‹ Le siège de La Rochelle (volume 4)Chapitre 4 sur 12 · B* LE SIÈGE · texte numérisé non relu

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les égards dus à son sexe et à sa naissance. Il seroit lâche d'insulter celle que la loi Ta juger. A ces mots , il s'éloigna rapidement. Le peuple avoit déjà fui.

On porta Clara dans la voiture, car elle ne pouvait se soutenir ; et le prévôt se mettant à ia portière , à la tête de sa brigade , fit aussitôt prendre le chemin de Paris. Val more ordonne à tous ses domestiques d'escorter la voiture jusqu'au bout de l'avenue : ce soin étoit inutile , aucun paysan n'osa la suivre , ., ni même se montrer.

Yalmore rentra au château. Il s'habilla. Son intention étoit de se rendre lui-même sur le champ à Paris chez le cardinal de Richelieu , ami de sa famille et son protecteur depuis son enfance.

Lorsqu'il fut habillé . voulant prendre quelques papier? dont il avait besoin, il entra dans son cabinet. Quel objet y frappa ses regards ! il y vit le tableau qui reprélèntoit Clara tenant le malheureux

Iules dans ses bras 1 Des pleurs de.

rage et de douleur inondèrent son visage. 0 furie sous les traits d'un ange , s'écria-t-il ; monstre d'hypocrisie et de cruauté , tu n'embrassois cette innocente victime que pour l'égorger! .

La candeur est sur ton front , et l'homicide trahison est dans ton cœur !

0 Dieu! délivrez-moi du tourment de me rappeler cette figure trompeuse qui trouble ma haine et qui confond ma raison ! En achevant de prononcer ces

paroles il décrocha le tableau ; il appela ses gens , et leur ordonna de couper en deux la toile, de conserver limage de sou fils , et de brûler celle de Clara. Ensuite , quoiqu'il eût une fièvre violente . il partit aussitôt pour Paris.

La malheureuse Clara fut conduite à Paris dans les prisons destinées aux grands criminels : un lit de sangle , une chaise de paille, une petite table de hoh composoient tout l'ameublement de cette triste chambre. Clara s'assit en jetant autour d'elle de sinistres regards. Voilà

donc, dit-elle, ma dernière habitation

sur la terre ! la dernière demeure du

crime! Que de gémissemens ont fait

retentir ces murs 1 que de larmes ont

été versées dans ce lieu! Du moins

j'y pleure sans remords! Pourquoi le

sommeil n'y suspendroit - il pas mes maux? Mes jours, il esterai, sont comptés ; dans quelques heures je n'existerai plus! — Mais, pour l'opprimé dont la conscience est tranquille, dont la vie est irréprochable, le sommeil n'est -il pas ici l'heureux avant- coureur d'un

éternel repos ? Cependant mourir

abhorrée de Val-more ! Ah ! comment supporter ce poids accablant de douleur

et d'ignominie ! Un torrent de pleurs

interrompit ce triste discours. 11 éteit onze heures du soir : Clara se jeta tout habillée sur son lit ; l'accablement lui procura quelques heures d'assoupisse-

menl. Que son réveil fut affreux !

Ouïes ses douleurs vinrent à la fois J'assaillir ! Elle les sentit ^vec une éner-

gie nouvelle ; elle vit Valmore désespéré demandant sa mort; elle vit dans toute leur horreur l'échafaud et l'opprobre.,

et tout son courage l'abandonna

A neuf heures du matin ., elle entendit ouvrir les verroux de sa porte ; elle frémit croyant qu'on allait la conduire devant ses juges , mais elle vit

paroître le vénérable père Arsène î

Son saisissement fut extrême ; elle ne concevoit pas qu'elle pût éprouver encore un mouvement de joie. Dieu ! s'écria-1- elle , voilà donc un être sur la terre auquel je puis ouvrir mon cœur , et qui va connoître mon innocence !. „ . ... 0 mon père , poursuivit-elle , c'est devant Dieu que je veux vous parler, écoulez-moi A ces mots elle se précipite à ses genGux. Le saint religieux se dispose à recevoir sa confidence , sous le sceau sacré de la confession. Clara, loin d'avoir des aveux à faire , n'avoit qu'à se justifier ; elle ne nomme point son père , elle évite même de le désigner ;

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mais elle conte tous les détails de cette

horrible matinée, elle dit comment

l'assassin immola l'infortuné Jules

Malgré sa réserve , le père Arsène , d'après ce récit et les -réponses faites à ses questions , ne peut douter que Montalban ne soit le meurtrier — Et, pour la première fois , en exerçant sont saint ministère , non-seulement il n'a pas besoin d'indulgence , mais son cœur est pénétré du plus profond sentiment de compassion et de tendresse. Cependant il voulut en affaiblir l'expression , en répondant à celle qui devoit , au milieu de cet héroïsme, conserver toute l'humilité chrétienne. Ma fille , lui dit il , si le monde connoissoit votre conduite , il diroit que vous avez fait une action sublime ; mais ces louanges profanes , inventées par orgueil , ne sont pas celles qu'il m'est permis de vous donner.

