I.K SIÉGR DK PARIS
je puis dire : « Les armées do province existent. » On s’entretient beaucoup de Bazaine. Paris croyait à cet homme. C’était la dernière illusion bonapartiste; maintenant, tout ce que l’empire avait élevé est abaissé, tout ce qu’il avait bâti s’est effondré. Pouvait-il découvrir, former des patriotes, cet homme sans patrie? L’homme de Sedan pouvait-il deviner, former des militaires?
M. Noël Parfait nous a récité ce soir YExpiatioîi, qu’il dit admirablement. Il l’a déjà lue dans plusieurs conférences données en faveur dos victimes de Châteaudun.
Ces Châtiments, quelle imprécation! quelle prophétie! Comipe je comprends ce grand maître des francs-maçons aux colonies, lequel, obligé de porter un toast, le 15 août, à l’homme de Décembre, le porta ainsi : «A Napoléon III, qui inspira l’immortel livre des Châtiments. »
Un concert a lieu, dimanche, au Cirque d’hiver, en faveur de VOEuvre du travail des femmes. M. de Lapommeraye expliquera le but de l’œuvre, et les fondatrices quêteront.
Ce que les Parisiens donnent d’argent pour
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tout et pour toiis, est inimaginable; j’en sais quelque chose ; je ruine mon héritière, mademoiselle Alice.
Eugène Pelletan m’a dit ce soir qu’une action prochaine se prépare, et il est venu, comme un bon ami, donner cet aliment à mon impatience. Eugène Pelletan croit en notre France de tout son cœur; il ne désespérerait pas d’elle, môme après une entière défaite ; il me parle du rôle des vaincus, des bénéfices qu’ils peuvent tirer de leur écrasement. « léna pour la Prusse, Waterloo pour la France, Sébastopol pour la Russie, n’ont-ils pas été le point de départ d’une régénération intellectuelle?.» me dit-il.
L’un de nous discutait avec Eugène Pelletan sur la trahison de Elazaine. Celui-ci répondit que le gouvernement ne croyait pas à la trahison de Bazaine, parce que, dans la proclamation du général en chef commandant l’armée de Metz, il y avait ces mots : « Il faut respecter le matériel de guerre. »
Très-bien, si ce matériel de guerre nous reste! Pour moi, ces mots sont la preuve évidente de
I,F. SlfiCiE DE PARIS.
sa trahison; il fait respecter le matériel do guerre... pour le livrer intact aux Prussiens!
t8 novembre.
Toute la journée, je vois des blessés de corps
qui gémissent, qu’on panse, qui saignent, qu’on
ampute, qui ont dos plaies, que j’essaye de soulager, dont les tortures me navrent. Le soir, au milieu de nos amis qui viennent gémir chez nous, me montrer les blessures de leurs âmes, leurs plaies sanglantes, j’essaye des pansements, je m’épuise à chercher des soulagements. Ah I que de blessés, ma fille, que de blessures! Je me tâte pour voir si j’ai bien encore ma tète, mes bras, mon cœur.
On nous a accuséscesoir, Jourdan etmoi,d’ètre cause des malheurs publics; on a crié haro sur nous, parce que tous deux nous défendions l’enlète du Siècle : « Pas une pierre do nos forteresses, etc. » Jourdan et moi, qui l’approuve et le
soutiens, nous .sommes de grands coupables, nous empêchons toute solution heureuse des négociations. Nous sommes des gt'otesques, — le mot est rude ! — avec notre vedette qui fait les gros yeux en écriture. Ce sont nos meilleurs amis qui nous jettent ces injures à la tête.
— Le Siècle n’est pas \ Officiel^ répond Jourdan, il n’engage personne que ses rédacteurs, et ce n’est pas moi qui signerai la paix, je vous l’affirme, soit comme député, soit comme membre d’un gouvernement quelconque !
— Ni moi non plus, dis-je. Et d’ailleurs, quoique grotesque, je ne suis pas stupide ; est-ce que je n’ai pas assez cru à la ruine immédiate des armées impériales? Est-ce que je n’ai pas prédit le siège de Paris, le jour où nous avons connu l’entreprise des halles mortes de Napoléon père, fils et compagnie, à Wissembourg? Je crois que Paris et la France peuvent encore se sauver et ne-livrer « ni un pouce de terrain ni une pierre de forteresse ». J’aime mieux, comme Jourdan, être parmi ceux qui gardent leur courage trop longtemps que parmi ceux qui le perdent trop tôt !