LA COMMUNE DE PARIS EN
SOMMAIRE
I. Le régime impérial et les idées socialistes. — Les ouvriers français à l'exposition de Londres. — Associations ouvrières, — Les meneurs. — II. Après le Quatre- Septembre. — Les substances explosibles. — Faiblesse du pouvoir. — Audace des chefs du parti avancé. — Le désarmement de la garde nationale était-il possible ? — III. Commencement d'agitation à Paris. — Le Comité central. — Ses agissements. — Pillage d'armes et de canons. — Soldats désarmés qui encombrent Paris. — La situation s'aggrave. — On élève des barricades. — Forces dont dispose le Comité central. — IV. La garde nationale refuse d'obéir au gouvernement légal. — Efforts de M. Thiers pour ramener les Parisiens à de meilleurs sentiments. — On ne réussit pas h enlever les canons de Montmartre aux fédérés. — Le gouvernement abandonne Paris. — Une partie des troupes fraternise avec les insurgés. — Assassinats du général Lecomte et de Clément Thomas. — Charles Lullier. — V. M. Thiers s'adresse au pays. — Proclamations du Comité central. — Premier emprunt du pouvoir insurrectionnel à la Banque de France. — Vaines tentatives de conciliation. — Fusillades de la rue de la Paix. — Bergeret. — Naïveté des maires de Paris. — VI. L'Internationale. — Ses programmes. — Elections communalistes. — Abstention des conservateurs. — Les élus.
— Les insurgés, maîtres de Paris, adressent un appel à toutes les communes de France. — Plan de l'Internationale. — Proclamation du z'ésultat des élections. — Le citoyen Assi. — VII. Les membres de la Commune commencent leurs travaux, — Commissions gouvernementales. — L'ordre et l'économie du nouveau pouvoir. — Situation militaire de Paris. — M. de Bismarck. — Lullier, premier général de la Commune.
— Bergeret. — Plan de campagne. — Décrets communalistes. — Cluseret et Eudes. — Gustave Flourens, — Les opérations commencent. — Le général Duval. — Journée du 9 avril. — Nouveaux décrets de la Commune. — Rigault et Ferré. — Ranvier. — VIII. Les otages. — Bonjeau et l'archevêque de Paris sont arrêtés, — Les Jésuites, les Pères de Picpus, les prêtres des Missions étrangères. — Arrestations diverses. — La Commune cherche à stimuler le zèle de ses soldats. — La discipline.
— Dombrowski. — La maladie du galon. — IX. Mac-Mahon est placé à la tête de l'armée de l'ordre. — Préparatifs militaires. — Pas de conciliation. — Le curé de Saint-Eustache, Raoul Rigault et les Dames de
la Halle. — Echecs des soldats de la Commune. — Rossel remplace Cluseret comme général. — Sommation adressée à Rossel par le colonel Leperche. — Réponse de ce dernier, — Plan de campagne de l'armée de ^'er3ailles. — Dépêches parfois bouffonnes des gens de la Commune.
— X. La loi des suspects. — Mesures contre la presse. — Les journaux de l'Internationale. — XI. Les clubs. — XII. Manifestation frauc-maçonnique. — XIII. Les talents administratifs des membres de la Commune. — XIV. La terreur. — Expulsion des Frères et des Sœurs. —
— Six accusateurs publics. — Le Comité central, un instant effaré, reparait sur la scène. — Opérations militaires. — Les monts-de-piété.
— La Chapelle expiatoire. — Le club central de l'église Saint-Eustache.
— Démission de Rossel. — II est décrété d'accusation, — Il s'évade,
— XV. Mesures violentes. — La maison de M. Thiers. — La colonne A'endôme. — Pillage des églises. — XVI. Complots ourdis pour livrer Paris à l'armée i-égulière. — Rôle attribué à Bismarck dans les affaires de la Commune. — Ducatel favorise l'entrée des assiégeants. — Les troupes pénètrent dans Paris. — Mac-Mahon évite l'effusion du sang le plus possible. — Crainte du côté des assiégeants que Paris ne fût miné. — Les incendies. — La bataille des rues. — Le pétrole. — Le Conseil d'Etat, la Cour des comptes, le Corps législatif, les Tuileries, le Louvre et son musée. — Irritation de la foule. — La nuit du 24 au 25 mai. — L'hôtel de ville. — Les religieuses du Bon-Pasteur et Ferré.
— Les églises, — La Préfecture de police. — Le Palais de justice. — XVII. Les otages. — Chaudey. — Encore Raoul Rigault. — Mgr Darboy, M. Bonjean, les Pères Jésuites. — La rue des Rosiers. — La rive gauche. — Les Dominicains d'Arcueil. — Les victimes de la rue Haxo.
