‹ Le siége de ParisChapitre 7 sur 18 · I.K SIÉOF. DF, PAUIS · texte numérisé non relu

I.K SIÉOF. DF, PAUIS

reiiseigaer auprès d’Adam sur les faits du 31 octobre. Il écrit une histoire du siège.

Il m’a raconté la fameuse représentation de la Portc-Saint-Martin , où on a lu les Châtiments : Berton disant V Expiation et faisant frissonner la salle entière ; — Coquelin , débitant avec un esprit fin et délicat la pièce du Portw'hateur et du Conservateur ; — M“® Gueymard chantant Patria, et le public debout l’acclamant.

M. Jules Ferry , • sachant que Louis Blanc était dans la salle, vint le trouver et lui parla des événements du 31 octol)re.

— Quoi ! lui dit Louis Blanc, vous avez eu toutes les bontés, toutes les patiences, tous les oublis pour nos ennemis mortels, les bonapartistes, et, dès qu’il s’agit de républicains, à la moindre lutte, vous devenez emportés et méchants! Qui êtes-vous donc, vous les assermentés de l’empire? qui donc osez-vous appeler des factieux?

Nous nous réjouissons du rejet de l’armistice, Louis Blanc et moi, de la même façon. Il faut garder notre folie sublime comme un bouclier

fi NOVEMnnE.

précieux ; il faut avoir ce grand courage qui donne la victoire et livre la fortune aux audacieux.

Ce que l’un de mes amis a entendu dire à M. Ernest Picard dans la cour des Tuileries:

— Républicain, je crois l’être ; mais du parti républicain, je n’en suis pas; j’ai le parti républicain en horreur!

Laurent Pichat me contait tout le triste intérêt qu’il prend au dépouillement des papiers impériaux. Hier, il a trouvé une lettre d’une femme du grand monde , qui porte un grand nom, qui possède une grande fortune, et qui demande pour son mari une place de chambellan. «Sire, écrit-elle, il est bel homme, distingué, et portera merveilleusement la livrée de vos serviteurs. » Quel langage honteux!

Nous avons passé la soirée chez M““ Dorian, avec la famille entière : Dorian , sa fille , son fils, son gendre. Comme je les aime ! Ils sont sincèrement, loyalement républicains. Aline Ménard, avec sa beauté fière, a l’air d’une déesse

de la Liberté ; ils sont aussi bons que beaux , tous.

Ils souffrent de n’avoir pas pu mettre d’accord les promesses que Dorian a faites aux partisans de l’action à outrance avec les devoirs qui le retiennent au ministère de la défense publique.

Je vois M“® Dorian et sa fille profondément irritées, comme moi, contre M. Ernest Picard et contre M. Trochu.

A propos de M. Trochu, comme Adam disait que sa lucidité , sa distinction étaient vraiment séduisantes :

— Oui , réplique Dorian , mais il a décidé- , ment trop d’amabilité pour ma consommation personnelle ! J’aimerais mieux un bourru qui fait bien qu’un gentilhomme qui fait mal. Le vrai courage est un peu roide , et , en plein combat, il est brutal.

Eugène Pelletan vient et déplore l’affaire du 31 octobre. Mon opinion sur l’armistice l’impatiente. Il croit que l’armistice eût été nécessaire, et que ce sont les événements du 31 octobre qui ont empêché de le conclure. Il oublie la

reddition de Metz, qui a permis aux Prussiens d’envoyer contre nous, à Paris et en province, deux cent mille hommes de plus.

J’apprends que M. Ernest Picard a fait, le 5, l’étrange proposition de constituer le gouvernement avec trois membres seulement: lui, Jules Favre et M. Trochu.

7 novembre.