La piété n'admire aucune action humaine , elle ne peut que les approuver comme les simples résultats de l'obéis-

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sanee aux décrets divins ; car il n'y a rien de grand que la religion n'enseigne et ne prescrive. L'idée du beau moral portée au plus haut point de perfection, c'est elle seule qui la donne ; source éternelle de la vertu, elle en est encore le motif, le but et la récompense. Aussi n'accorde-t-elle aux saints même que le nom de justes. De quoi serions-nous enorgueillis? Sans la révélation, connoktrions-nous la véritable vertu? Sans la soumission , pourrions-nous la pratiquer?

Quand nous faisons le bien, nous suivons l'esprit du précepte , ou le précepte même qui le commando-;' nous n'avons que le mérite de nous soumettre. Eh quoi de plus juste que d'obéir scrupuleusement au Créateur ! Alors même que nous paroissons parfaits , nous n'avons donc pu faire que des actes de justice. Ainsi , ma fille , glorifiez Dieu qui vous éclaire et qui vous inspire , et gardez-vous de vous élever à vos propres yeux. Mais , victime innocente de

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cet événement affreux, vous ne devez cependant pas vous accuser faussement , il faut tâcher de vous justifier, si vous pouvez le faire sans dénoncer l'assassin. Vous pouvez dire qu'un meurtrier venu

de la forêt fit le crime Hélas I

reprit Clara , à quoi serviroit ce récit opposé à tant d'apparences contre moi , qui forment un ensemble de preuves dont la vérité toute entière pourroit seule

démontrer la fausseté ? Je me suis

rendue furtivement dans ce pavillon , et à une heure indue pour moi ! — Dans ce premier moment d'effroi, de trouble et d'horreur , ma bouche en proférant la vérité, a paru faire l'aveu formel du crime : ces mots, je n'ai rien à dire pour m i d (fènse , peignoient ma situation , et cependant me dénoncoient

comme l'auteur du «m -urtre Enfin

Val more a reconnu le poignard , le mouchoir et l'échelle de cordes qu'il avoit vus la veille entre mes mains, et que j'avois cru dérober à ses regards ;

DE LA ROCHELLE. fc

il a dû se rappeler que son aspect dans ce moment m'avoit causé un extrême

embarras et que j'ai même fait un»

mensonge pour lui cacher ce que renfermoit cette fatale boîte. Comment pourroit-il n'être pas convaincu que c'est moi qui ai commis ce forfait atroce?.,... A ces mots, le père Arsène pendant quelques instans garda tristement le silence ; ensuite reprenant la parole : Il est vrai, dit-il, que voire

justification est presque impossible

Et savez-vous , ma fille , que votre père est arrêté, et qu'aujourd'hui il vous sera confronté? — Grand Dieu ! s'écria

Clara , je le reverrai I . Oui , ma

fille Je ne crois pas que l'auteur

d'un tel crime se dénonce pour vous

sauver, mais il peut se trahir

ÎSon, non, mon sort est décidé !....„,. Ah ! mon père , concevez- vous l'horreur de ma situation? Pour arracher à l'échafàud celui que les lois même humaines et; divines ne peuvent maintenant me

prescrire d'aimer, je me dévoue à la mort la plus ignominieuse, à l'exécration publique, à celle du seul objet que

j'aie aimé ! Car enfin, il est inutile

de vous rien taire , vous avez facilement

tout deviné Ce n'est point la piété

filiale qui m'ordonne de m'immoler , c'est seulement le respect d'un nom sacré? Je meurs dans l'infamie pour

celui que la plus abominable ambition rendit le meurtrier le plus barbare; je sacrifie l'estime , la tendresse , ou du moins la pitié de Valmore , l'honneur , la réputation, la vie, à celui qui jamais ne s'occupa de mon éducation , et dont je n'ai jamais reçu une caresse , un conseil paternel ! à celui que je ne pourrois revoir sans frémir jusqu'au fond des entrailles! — Ma fille, votre sacrifice est fait. Nul motif humain, nulle vanité mondaine n'en souille la pureté.

Vous n'êtes plus connue que de Dieu seul.' Détachez entièrement vos regards de ce séjour mortel ; vous veuez d'en dis-

paroître, puisqu'on ne vous y voit plus tjlle que vous êtes : haïe des hommes en vous immolant à la vertu, qui peut mieux que vous mépriser la gloire humaine et la renommée? Vous êtes toute à Dieu : tandis qu'on vous accable ici de malédictions , il vous bénit ; tandis qu'on vous condamne , il vous approuve ; tandis que des juges abusés se disposent à vous flétrir et à vous priver de la vie, le juge souverain vous prépare une couronne glorieuse , et vous destine une heureuse immortalité !... — Cependant , mon père , une terreur secrète s'est emparée de moi... — Est-ce à vous de redouter la mort? — Je ne la crains pas : pourrois-je désirer de prolonger ma déplorable existence?

Mais les tourmens Je ne m'accuserai

point du crime : on voudra peut-être un aveu ! — Eh bien ! Dieu soutiendra votre courage; il vous donnera cette force surnaturelle qui fit triompher tant de martyrs de tout sexe et de tout âge,..

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