‹ Le siège de Paris, 1870-1871Chapitre 17 sur 30 · hommes étaient tombés sur le champ de bataille · texte numérisé non relu

hommes étaient tombés sur le champ de bataille

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et trois généraux blessés : le général Ducrot, commandant en chef, contusionné par un éclat d'obus; le général P>ébauU, commandant l'artillerie de l'armée, et le vieux général Renault, commandant le 2" corps, qui mourut trois jours après.

Huit chefs de corps étaient hors de combat : le lieutenant-colonel Prévaut, du 42% tué;Dupuisde Podio, lieutenant-colonel du 123% tué; Sanguinetti, lieutenant-colonel du 124% tué ; et parmi les blessés : Villiers, chef d'état-major de l'artillerie ; Courde-Laplace, lieutenantcolonel du 35"; Boulanger, lieutenant-colonel du 114*=; Tilliet, lieutenant-colonel des mobiles du Morbihan.

Les régiments qui avaient le plus souffert étaient le 42% qui avait perdu 29 officiers et 500 honimes ; le 114% qui avait perdu 2G officiers et 519 hommes ; la mobile de la Vendée, qui avait perdu 25 officiers et 478 hommes ; le 4" zouaves, qui avait perdu 22 officiers et 400 hommes ; le 124% qui avait perdu 20 officiers et 260 hommes.

La nuit fut afi"reuse. Le thermomètre descendit jusqu'à 10 degrés au-dessous de zéro.

Le lendemain, 1" décembre, on se fortifia sur les positions, on reforma les régiments, les batteries, on reconstitua les attelages, les approvisionnements, les munitions... En même temps, un armistice permettait, de part et d'autre, d'enlever les blessés et les morts.

Notre ligne de bataille s'étendait depuis la presqu'île de Saint-Maur jusqu'à Ville-Evrard. Nous occupions Champigny, les parcs et le petit bois situé en avant de ce Alliage ; les carrières du plateau du Signal, le Four-à-Chaux, le bois de la Lande, les hauteurs de Villiers et le village de Bry.

La division Faron était à Champigny ; la division de Malroy tenait le plateau du Four-à-Chaux ; sur les hauteurs découvertes de Villiers, le général Bcrthaut avait habilement abrité ses troupes derrière des tranchées;

Bry était gardé par une brigade du corps d'Exéa dont les autres troupes formaient réserve (rive droite de la Marne) sur les collines de Ferreux. La brigade de Courty occupait les hauteurs de Bry.

Peu de vieux soldats chargés de campagnes ont eu à supporter une nuit aussi dure que celle dul" décembre. Immobiles et sans feu, nos soldats en soufiFrirent d'autant plus cruellement qu'ils étaient épuisés par les fatigues des jours précédents, par la privation de sommeil et le manque de nourriture substantielle. Depuis trois jours, en effet, il avait été impossible, sur bien des points, de faire cuire des aliments ; les hommes généralement n'avaient mangé que du biscuit.

Pendant ce temps l'ennemi avait déployé une grande activité pour réunir des renforts sur cette portion de la ligne d'investissement ; non seulement il se tenait prêt à repousser toute nouvelle offensive, mais encore il avait résolu de reprendre les positions perdues le 30 novembre.

« Enlever Bry et Ghampigny, et détruire les ponts », tel était l'ordre du grand quartier-général allemand.

Dans ce but le général de Fransecky avait été investi du commandement momentané de toutes les forces réunies entre Seine et Marne, sous l'autorité supérieure du prince royal de Saxe, commandant en chef de l'armée de la Meuse.

Dans la soirée du 1" décembre, le général Fransecky, ayant reçu du prince de Saxe l'ordre d'attaquer le lendemain, avait pris les dispositions suivantes :

« Les viUages de Bry et de Ghampigny seront enlevés à la pointe du jour; on essayera également de détruire les ponts jetés sur la Marne.

« En conséquence, la 24*^ division d'infanterie à Noisyle-Grand est chargée de l'attaque de Bry, la 1" brigade wurtembergeoise est chargée de l'attaque de Ghampigny;

les deux attaques devront se faire en même temps »

Le projet de Tennemi était donc d'enlever les deux points d'appui de notre ligne de bataille, Bry et Champigny, de faire sauter nos ponts, de nous envelopper ou de nous jeter dans la Marne.

