ordonnances de non-lieu
En tout 50.559 jugements.
Les Parisiens, qui s'étaient montrés si bienveillants pour les communards, se montrèrent sans pitié quand ils les virent écrasés, et il n'y eut pas moins de 310.000 dénonciations lancées contre les adhérents de la Commune. Le gouvernement dut faire afficher qu'on n'y prêterait aucune attention.
Le nombre des jugements par contumace indique qu'une multitude considérable avait pu se sauver. Tous ces hommes de parade, ces orateurs de club et ces piliers d'estaminet étaient munis de pièces et de passeports qui leur permirent de gagner la Suisse, la Belgique et l'Angleterre. En vain, M. Jules Favre avait annoncé le 2G mai qu'on demanderait l'extradition de ces incendiaires, de ces assassins, ils vivaient à l'étranger du fruit de leurs rapines et formaient de nouveaux projets pour la
revanche en se prélassant dans les rues de Londres on de Genève, d'où on ne songea point à les faire revenir.
M.Thiers imposa aux juges une jurisprudence fâcheuse, en posant en principe que Ton n'était point coupable pour avoir fait partie de la Commune. Descamp et Ulysse Parent étaient acquittés comme inolTensifs, tandis que, dans la salle voisine, on condamnait à la déportation ceux qui avaient exécuté des ordres signés par eux.
Beslay et Theisz reçurent des passe-ports du gouvernement.
De tous les membres de la Commune, Ferré fut le seul condamné à mort et exécuté. Cet affreux petit homme, se voyant à bout de ressources, s'affubla d'une jupe et d'un chignon, et ne fut pris qu'au mois de juillet, chez son frère.
Jourde montra quelque dignité dans le procès. Les autres niaient tout, protestant de leur innocence. Ces féroces ennemis des prêtres eurent presque tous l'audace d'invoquer, comme témoins à décharge, des prélats, des moines et des frères.
Sur les quatorze généraux de la Commune, deux étaient morts, deux furent pris, les dix autres décampèrent, et le général Eudes alla retrouver ses économies, comme firent, du reste, tous ses camarades qui avaient pu en réaliser. Des 133 colonels qui caracolaient devant leurs troupes, il n'en demeura que 4G entre les mains de la justice. Ceux qui restèrent ne manquèrent pas de charger les morts, qui n'étaient plus là pour se défendre. Assi fut ridicule par ses fanfaronnades ; il était digne d'avoir présidé cette assemblée de fanfarons. A les en croire, tous ces insulteurs de prêtres et envahisseurs d'églises n'avaient agi que pour l'amour du peuple et le salut de la patrie !
Pour dérouter les soupçons de leurs amis, plusieurs avaient annoncé leur mort, et Jules Vallès avait fait im-
primer lui-même le récit de son oxéciitioii ; il se déguisa en charretier et s'enfuit revêtu d'une soutane, comme Cluseret qui avait été recueilli et caché par un prêtre. Grélier ne dédaigna pas de se réfugier chez les Jésuites et de faire leur cuisine pendant un certain temps. En somme, cinquante-cinq membres de la Commune avaient pu s'échapper,
La multitude des prisonniers prouve l'exagération des récits faits par les historiens de la Commune, qui n'hésitent pas à parler de vingt, trente, quarante mille fédérés fusillés par les troupes. Vésinier y ajoute dix mille femmes et enfants.
Le compte exact des morts enterrés à Paris, du 20 au 30 mai, est de 5.339. 11 faut y joindre 1.328 cadavres exhumés des squares et des rues peu de temps après. On aurait donc un total de 6.667 morts, et encore est-il juste de défalquer sur ce nombre les cadavres de soldats et d'otages au nombre de trois cents.
Après les premiers incendies, l'ordre fut donné à l'armée de fusiller les insurgés pris les armes à la main. — On en passa 148 par les armes le dimanche matin 28 mai, amenés de Mazas au Père-Lachaise ; 227 « pleurnichards » furent exécutés en même temps à la petite Roquette et 150 à la caserne Lobau. Ce sont les groupes les plus considérables.
C'est beaucoup sans doute de 6.500 morts ; mais si l'on considère que l'armée de la France eut 83 officiers tués et 430 blessés, 794 soldats tués, 6.024 blessés et 183 disparus, on obtient un total de 7.514 victimes qui méritaient certes plus d'intérêt que les brigands de la Commune.
Les conseils de guerre chargés de la répression prononcèrent 110 condamnations à mort. Ces condamnations atteignirent seulement les plus coupables parmi les chefs de la révolte et les déserteurs de l'armée ; mais l'impres-
sion fut bien diminuée par la commutation de quatrevingt-quatre sentences.
Ainsi le veut la politique moderne.
Il y eut seulement vingt-trois exécutions à Paris et trois à Marseille.
Les plus modérés parmi les membres de la Commune voulaient établir le ^radicalisme. Or , qu'est-ce que le radicalisme ? M. Emile Olivier, répondait à cette question en 1876.
« On peut le définir : la négation anarchique des principes qui depuis 1789 régissent la famille, la propriété, le gouvernement et la religion.
« 11 nous menace tous :
« A vous, pères de famille, il réserve l'inutile humiliation de l'enseignement obligatoire ;
(( A vous, pauvres, il impose le fardeau de payer par vos impôts l'éducation gratuite du riche ;
« A vous, hommes religieux, il prépare la douleur de voir Dieu banni de l'école de l'enfance ;
« A vous, dont le revenu est déjà plusieurs fois taxé, il promet la surcharge d'un impôt progressif sur le revenu ;
« A vous, prêtres, il dispute le traitement que l'Etat vous doit comme une dette ;
« A vous, fonctionnaires, il envie l'emploi conquis par des années de patience ;
« A vous, industriels et commerçants, il offre le trouble d'une Assemblée unique, d'institutions turbulentes, exclusives de toute liberté et de la sécurité des affaires ;
« A vous, écrivains, penseurs, artistes, il impose la domination de sa langue brutale, de sa philosophie matériahste, de son histoire frelatée, de son art sans idéal ;
« Et à toi, peuple, que toute ma vie je n'ai cessé de servir et d'aimer, quel sort cruel ne prépare-t-il pas?
RÉCITS MILIT. — LE SIÈGE DE PARIS. — i* SÉIIIE. .i'i
Comme en 1797, comme en 1848, comme en 1871, de la déception, des promesses impossibles, il te conduit à la misère, au désespoir, à l'exil, aux pontons, au poteau de Satoryl »
En 1885, M. Emile Olivier ajoute : « Le péril que je signalais en 1876 est devenu en partie une réalité. »
Ne pourrions-nous pas dire avec Montalembert : « Les républicains français regardent en haut avec envie plutôt qu'en bas avec pitié ? »