CANTONNEMENT DE NOGENT RECONSTITUTION DE L'ARMÉE
(Du 4 au 20 décembre.)
Le î 36 e de ligne cantonne à Nogent du 4 au 20 décembre. Ainsi que tous les régiments de Ducrot, il a besoin de se reposer et de se refaire. Les distributions de vivres sont régulières et le rationnement paraît encore insensible. L'installation des troupes est meilleure. Si le parquet des habitations n'est pas une couche moelleuse, on est au moins à couvert et à l'abri des intempéries d'tm hiver impitoyable.
Les journées du 4 et du 5 sont employées à se reconstituer (1). La deuxième armée est réorganisée en deux corps seulement avec utie division de réservé. Lé 2 e corps devient le i er et est com-
(1) Le t M corps est dissous. La division de MaudTiuy est attachée à la troisième armée; la brigade Martenot rentrée Paris. Le reste des troupes forme corps de réserve qui est placé sous le commandement du général Faron.
L'effectif du régiment à la date du 5 est le suivant :
EFFECTIFS DÎSPtJHlBLES
62 officiers. 47 officiers.
3i3ai hommes» 2.6i3 hommesi
(Historique du i36 9 de ligne*)
posé des divisions Susbielle, Berthaut et Courty. Le général de Maussion le commande. Le 3 e corps devient le 2 e , et reste sous les ordres du général d'Exéa. Il comprend les divisions de Bellemare et Mattat avec la brigade de mobiles du colonel Reille. Pendant cette période de repos relatif, les vides résultant du feu, des privations, de la maladie, sont comblés par les recrues de Paris, et les compagnies retrouvent leurs effectifs. On laisse aux hommes un peu de liberté et des permissions de la journée sont accordées à ceux dont les familles habitent Paris. Deux ou trois heures passées auprès des siens relèvent le moral et sont une grande joie pour les pauvres petits troupiers. Le temps paraît court. Il faut vite s'arracher aux embrassements et ne pas s'attarder, car les portes de la ville sont closes à 5 heures. L'heure réglementaire sonne; la garde nationale, qui veille aux barrières de la cité, en défend là sortie aux retardataires aux malheureux « capitulards » en pantalons rouges qu'elle colle férocement au bloc.
« Le 6 décembre, l'ennemi paraît en force dans le bois du Haut. Le général de Bellemare envoie le régiment occuper les pentes de Nogent. Aucun incident ne se produit. Le 7 décembre, reprise des cantonnements à la nuit tombante. Une suspension d'armes est conclue pour permettre l'enterrement des morts ! (1) »
De rares exercices ont lieu dans les bois de Vincennes. Les grand'gardes fatigantes sont peu dangereuses. Elles s'abritent dans les maisons du
(1) Historique du i36* de ligne.
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chemin de halage de la Marne; les propriétés sont reliées par des tranchées le long de la rivière et des gourbis abritent des sentinelles doubles. Les nuits sont glacées, le ciel est d'un bleu profond. Les étoiles brillent d'un éclat hyperboréen. La neige conservant sa blancheur immaculée étouffe tous les bruits et le silence n'est troublé que par les murmures de la rivière.
Quelquefois des coups de sifflet retentissent dans la nuit. Ce sont nos enfants perdus qui s'appellent et nous avertissent qu'ils font bonne garde. Malgré la rareté des alertes, il faut cependant ouvrir l'œil. Une nuit, le long de la rive opposée une barque glisse silencieusement au gré du courant. Sitôt aperçue, elle est criblée de balles. Elle s'arrête entre les arbres dont les branches baignent dans l'eau. Contient-elle des éclaireurs ennemis? Quelques instants après, elle reprend sa marche, mais vers le milieu de la rivière avec l'allure d'une embarcation allant à la dérive. Le doute n'est plus permis; des ennemis la montaient et, sous notre feu, avaient dû l'abandonner. Une autre fois, en plein jour, un Allemand, caché derrière un arbre, trahit sa présence. Il tombe, abattu par l'arme d'un de nos camarades.
Malgré les distributions de vivres toujours régulières, l'oisiveté aidant, le soldat devient maraudeur : il ne dévaste pas, mais il fait main basse sur les vivres cachés, solides et liquides.