« Le 2 décembre, dit la relation allemande, la 24"= division, chargée d'attaquer Bry, se rassemblait de très grand matin au sud-est de Noisy-le-Grand et auprès de la Grenouillère, avec 4 bataillons de la 23" division et l'artillerie de corps saxonne. La 1" brigade wurtembergeoise, désignée pour opérer contre Champigny, avait le -ier régiment auprès de Villiers et le long du chemin de fer, le T régiment et le 2" bataillon de chasseurs aux abords de Bel-Air. Au 11" corps prussien, la 7° brigade se tenait auprès de Mon-idée, la 6" auprès de Sucy, ainsi que deux batteries de l'artillerie de corps; la 5° brigade était en marche, venant de Marolles, avec les quatre autres batteries de l'artillerie de corps... »

Avant le jour les colonnes d'attaque se mettent en marche. Protégées par le brouillard elles approchent très près de nos positions ; puis au signal donné elles se précipitent en masse sur nos avant-postes.

Arrêtons-nous à l'attaque de Bry.

A notre aile gauche, les Saxons font irruption sur ce village, enlèvent les premières barricades, les premiers enclos et un certain nombre de maisons.

Mais bientôt, ramenés par leurs officiers, nos compagnies reviennent au combat. Une lutte acharnée s'engage autour du village de Bry; on se bat sur les pentes, dans les vignes, dans les jardins, dans les maisons... de part et d'autre on fait des prodiges d'énergie ; le hasard veut que les 107" et 108" français soient en présence des 107" et 108° saxons. Ces derniers renouvellent leurs attaques avec une sorte d'enthousiasme, mais ces attaques viennent se briser contre l'énergie des défenseurs de Bry,

dirigés par le général Daiidel, par le lieutenant-colonel Tarayre du 107^ et le lieutenant-colonel Coiffé du 108''.

Enfin, après six heures de lutte, les Saxons se retirent, laissant entre nos mains 381 prisonniers. Ils avaient perdu près de 1.200 hommes et 51 officiers. Le 108^ (saxon) était presque anéanti ; il avait 633 hommes hors de combat, et 36 officiers tués ou blessés.

De notre côté, nous avions eu 700 hommes et une trentaine d'officiers hors de combat aux environs du village.

Pendant que Bry était attaqué par des troupes venues de Noisy-le-Grand, d'autres bataillons ennemis sortis du parc de Villiers se jetaient sur nos avant-postes des hauteurs de Bry et de Villiers. Mais la division Berthaut étabhe aux abords du Grand-Peuplier ne se laissa ni surprendre, ni entamer, et les Wurtembergeois durent se repher en désordre derrière leurs abris. Les mobiles du colonel Miribel et la brigade Gourty prêtèrent un vigoureux appui aux défenseurs de Bry.

Bientôt tout le terrain entre le Peuplier et le chemin de fer fut garni par nos batteries.

Une autre colonne wurtembergeoise se précipita sur le bois de la Lande défendu par trois compagnies du 121^ Les trois capitaines se firent tuer à la tête de leurs hommes. Mais, accablés par le nombre, nos soldats allaient succomber quand parut le général Paturel avec des renforts amenés du Four-à-Chaux. Les Allemands sont repoussés à leur tour.

Rappelons les attaques successives contre Champigny et le Four-à-Chaux. La première attaque eut lieu à six heures et demie du matin.

Avant le jour, le 7° régiment et le 2« bataillon de chasseurs wurtembergeois s'étaient massés sur les pentes entre Bel-Air et Champigny, à très peu de distance de nos avant-postes qui occupaient la Plâtrière, le parc en pointe et les parcs voisins du haut du village.

Au signal donné ils fondent en masse sur Chamingny et la Pldtrière ; des obus arrivent de toutes parts; une vive fusillade enveloppe nos hommes depuis le plateau du Signal jusqu'à la Marne.

C'était le moment où les grand'gardes étaient relevées. Les premières compagnies, ébranlées par cette brusque attaque, se jettent dans l'obscurité sur celles qui arrivent, des incendies allumés par les obus au milieu du campement des mobiles augmentent la confusion.