— Ferré et les otages de la petite et de la grande Roquette. — Le Père- Lachaise et les Buttes-Chaumont. — Proclamation de Mac-Mahon. — Delescluze. — Trait de mœurs parisiennes. — XVIII. Après la défaite de la Commune.
La paix est signée, et les Allemands vont reprendre le chemin de leur pays. Nous pourrions donc clore ici les récits de la guerre. Mais, après avoir rappelé les douleurs de la défaite, nous croyons utile de ne pas cacher les hontes de la Commune. En présence de ces crimes, on serait tenté de garder le silence. Mais, lorsque la patrie est encore aujourd'hui menacée par les mêmes sectaires, le devoir de tout honnête homme est de faire connaître leurs forfaits.
Les principes mal compris de la Révolution de 1789 ont créé le grand courant des utopies socialistes qui ravagent les nations et qui sévit en France plus qu'ailleurs. La Commune fut une explosion de passions contenues depuis longtemps.
Tout en paraissant maîtriser ces passions, l'Empire les avait flattées. La prédominance des intérêts matériels, déjà fort sensible du temps de Louis-Philippe, avait achevé de corrompre les bourgeois, abaissé les consciences 'et préparé la désorganisation sociale. Les encouragements donnés par le régime impérial aux tendances socialistes et au groupement révolutionnaire des ouvriers devaient fatalement amener des catastrophes : l'état malheureux dans lequel se trouva la France au lendemain de la guerre et Paris après son premier siège hâta l'explosion ; mais elle était prévue par tous les bons esprits.
Avant de monter sur le trône, Napoléon III avait manifesté des tendances sociahstes. On le voit dans ses écrits ; il voulait êire le Messie des idées nouvelles. Louis-Philippe s'était occupé de la bourgeoisie, l'Empereur affecta de s'occuper des classes ouvrières. Ce fut pour eUes qu'il créa une foule d'institutions de prévoyance ou de secours dont on lui sut assez peu de gré. C'est lui qui encouragea les associations ouvrières et même l'Internationale, croyant qu'elle se contenterait de guerroyer contre les patrons, sans faire de politique.
Il se trompait.
A l'Exposition de Londres (1862), les ouvriers français délégués n'eurent rien de plus pressé, en fraternisant avec les ouvriers anglais, que de jeter les fondements de cette association fameuse destinée à faire trembler les rois sur leurs trônes, en unissant les travailleurs de toutes les nations pour revendiquer les prétendus droits des classes ouvrières. Sous prétexte d'obéir au suffrage
imivei'sel et d'améliorer le sort dos prolétaires, TEmpire se livra peu à peu aux démagogues, leur lit des concessions, céda ses garanties en renonçant aux précautions traditionnelles dont les meneurs demandèrent le changement. A force de vouloir les grouper, on en fit une puissance formidable, et à Paris seulement on obtenait cette effrayante « collectivité » où Ton comptait 200.000 individus marchant comme un seul homme.
Après la liberté d'association vint la liberté de réunion. L'Empire avait permis à cette population incandescente, et déjà fort travaillée par la mauvaise presse, de se réunir pour entendre, dans les clubs, déclamer contre tout ce qu'il y a de respectable dans la société. La haine contre la rehgion, le renversement des institutions sociales, mariage, famille, propriété, patrie : tels étaient les thèmes obligés de ces réunions. Les actes de 1871 ne furent que la traduction des discours tolérés en 1869.
Les cinq cents sociétés coopératives établies à Paris en 1866 n'avaient qu'un but commun : se grouper pour amener une révolution. Leurs membres ne s'en cachaient guère. Un témoin qui avait vu de près les ouvriers et les meneurs auxquels ils obéissaient, dépose ainsi :
« Ils ne cherchent nullement à améliorer leur sort par le travail et l'économie. Ils ne rêvent que l'expropriation, à leur profit, des atehers et des machines appartenant aux patrons riches qu'ils détestent. Je les ai toujours trouvés haineux, ennemis de toute supériorité et de toute autorité. Il leur fallait un bouleversement pohtique pour atteindre le nivellement social. Un moment ils ont cru, par la cooiDératlon, travailler moins et gagner davantage ; quand ils ont vu qu'il fallait travailler autant et ne gagner guère plus, ils n'ont songé qu'à l'expropriation du bourgeois et à la suppression du capital. »
Ces associations ouvrières comptaient de 70 à 80.000