Ici trouve sa place l'anecdote suivante :
En creusant le sol d'un jardinet de la rue des Jardins à Nogent, d'un coup de pioche un soldat
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de ma compagnie brise une bouteille enterrée C'est une révélation ! Le malheureux propriétaire de la maison avait enfoui son vin et des provisions de bouche, espérant retrouver son bien, un< fois la tourmente passée. Les camarades arriven et fouillent le terrain. On exhume des bouteille: de vin, des fioles de cognac et de toutes sortes d< liqueurs. Emerveillés de la trouvaille, nos mâtin: s'en donnent à cœur joie. Les privations son oubliées. Avare de l'aubaine fortuite, la i re compagnie du 3 e bataillon sait en vivre quelque: jours. Les compagnies voisines ayant eu vent d< la chose cherchent à en profiter. Mais, dans h compagnie, on veille soigneusement sur le dépô sacré; des hommes de chaque escouade monten la garde jour et nuit et rien n'en sera distrait.
L'aspect du régiment change à vue d'oeil. ^Le: compagnies sont désormais bien soudées ensembl< et forment un tout solide. Les officiers ne son plus des inconnus entre eux; les sous-officiers e les hommes se connaissent bien. Le sang versé er commun dans trois combats a cimenté cette union Les uniformes ne sont plus neufs, mais recouvrent des hommes qui ont déjà beaucoup souffert, qui ont passé dehors, et sous la neige, d< longues nuits terribles et glaciales. Sous la capot< défraîchie, sous le képi fané dont la visière ne s< lève plus droite vers le ciel, suivant la mod< d'alors, les hommes paraissent plus amaigris e plus vigoureux tout à la fois. Et le cœur dei braves soldats dont la misère va grandir bat plui fort, sous leurs vêtements râpés.
Dans les prises d'armes, une innovation s'est produite pour la tenue. La toile de tente n'est plus roulée sur le sac. Pliée en quatre, attachée au col par une courroie de sac et passant sous le ceinturon, elle forme plastron. Le troupier y trouvait son avantage, le sac étant déchargé d'autant. Puis l'homme, ayant généralement l'arme à la bretelle, pouvait se servir de ce plastron comme d'un manchon. La poitrine et les mains trouvaient là une protection contre la morsure du froid. Ce fut le 1 36 e qui inaugura cette nouvelle tenue. Nommé caporal, après les combats de la Marne, je passe à la 3 e compagnie du i er bataillon. Cette compagnie,, venant du 5i e de ligne, était composée de vieux soldats ayant presque tous fait la campagne du Mexique.
C'est elle qui, le 3 décembre, au matin, avait si bien accueilli l'ennemi et fait faire demi-tour aux Saxons. Ces braves gens me traitèrent en enfant gâté. Les plus mauvaises têtes ne furent pas les dernières à chercher à m'être agréables. J'avais même, pour me seconder, un caporal honoraire ! Le souvenir de leur bon vouloir, de leurs attention, m'est particulièrement sensible. Je souhaite de tels hommes à la Patrie, quand elle fera la suprême levée de ses futurs vengeurs.
Nogent fut le dernier cantonnement convenable du régiment. Nous y avons trouvé quelque repos, quelque soulagement à notre sort. En quittant ce village, nous ne savions pas dans quelle misère nous allions tomber, par quelles terribles épreuves nous devions passer!
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Depuis quelques jours le bruit courait d'une nouvelle sortie en masse et certains indices noui l'annonçaient très proche. Le 19 décembre, ai soir, Tordre est donné de se préparer à partir 1< lendemain; les préparatifs sont vite faits et le 20 décembre, à midi, le 1 36 e quitte Nogent. Er partant on jette un triste et dernier regard sur les hauteurs de Villiers, tombeau de beaucoup de nos braves camarades (1).
(1) Le 17 décembre, la division reçoit une nouvelle organisation, elle comprend :
i M brigade J 4 e régiment de zouaves.
Général Fournès.) Régiment de mobiles de Seine-et-Marne.
2 e brigade j i36« régiment de ligne.
Colonel Colonieu.J Régiment de mobiles du Morbihan.