Profitant de ce désordre, les Wurtembergeois enlèvent les parcs et les premières barricades. En un clin d'œil ils tiennent la Plâtrière et la moitié de Champigny. Mais de vaillants officiers, de vigoureux soldats, tentent un retour offensif, arrêtent l'ennemi et permettent au'X généraux Faron et de la Marieuse d'organiser la défense dans Champigny.

Le général Ducrot accourant de la ferme de Poulangie fait ramener tout le monde au combat et ordonne l'offensive sur toute la ligne. Pendant ce temps le général Frébault dispose l'artillerie de réserve à droite et à gauche de la route de Joinville, pour contre-battre les batteries allemandes établies sur les hauteurs de Bel-Air, Chennevières. D'autres batteries sont portées sur la ligne même des Fours-à-Chaux pour appuyer le mouvement en avant de nos troupes.

Les mobiles de la Côte-d'Or, entraînés par leur colonel de Grancey, se précipitent vers la Plâtrière. Le colonel tombe ;mortellement blessé ; à leur gauche, le colonel de Vigneral en tête des mobiles d'Ille-et-Yilaine se lance sur le plateau du Signal. Bientôt le combat devient acharné. Entassés les uns sur les autres, pleins d'ardeur, dans une sorte de délire patriotique, les mobiles sont admirables. On ne peut les arrêter.

Ils laissent sur le plateau un grand nombre de morts. Les mobiles d'Ille-et-Vilaine comptent pour leur part

leur colonel, 25 officiers et 467 hommes hors de combat.

On combattait à outrance dans toutes les rues de Champigny ; des maisons voisines étaient occupées, l'une par les Français, l'autre par les Allemands, et l'on tiraillait presque à bout portant. Dans les jardins, il y avait des rencontres fortuites et l'on se battait corps à corps.

En même temps, tout le front de bataille s'était, de part et d'autre, couvert d'artillerie. Un duel terrible s'engageait entre nos batteries du plateau de Villiers, du Four-à-Chaux, de la redoute de Saint-Maur, et les batteries ennemies couronnant les crêtes de Coeuilly, de Bel-Air, et les positions de Villiers.

Puis, pour renforcer le centre de la hgne, dégarnie sur plusieurs points par suite des pertes subies, le général Ducrot avait appelé du Ferreux la division de Bellemarre, qui formait réserve à l'aile gauche, et de Créteil la division Susbielle.

Le deuxième attaque eut lieu à huit heures et demie. Les Allemands s'étaient fait un devoir d'honneuy^ de nous reprendre les villages de Bry et de Champigny. Voj^ant que les premières colonnes avaient échoué, le général de Fransecky donne partout l'ordre de faire avancer les réserves.

« Avec 300 ou 400 hommes au plus des 121'' et 122% le général, faisant battre la charge, se jette intrépidement contre ces nouveaux adversaires. Malgré leur supériorité numérique très considérable, les Poméraniens ne se laissent pas aborder, et se replient en toute hâte sur leurs réserves. Celles-ci, défilées derrière la crête, nous laissent arriver ; dès que nous sommes à bonne portée, elles nous reçoivent par un feu rapide ; officiers

et soldats tombent en grand nombre. Le général Paturel, blessé grièvement, est obligé de laisser le commandement au chef de bataillon Leclaire, du 121^ Ne voyant plus leur général au milieu d'eux, nos soldats, réduits à un effectif des plus minimes, hésitent, s'arrêtent ; notre artillerie, complètement masquée, ne peut plus les soutenir. Les Allemands, profitant de ce moment critique, prononcent une double attaque par le ravin de la Lande et par les pentes de Coeuilly. Menacés d'être enveloppés par des forces de beaucoup supérieures, nos hommes battent en retraite jusqu'au parc de la Lande et au plateau du Four- à-Chaux ; là, abrités dans des tranchées, dans les carrières, ils tiennent ferme ; bientôt même quelques décharges à mitraille forcent l'ennemi à rétrograder, et vers neuf heures les colonnes disparaissent de nouveau sur le plateau de Coeuilly et derrière les tranchées de Vilhers.

« ... Dans Champigny, la fusillade, qui n'avait pas discontinué, devint plus furieuse que jamais à l'arrivée du régiment n° 89.

