avec impétuosité , le crime et le

meurtre m'environnent ! De quel

sang, juste ciel, suis-je souillée!... Du sang innocent que je voudrais racheter

au prix de tout le mien! Et qui l'a

versé! A ces mots elle retombe sur

sa chaise. Oh! se peut-il, dit-elle, que

l'auteur de ce forfait inconcevable m'ait

donné le jour! Et je dois m'immoler

pour lui!... Que dis-jel sacrifier cette vie déplorable que je tiens de lui ne seroit rien ; mais mourir déshonorée I laisser un nom exécrable que l'atrocité dt% crime immortalisera! emporter dans la tombe les malédictions de Yalmore ! et ne pouvoir prouver mon innocence qu'en commettant un crime affreux ; car je ne puis me justifier que par unparricide , en devenant l'accusatrice de mon père! Quand j'aurois la lâcheté de dénoncer le vrai coupable ,• que ferois-je d'une existence justement flétrie? Valmore seroit toujours perdu pour moi. Il auroit horreur d'une fille dénaturée; et j'éprouverois le seul supplice qui me manque , je serois forcée d'approuver son mépris. Du moins ma-

conscience ne me reproche rien ...

Mourons ! le ciel le veut , soumettons-nous. En prononçant ces dernières paroles , ses pleurs enfin coulèrent, et

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bientôt ce fut avec une abondance qui sans doute l'empêcha d'expirer , dans cette tour , de saisissement et de douleur.

On avoit envoyé chercher les gens de justice pour leur livrer la malheureuse Clara. Le prévôt de la maréchaussée arriva avec sa brigade, à cinq heures après midi. La cour et l'avenue du château étoient remplies de paysans bouillans de fureur contre celle qu'ils croyoient coupable du plus horrible crime. Ils adoroient leur seigneur , et s'étoient promis de le venger ; car ils pensoient que Clara séduiroit ses juges par sa jeunesse et sa beauté : ainsi ils avoient résolu de l'immoler eux-mêmes et sans délai. Fort supérieurs ert nombre aux archers de la mnréchaussée , ils étoient presque tous armés. Cependant ils laissèrent passer sans résistance la brigade qui se rangea au pied de la tour. Le prévôt entra diras la tour, et alla chercher Clara; mais aussitôt que

parut cette infortunée , la multitude furieuse se précipita vers elle pour l'arracher des mains de la maréchaussée.

Néanmoins la seule vue de Clara auroit dû désarmer la colère et la haine : ses mains délicates , attachées derrière le dos, laissoient voir toute la perfection de sa taille; ses longs cheveux blonds abattus couvroient ses épaules , et la douleur et l'effroi qui se peignoient sur son visage donnoient à sa physionomie céleste une expression pathétique et sublime. Quoiqu'elle eût fait le sacrifice de sa vie , le genre de mort qui s'offrit à elle lui fît horreur. Le glaive de la loi frappe sans passion et sans emportement; c'est la Parque rendue visible qui coupe avec une morne tranquillité la trame de la vie : il est possible de mourir avec calme sur un échafaud , mais il est affreux de périr victime de la rage inhumaine d'une multitude irritée, et d'exhaler son dernier soupir au milieu des cris féroces de la vengeance et de la

haine. La maréchaussée fît son devoir, elle défendit Clara. Le prévôt la tenoit dans ses bras, et menacoit de tirer sur le peuple. Cette menace porta la fureur au comble : deux séditieux tirent chacun un coup de fusil , un archer est blessé , un combat terrible s'engage. Clara , pénétrée de terreur, invoque le ciel ; elle désire avec ardeur qu'une mort soudaine puisse la délivrer à l'instant des angoisses inexprimables de cette affreuse agonie.

Le peuple étoit au moment de triompher, de forcer la brigade, dont plusieurs archers étoient déjà culbutés; il alloit saisir sa proie , lorsque tout à coup une voix révérée, une voix puissante et libératrice se fit entendre en criant avec force : Arrêtez! arrêtez!... On obéit... Cette voix retentit jusqu'au fond du cœur de Clara, c'étoit celle de Valmore... La frénésie du peuple fut calmée comme par enchantement : on vit dans cette troupe forcenée la confusion, la crainte

et le repentir succéder subitement à la fureur. Valmore, commençant à sortir d'un long accablement, avoit entendu ce tumulte enrayant, et se jetant hors de son lit, en passant une robe de chambre dans ses bras , il étoit sorti précipitamment pour voler dans la cour ; là , perçant la foule du peuple intimidé , et s 'élançant au milieu de la brigade qui gardoit la tremblante captive , il se trouva en face de Clara , et à deux pas

d'elle! A l'aspect de cette figure an-

gélique et touchante dont tous les traits exprimoient la plus cruelle souffrance, Valmore oppressé , glacé , reste immobile Une irrésistible pitié, le souvenir désespérant de son amour, celui de l'horrible catastrophe qui excitoit. en lui tous les transports violens d'une haine implacable, tous ces mouvemens contraires déchiroient , bouleversoient son

âme Il mit ses deux mains sur son

visage , en disant : Qu'on détache ses liens . et qu'on la conduise à Paris avec

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