Le môme jour, les régiments touchent six jours de vivres de campagne et quatre jours d'avoine, en prévision d'un mouvement ultérieur pour lequel les nommes n'emporteraient que la tente-abri, une boîte à graisse, leurs cartouches, leurs vivres et leurs ustensiles de campement; le reste doit être envoyé au petit dépôt établi à Courcelles dans les baraques construites par le génie.
Les instructions données par le général commandant la deuxième armée en vue de l'opération projetée portent que « la veille du jour fixé, la division de Bellemare, avec son artillerie divisionnaire, se transportera au village de Merlan où elle prendra position pour y passer la nuit. »
Ce mouvement a lieu le 20 décembre.
(Historique du i36* de ligne.)
COMBAT DU BOURGET (21 décembre)
d heures du matin on quitte Nogent. Le ajet de ce village à Merlan, près Noisy-le- 'effectue par une belle et froide journée, passons sous le fort de Rosny, nous touà cette localité et nous nous dirigeons vers
forts de Nogent, de Rosny et les batteries itions bombardent les lignes allemandes, et ar une vive canonnade que nous arrivons à il où nous allons camper. Tristes villages Merlan et Noisy-le-Sec, et sans ressources e soldat. Devant eux, s'étendent des plaines ées où, Pété, le soleil doit tout brûler et sur lies, l'hiver, le vent du nord souffle âpre et mt. C'est sur ce sol ingrat et inhospitalier i commencer notre vie de misères et de pris inouïes. C'est là, dans ces plaines de t et de Bobigny, que presque sans nourri- >ans feu, sous un ciel inclément, en proie à acable morsure d'un froid exceptionnel, va 2r, s'affaiblir, se désorganiser la division de lare, comme du reste tout le corps du géd'Exéa.
campe près du canal. Toute la journée
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des masses de troupes défilent derrière nous (i). L'artillerie passe lentement, interminable, avec ses pièces de gros et de petit calibre, avec ses mitrailleuses. Et en voyant toutes ces batteries en mouvement, on se dit que ça chauffera demain. On préfère cette activité à l'oisiveté qui commençait à nous peser. On y laissera peut-être sa peau, mais n'importe, on souhaite « le coup de chien ».
La nuit s'écoule tranquille. A 4 heures du matin, les troupes s'assemblent sans bruit. En l'absence du capitaine Landry, retenu près du commandant, le lieutenant Audouy fait former le cercle et le sergent-major Glosquinet lit la proclamation adressée à l'armée, proclamation bien pâle quand on la compare à celle du 28 novembre.
« L'artillerie canonnera les villages, les réduits fortifiés occupés par l'ennemi. Une fois la résistance ébranlée, on se lancera en avant. On refoulera les Allemands le plus loin possible et on ira coucher à Aulnay-lès-Bondy. »
(1) La a e brigade campe entre Merlan et Noisy-le-Sec, dans un pli de terrain, à l'abri de la vue de l'ennemi; elle est donc sur deux lignes, ayant à sa droite le bataillon des francs- tireurs formé d'une compagnie de chaque régiment de la division, de la force de 90 hommes, cadres non compris, sous les ordres du commandant Blanc, du i36* de ligne. A ce bataillon ont été adjoints les « Amis de la France », légion d'un effectif de 117 hommes. La i M brigade campe entre la ferme de Landeau et Noisy, au pied du fort. (Historique du i36* de ligne.)
L'uniforme des « Amis de la France » était fort coquet Pantalon et képi marron à bande noire, dolman marron avec tresses noires. Cette légion était composée de volontaires anglais, américains, belges, suisses, suédois et espagnols. Elle se conduisit admirablement.
Et c'est tout! Pas un mot magique, pas une phrase émue qui puisse communiquer l'élan à ces milliers de soldats qui vont risquer leur vie. Le lieutenant ajoute qu'on ne doit faire aucun quartier, ne pas recueillir de prisonniers. De'fense de s'arrêter pour secourir les blessés. Quant aux officiers, ils sont autorisés à se servir de leurs armes contre les hommes qui tourneraient le dos à l'ennemi. Dernière recommandation, bien inutile, les soldats de la division de Bellemare n'ayant jusqu'ici présenté aux Allemands que leurs poitrines à découvert. Proclamation et allocution sont écoutées silencieusement. La tristesse sur les visages on rompt le cercle.