« Embusqués dans la tranchée près de la rivière, dans les maisons voisines de l'église, dans les jardins, les Allemands cherchent à tourner notre droite, en nous chassant de l'avenue de Bretigny et de la chaussée du Pont ; mais tous leurs efforts viennent échouer devant l'énergique résistance du IIS^' (1). »

Au centre de Champigny, la lutte est terrible. Profitant de l'arrivée des Poméraniens, les Wurtembergeois font un nouveau mouvement en avant, et, cheminant d'habitation en habitation, ils arrivent à la place de la Fontaine, en face de la maison Verte, qui résiste à toutes les attaques.

<( De la droite à la gauche, le village de Champigny

(1) La Défense de Paris, par le fféuéral Ducrot.

semblait en feu... Des meurtrières, des fenêtres, du clocher, des barricades, des coins de rue, des haies, des vergers, la fusillade se croisait de toutes parts (1). »

L'ennemi arrêté une seconde fois, nous prenons l'offensive.

La troisième attaque eut heu vers dix heures du matin. Nos batteries du Four-à-Chaux, fortement éprouvées par l'artillerie des hauteurs de Cœuilly et de Villiers, avaient été obhgées d'aller prendre position plus en arrière, dans le ravin de la Lande et aux abords du bois du Plant ; la batterie blanche restait seule garnie d'artillerie en avant du Four-à-Chaux.

« Profitant de la supériorité de son feu, l'ennemi reforme ses colonnes et devient menaçant sur toutes les pentes de Cœuilly. Une masse de tirailleurs défilés derrière les vergers, les haies, les clôtures, nous fusillent à petite distance ; un certain nombre, postés dans l'enclos de la maison Rouge, nous font beaucoup de mal. Une compagnie du 122^ s'élance sur cette maison ; malgré un feu violent, nos hommes arrivent au pied des murs et s'emparent des deux faces nord de l'enclos... mais l'ennemi, se retirant derrière les faces opposées, couvre de balles tout le jardin et nous empêche d'y pénétrer. Pris de flanc et à revers par les tirailleurs embusqués sur les pentes de Cœuilly, nos soldats se trouvent bientôt dans une situation très critique et sont contraints de se retirer.

« Les défenseurs de la maison Rouge se lancent à notre poursuite, pendant qu'un bataillon prussien du régiment n° 49, sortant du petit bois, cherche à nous couper la retraite. Le colonel de La Monneraye, du 122% à la tête de trois compagnies de son régiment, se précipite sur le flanc du bataillon prussien ; à peine a-t-il fait quelques pas qu'il tombe mortellement frappé (2). »

(1) La Défense de Paris, par le général Ducrot.

(2) Id., ihid.

Nos compagnies continuent leur mouvement ; des tractions cUi 121° et quelques mobiles se joignent à elles, et ces trois ou quatre cents hommes se précipitent à la baïonnette sur les Prussiens, les rejettent dans la Plàtrière et leur font une cinquantaine de prisonniers (1).

Pendant ce temps, le commandant en chef donnait au général Frébault l'ordre de faire avancer de nouvelles batteries sur la ligne des Fours-à-Chaux, où des réserves se massaient.

« A la suite de cette vigoureuse attaque, les Allemands, épuisés, mis en désordre, semblaient ne plus songer à reprendre Tofifensive ; nous profitons de ce moment de répit pour remettre un peu d'ordre dans la brigade Paturel, si cruellement éprouvée.

« Le général était blessé : les deux colonels des 121'' et 122° tués ; trois chefs de bataillon hors de combat. Le 122° avait perdu près de 600 hommes et 27 officiers ; le 121" 400 hommes et 21 officiers.

« A Ghampigny, dit le major Niepold, les Poméraniens et les Wurtembergeois combattirent ensemble avec une grande opiniâtreté, mais dans Tespoir qu'un renfort prochain ne tarderait pas à arriver.

« Ainsi, avant onze heures, deux brigades étaient venues successivement se heurter à nos défenseurs de Ghampigny et du Four-à-Ghaux, sans pouvoir les déloger de leurs positions... Le général en chef ennemi avait donné l'ordre à la 3° division Hartmann d'entrer en ligne (2). »

Nos troupes avaient été admirablement soutenues par l'artillerie, qui avait à lutter contre quatorze batteries.

Excités parla présence du général en chef, les soldats

(1) C'est l'épisode du panorama national de la bataille de Ghampigny, par de Neuville et Détaille qui assistaient h la bataille comme soldats de l'armée de Paris.

