‹ Le siége de ParisChapitre 10 sur 18 · I-K Sifir.E DE l'AniS · texte numérisé non relu

I-K Sifir.E DE l'AniS

VraiiiKMil, je trouve que renthousiasme et riiéroïsmo du peuple tiennent mieux et plus solidement que l’enthousiasme et l’héroïsme des classes lettrées. J’en ai eu la preuve aujourd’hui. J’étais allée à l’avenue d’Italie, et j’avais entendu des mots superbes de gens qui meurent de faim. Cette idée de sauver l’honneur est entrée dans le cœur des Parisiens de nos faubourgs, et j’espère qu’on ne la délogera pas aisément.

— Faudrait qu’on nous fasse un peu tuer, me disait un ouvrier tanneur, pour que les Prussiens et les bourgeois voient que nous sommes Français!

19 novcmbro.

La dépêche de Gambetta, à VOf/îciol d’aujourd’hui, quoique revenant sur des faits antérieurs, est très-bonne en ce sens qu’elle dément les bruits persistants de république rouge à Lyon et à Marseille.

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19 NOVEMBIIE.

M“® Dorian m’a dit secrètement qu’il y avait à Paris des espions très-bien renseignés qui avertissent les Prussiens de tout ce que fait le gouvernement, de tout ce qui se prépare au ministère de la guerre. On soupçonne ou les bonapartistes de l’entourage de M. Trochu, ou des employés aux bureaux de la guerre, ou des Américains. 11 me semble que l’altitude du peuple de Paris devrait inspirer du respect, même aux bonapartistes, môme aux espions ! C’est en disant cela que je suis grotesque !

J’ai revu Jourdan cette après-midi ; nous avons causé de la dépêche de Gambetta, et Jourdan m’a dit en riant que décidément, à nous deux, nous étions les deux plus forts politiques de France et de Paris. 11 m’a appris, en outre, qu’une grosse sortie devait avoir lieu ce matin, et qu’elle avait été contremandée.

Adam, qui est bien renseigné, m’annonce dans la Journée que la Russie et l’Angleterre se sont prononcées énergiquement en faveur de l’armis^ tice , et que Bismark feint de céder à leur influence. Est-ce pour cela qu’on a contremandé

l,E SIÈGE DE l’AUIS.

celle sorlie dont me parlait Jourdan? Bismark, qui sait tout, et dont la perpétuelle lactique est de nous tromper, de nous empêcher d’agir, doit bénir la bonté de M. Trochu, la naïveté de M. Jules Favre, le scepticisme de M. Picard, et la patiente crédulité des autres membres du gouvernement.

Les artistes se conduisent tous admirablement, avec une simplicité, une belle humeur, un dévouement qui provoquent les tendresses du peuple de Paris. Peintres, sculpteurs, écrivains, acteurs, chanteurs, musiciens, tous sont de la garde nationale, malgré les lois, les faveurs qui les exemptent. La })lupart des artistes jeunes entrent dans les bataillons de guerre, dans ceux que les soldats nomment les « à outrance » ; les vieux montent la garde sur les remparts; les plus vieux encore surveillent les distributions de vivres, font la police de leur quartier. Ils ne j se croient pas déshonorés pour être ce que les ' gamins appellent des pantouflards.

M. Landello, le peintre, m’a conté l’iiistoire la plus touchante qui se puisse redire. A quatre

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