Le camp est levé dans une nuit sans étoiles rendue plus épaisse par un fort brouillard ; la marche s'effectue lente mais sans les à-coups que l'on pouvait craindre. Derrière nous, les feux de bivouacs abandonnés jettent de tristes et mourantes clartés. Le silence est partout, dans nos rangs comme sur les champs que nous foulons.
A. peine quelques bruits produits par les armes qui s'entre-choquent et par la toux fréquente de ceux que la bronchite a déjà touchés.
Nous passons à une des extrémités de Bondy.
Là sont rangées des files de voitures d'ambulances, leurs lanternes discrètes perçant le brouillard. Spectacle inutile à présenter à ceux qui vont au combat. Pourquoi éveiller dans les esprits les sombres pensées et évoquer par anticipation la poignante image des morts et des blessés ? 11 faut se battre bien, il faut tâcher de vaincre, voilà
seulement les salutaires idées qui doivent germer dans la tête du soldat !
La vision malencontreuse s'efface. Plus de maisons. Encore la pleine campagne silencieuse et toute noire. On fait halte. Le i36 e se range en ordre de bataille. Sans un mot, sans un cri, les faisceaux sont formés. Les ordres se transmettent à voix basse. Derrière nous, à nos côtés, d'autres régiments se massent; on ne les voit pas, mais on les devine au bruit de leurs armes et non au pas des hommes étouffé dans les terres labourées. Le jour se lève uniforme et brumeux. Pour dissimuler plus longtemps leur présence, les régiments se couchent à plat ventre dans les chaumes. Au petit jour, il est étrange d'apercevoir toutes ces I longues files de soldats couchés ou à genoux. Les Français vont-ils tout à l'heure s'élancer et, dans un choc irrésistible, culbuter l'adversaire? Hélas ! nous sommes réservés à plus ingrate besogne.
A notre gauche un régiment pousse des acclamations. Ce sont des mobiles. Un officier supé- * rieur les harangue. C'est le colonel Colonieu, i suivi de ses gendarmes d'escorte ; il s'arrête main- \ tenant sur notre front, droit sur sa petite monture A arabe : « Courage, dit-il, grande victoire ! Le gé- à néral Chanzy, à la tête de l'armée de la Loire, a j repris Orléans et fait dix mille prisonniers. Vive k la France ! » Quelques cris de : Vive la France! h Vive Colonieu ! lui répondent. t
L'espérance a déserté les cœurs et le doute règne dans les esprits. Certes, on se souvient des deux
glorieuses journées de Champigny, mais aussi de la retraite derrière la Marne.
Le canon se met à parler, lui aussi, et le régiment, dans son ordre en bataille, marche en avant. Au loin, à notre gauche, s'élève le clocher d'un village. C'est le Bourget. La lutte s'y dessine violente. De tous côtés, maintenant, grosses pièces de marine et pièces de campagne bombardent les positions ennemies. Leurs feux ne cesseront qu'à la nuit. Devant nous, un bois émerge de la plaine, c'est le bois de Groslay. A droite et à gauche, des champs à perte de vue. Nous avançons tout droit vers ce bois où rien ne décèle la présence de l'ennemi. Cependant, le silence qui y règne semble nous réserver une désagréable surprise. Vaine appréhension. Sans coup férir, nous prenons possession des taillis suspects. Nous les occupons de la base au sommet ; nous commandons ainsi la plaine de tous les côtés. A cette conquête doit se borner notre rôle dans cette ingrate journée.
Nous sommes admirablement placés pour observer les mouvements de l'ennemi. S'il veut déboucher de sa position, il trouvera à qui parler. Mais nous n'irons pas, non plus, coucher à Aulnay-lès-Bondy. Du côté du Bourget, le combat fait rage. Plus près de nous, ce ne sont que maigres et intermittentes fusillades. Les masses d'infanterie, mises en mouvement pour tenter les Allemands et les attirer en plaine, restent complètement inactives. Si l'infanterie n'entre pas en lutte, l'artillerie s'en charge et des centaines de canons tonnent à la fois.
Dans la plaine, à droite, aucun mouvement i se dessine. Seule une batterie prussienne d Raincy tire dans notre direction sans nous faii de mal. Son tir ne se rectifie pas de la journâ La largeur du bois est minime et notre présenc y est connue. Pourquoi ces obus n'éclatent-il qu'à quelques mètres de la lisière? Quelque éclats sont bien projetés vers nous et c'est tou Des ambulanciers s'avancent dans la plaine. L'er nemi les salue de quelques projectiles et ils s retirent.