(2) La Défense de Paris, par le {général Ducrot.

se surpassaient et rejetaient les Saxons derrière les murs du parc.

Une quatrième attaque eut lieu à onze heures. On vit alors entrer en ligne la 6^ brigade de la 3" division. En un instant une nouvelle attaque est prononcée sur tout le front, depuis la Marne jusqu'au Four-à-Chaux.

« Contre Champigny marche le 2° bataillon de chasseurs poméraniens et le régiment n° 54, qui unissent leurs efforts à ceux du 2^ bataillon de chasseurs wurtembergeois, du 7^ régiment wurtembergeois, du régiment prussien n° 49, des grenadiers n° 9. En même temps, le régiment n° 14, descendant les pentes nord du plateau de Cœuilly, s'avance contre le Four-à-Chaux.

« Quatre bataillons de la S'' brigade, formant réserve, se tiennent au centre des deux attaques, sur le plateau de Cœuilly ; deux bataillons de cette brigade ont été dirigés sur le parc de Villiers, pour relever les Wurtembergeois et les Saxons, fortement éprouvés (1). »

Dans Champigny, la division Faron repousse ce nouvel assaut avec une indomptable énergie. Nous reprenons l'offensive et poursuivons l'ennemi de maison en maison. Mais nous ne parvenons pas à déloger les tirailleurs vurtembergeois de la tranchée. Quelques hommes, commandés par le sergent Subileau, sont envoyés dans rUe de Champigny. Leur barque est trouée par les balles ; cependant, ils atteignent l'ile, et, se défilant d'arbre en arbre, se trouvent à une centaine de mètres des ennemis, les fusillent et les chassent.

Le régiment allemand n» 14 prononce son mouvement contre le Four-à-Chaux. Il s'avance par bonds successifs jusqu'à une très petite distance de la carrière où sont groupés des sapeurs du génie, quelques hommes des 121^ et 122', en tout 200 hommes, avec le commandant

(1) La Défense de Paris, par le général Ducrot.

Gravis et le capitaine Glises. L'ennemi n'est plus qu'à cinquante pas, lorsque nos soldats poussent le cri : A la baïonnette ! à la baïonnette ! — Les Allemands lont demi-tour et se réfugient dans leurs réserves.

Le régiment n° li- venait de perdre 18 olïiciers et 284 hommes.

L'ennemi, las de ces assauts infructueux, ne renouvela pas ses attaques.

« A trois heures, la lutte d'infanterie est terminée ; seule, Tartillerie ennemie, comptant plus de centbouches à feu, contmue à couvrir d'obus nos batteries, nos réserves, où elle fait encore de nombreuses victimes. Voulant en finir, le général en chef fait avancer toutes les batteries disponibles ; de concert avec les gros calibres des torts, cette masse d'artillerie ouvre un feu formidable. En peu de temps, l'artillerie allemande est complètement dominée ; le bruit de la canonnade diminue par degrés ; vers quatre heures, on n'entend plus que quelques coups isolés.... Le feu cesse complètement.... la bataille est finie (1). »

Les pertes de l'armée française, pendant les journées des 30 novembre et 2 décembre 1870, devant Villiers- Champigny, s'élevaient à 5 généraux, 15 chefs de corps, 409 officiers, 9.053 hommes hors de combat ; le 42' (régiment d'ancienne formation) avait à lui seul perdu 40 officiers et 1.135 hommes. Les pertes des Allemands étaient de 248 officiers et 5.274 soldats.

Le général Ducrot avait été chargé d'étudier à Paris le plan de la trouée. Dès que ce plan eut été définitivement adopté, une dépêche fut expédiée, par ballon, à Gambetta, pour lui en donner connaissance et lui enjoindre de faire marcher l'armée de la Loire à la rencontre de celle de Paris dans la foret de Fontainebleau.

(1) La Défense de Paris, par le général Ducrot.

Malheureusement, M. de Freycinet était hors d'état de faire exécuter un tel mouvement stratégique.

Le plan de Ducrot, qui était remarquable, ne put être exécute, par la faute de l'élément civil qui disposait des armées de province sans connaître les plus simples notions de la guerre.

