THIERS
Le château d'Azay-le-Rideau semblait agréable au prince Frédéric-Charles, qui entendait sans cesse vanter ses agréments. Il fut donc visité par ce prince, neveu de Tempereur d'Allemagne.
Le propriétaire du château, M. le marquis de Biencourt, ayant connu cette visite, exprima ses sentiments dans une lettre adressée à Son Altesse le feld-maréchal prince Frédéric-Charles.
Nous avons pu nous procurer une copie de cette lettre ainsi conçue :
« Monseigneur,
« Il a plu à Votre Altesse Royale de venir visiter le château d'Azay. En d'autres temps, j'eusse été très honoré de votre visite. Aujourd'hui, je suis forcé de dire à Votre Altesse Royale combien je trouve ses façons étranges et grossières.
« N'oubliez pas. Monseigneur, que vous n'êtes pas au soir d'une bataille ; vous occupez le département d'Indreet-Loire en vertu des conditions d'un armistice, et rienne vous donne le droit de venir chez moi, de vous y faire servir malgré moi, de manger mon pain et de boire mon vin.
« Les gentilshommes de votre état-major, les officiers de votre armée et vous, ne savez rien des égards que les gens bien élevés observent entre eux; vous ignorez le respect que, dans les nations civilisées, le vainqueur doit au vaincu.
« En vous asseyante ma table, en vous faisant héberger à mes frais, en exigeant du vin de Champagne que je n'avais point, vous me donnez le droit, dont je suis très profondément triste, de vous parler comme je le tais.
« En voyant les façons de leur prince, je ne m'étonne plus des procédés parfaitement grossiers des officiers de
votre armée, qui souillent ma demeure et se font nourrir chez moi, à mes frais, depuis le i février.
« Veuillez agréer, Monseigneur, l'expression des sentiments d'indignation que j'ai dans le cœur.
« J'ai l'honneur d'être, Monseigneur, avec le plus profond respect, de Votre Altesse Royale, le plus humble ennemi.
Signé : « Marquis de Biencourt. »
L'Allemagne a pu nous vaincre avec sa multitude, ses canons et ses méthodes, mais nos gentilshommes seront toujours au-dessus de ses princes.