Lentement, tristement, la journée s'écoule.
cherche à deviner ce qui se passe, à voir un pe du combat et on n'aperçoit que le feu de la batte rie prussienne du Raincy. Quelques uhlans, vér: tables jouets de Nuremberg, paraissent à l'horizo et s'évanouissent presque aussitôt. Toute la joui née, je reste seul dans mon coin et je ne vois qu le lieutenant Audouy et le sergent Boucher qi viennent de temps en temps faire un brin d causerie. On fume pour tromper l'ennui t l'inaction.
Vers la fin du jour, nos batteries cessant 1 feu, reprennent en longues files le chemin de cantonnements. L'ennemi a vu ce départ; son fei d'artillerie redouble d'intensité sans causer gran< dommage aux colonnes qui se retirent et dispa raissent. A son tour, l'infanterie allemande tent un mouvement offensif, pensant avoir bon marcb de nous. Poussant ses hurras habituels, elle s découvre et se lance à l'attaque du bois de Grosla) On veillait bien de ce côté; l'adjudant Percheva
type du robuste soldat de cette époque, commande la compagnie qui défend le point menacé. Sans perdre un instant, il rassemble ses hommes et leur fait exécuter des feux de peloton bien dirigés. C'en est fait du mouvement offensif des Allemands. L'officier qui, de la voix et de l'épée, cherche à enlever ses soldats, est couché à terre par les balles françaises. Derrière lui, beaucoup d'Allemands tombent morts ou blessés. Le reste recule, tourbillonne et disparaît derrière ses abris. L'ennemi ne renouvellera pas cette seule tentative faite par lui depuis le matin. Quelques jours après, en récompense de son sang-froid et de son énergie, l'adjudant Percheval sera nommé chevalier de la Légion d'honneur.
Des deux côtés, les pièces de campagne deviennent muettes. Seuls les forts et les redoutes font entendre la voix de leurs canons. La nuit, nuit terrible, s'étend sur le champ de bataille. Le froid est extrême et descend à 1 5 degrés. Demain matin on constatera ses funestes effets dans les tranchées des grand'gardes et des milliers de malades entreront aux ambulances (i).
Lentement aussi reviennent les voitures remplies de blessés, accompagnées par les Frères de la Doctrine chrétienne, soldats de Dieu, qui surtout, dans cette journée du 21 décembre, ont fait preuve du plus admirable dévouement. Les balles ne les avaient pas épargnés.
(1) Les pertes du i36% pour la journée du 21 décembre sont : 3 tués et 11 blessés. (Historique du i36 9 .)
Vers midi et demi, du côté du Bourget, le frèx" Ne'thelme, en relevant un blessé, était tombé mor tellement frappé.
« Quelques jours plus tard, le frère Néthelme ramené à Paris, était solennellement enterré, e les enfants de Saint-Nicolas, ses élèves, suivirem tristement son convoi sans se douter, les pauvres petits, que cinq d'entre eux seraient à leur tour, prochainement, cruellement et mortellement frappés par une bombe prussienne (i). »
Les pauvres troupiers admiraient le courage et la charité de ces braves gens que le « populo » gouailleur, se croyant spirituel, appelait des « ignorantins ».
Quelques esprits forts, orgueilleux athées, furent obligés de reconnaître que sous la robe noire de ces humbles serviteurs de Dieu battait un cœur intrépide, insouciant des dangers et rempli de la plus sublime charité envers ceux qui souffraient pour la Patrie !
« Les frères de la Doctrine chrétienne s'en allaient paisiblement, sous la grêle des balles, ramasser les blessés, les rapportant dans leurs bras, ne reculaient devant aucune besogne, si dure ou si dégoûtante qu'elle fût, ne se plaignaient jamais du manque de nourriture, ne buvaient que de Peau, ne touchaient jamais à un sac abandonné et revenaient ensuite à leurs humbles travaux des classes sans se douter qu'ils avaient été des héros (2) ».
(1) Henri Rabot, page 12b.
(2) Francisque Sarcey, page 243.