Ce plan de Ducrot était un coup audacieusement hardi, un de ces coups qui aurait été décisif pour la délivrance de la France, s'il avait réussi. Voici en quoi il consistait :

Dérouter toutes les prévisions de l'ennemi en franchissant la Marne en divers endroits, depuis Joinville-le- Pont jusqu'à Brie ; pénétrer ainsi dans la presqu'île de Champigny, où l'on avait, depuis le 16 novembre, obligé les Allemands de reculer leurs lignes de grand'gardes à l'aide du fort de Nogent et de la redoute de la Faisanderie. Tenter en même temps, avec une division, une attaque vigoureuse du côté de Créteil repris depuis quelques jours, et tâcher de faire rejoindre par cette division le gros de l'armée, en contournant extérieurement la boucle de la Marne. D'ailleurs, l'attaque principale devait être combinée avec de fausses attaques sur tout le périmètre de l'investissement.

Il est probable que, si le 3 au matin le général Trochu avait attaqué de nouveau, en engageant alors toutes ses troupes, et surtout le corps de d'Exéa et les trente bataillons mobilisés de la garde nationale, il eût battu les Allemands qui, la veille, avaient tenté un suprême effort. Mais le gouverneur de Paris comprenait, sans doute, qu'une sortie conduisait fatalement l'armée de Ducrot, isolée, à une catastrophe.

Vers la fin de décembre, les gazettes allemandes renfermèrent de nombreuses correspondances d'officiers wurtembergeois et saxons, qui avaient écrit de Champigny ; ils ne craignaient pas de dire que si les Français prenaient la résolution de continuer leurs attaques, les

Allemands ne pourraient plus tenir, et que la ligne d'investissement se trouverait rompue.

Il faut rendre cette justice au général Trochu que, dans son bulletin au gouvernement, daté du fort de Nogent, le 2 décembre, à cinq heures du soir, le gouverneur donnait à entendre que ses soldats fatigués, pourvus d'un matériel incomplet et glacés par des nuits passées sans couvertures, seraient incapables d'un suprême effort.

Un grand nombre d'écrivains jugent, dix ou quinze ans après les événements, avec sévérité. Ils oublient que ni Paris ni la France n'avaient pour défenseurs do véritables armées. On ne pouvait exiger d'hommes étrangers au métier des armes que le sacrifice de leur vie. Dieu sait si, sous ce rapport, la masse de la nation no fut pas généreuse ; mais demander à ces jeunes bataillons parisiens des marches forcées en campagne, des mouvements combinés du champ de bataille, eût été souverainement imprudent.

Si le cercle de fer qui nous étouffait n'a pas été rompu, la faute n'en est ni au général Trochu, ni au général Ducrot, mais à l'ingénieur de Freycinet.

Non seulement nous ne voj'ons pas, comme la plupart des historiens, un sujet de tristesse dans la bataille de Champigny; mais, au contraire, nous croyons avoir le droit d'en être fiers.

Sans doute, en jetant un regard en arrière, nous apercevons des jours bien sombres. Mais notre patriotisme trouve des consolations et des espérances dans une foule de traits où la France d'autrefois apparaît dans toute sa beauté.

Regardez dans le passé le plus douloureux et vous verrez les villes de Phalsbourg et de Bitche défendues par deux anciens sergents. Taillant et Teyssier ; jetez un coup d'œil sur Sedan et admirez le général Lebrun et son infanterie de marine à Bazeilles, pendant que sur un

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autre point du champ de bataille, le colonel de Bauffremont conduit la magnifique charge de nos escadrons ; le général Vinoy qui est à Mézières entreprend en même temps cette belle retraite qui étonne le maréchal de Moltke ; à Metz, Canrobert, Leboeuf, Ladmirault remportent des victoires et font à la vieille armée les plus sublimes funérailles ; La Motterouge, d'Aurelle de Paladines, Chanzy, Martin des Pallières soutiennent sur la Loire, avec des soldats d'un jour, l'honneur de nos drapeaux. Enfin, à Champigu}^, les généraux Trochu et Ducrot prouvent à l'Europe entière que, même vaincue, la France est toujours redoutable, et que le Prussien n'entre pas dans Paris comme le Français est entré jadis dans Berlin.

RÉCITS MILIT. — LE SIÈGE DE PARIS. — 4o SÉRII3 19

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