Nefftzer, le solide, le courageux, le clairvoyant, le gai Nefftzer, est devenu alarmiste. Tout à l’heure il m’a entretenue d’un bombardement prochain ; il m’a fait voir les bombes tombant jusqu’à l’Institut ; je ne sais s’il ne m’a pas un peu inquiétée. Voyons, au fond, suis-je inquiète? Eli bien, non! Pourquoi craindrais-je un bombardement? Les quartiers qui ne seront pas atteints, qui ne peuvent l’ètre, offriront un asile auxqiauvres bombardés. Quant aux maisons , ma foi ! tant pis ! Je donne-

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rais la mionno ot cent aiilrns pour tenir deux jours de plus.

M. Roussel, du nouveau National, est venu.

Lui aussi, nous dérlarc perdus; niais M. Roussel, avec son visage de belle humeur, ne peut nous parler do nos malheurs tristement, et son jugement ne parvient pas à troubler sou esprit.

8 novembre.

Ah! que le salon du boulevard Poissonnière est autrement fréquenté que celui de la Préfecture de police! Nous avions ce soir toute la famille Dorian, pour laquelle notre amitié croît chaque jour, puis Eugène Pelletan, Rochefort, qui a donné sa démission à la suite du 31 octobre, Chenavard et Louis Blanc.

Ce dernier, causant avec le ministre des travaux publics, accusait le gouvernement de cacher les nouvelles.

Dorian lui a répondu qu’on n’en avait pas.

8 NOVKMBUK.

2in

M. Thiers, qui voulait le succès de ses négociations, en a donné de mauvaises, auxquelles il croit peut-être. 11 a dit que tout va mal en province, qu'il n’y a point d’armée, que Gambetta commet des fautes, et qu’il a fait en Angleterre un emprunt à des conditions désastreuses.

— Comment n’a-t-on pas de nouvelles certaines? reprit Louis Blanc; c’est impossible à admettre.

— On soupçonne Trochu d’en avoir, répondit Eugène Pelletan ; mais il ne veut pas les dire, parce que ce sont des nouvelles de mouvements militaires qui correspondent à des mouvements que lui-même projette.

— Eh bien, dites-nous cela dans V Officiel, nous ne demandons pas autre chose que de la sincérité. Les Parisiens comprendront mieux la discrétion que le mystère.

— C’est une guerre de patience, ajouta Pelletan, la guerre que Washington faisait à l’Angleterre.

Louis Blanc secouait la tête; il interrogea Dorian sur la durée de nos vivres.

— Nous en avons pour deux mois sûrement, répondit le ministre, je le sais par Magnin; mais il faut manger du cheval, surtout du cheval; c’est d’ailleurs avec le cheval que nous nous ravitaillerons le plus vite. Si nous' faisons une sortie heureuse, il sera toujours plus facile de lancer un troupeau de chevaux avec des hommes dessus, au travers des Prussiens, que de lancer un troupeau de bœufs, de vaches ou de moutons. ,

Rochefort nous raconte ce fait singulier que YKlccteur libre avait été suspendu, en conseil, pour avoir donné deux fois des nouvelles du gouvernement, et que non-seulement VÉlectciir libre vit, mais qu’il vit du produit de cette meme industrie.

— Moi, dit Rochefort, j’ai supprimé, de mon chef, la Marseillaise, mon unique fortune, parce qu’elle s'était permis d’attaquer le gouvernement dans la personne de Trochu, et qu’on m’avait fait, au conseil, une simple observation.

Chenavard et Louis Blanc sont d’avis, comme moi, qu’il faut tenir le plus longtemps possible.

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à tout prix, pour laisser aux généraux ou la possibilité d’agjr encore ou l’éternelle honte de n’avoir point agi.

!) et 10 novembre.

Un découragement insurmontable s’empare dos esprits. L’armée s’irrite, s’abandonne, et l’on ne peut trop la blâmer quand on songe à l’incapacité, aux lâches hésitations des généraux. Les mobiles demandent à retourner chez eux; ils veulent aller se battre dans leurs villages. La mobilisation de la garde nationale émeut tout le monde à cause de l’injustice qui préside à cette organisation. Quatre cents hommes sont pris par bataillon, que ces bataillons soient composés de huit cents hommes ou de trois mille ; de sorte que les bataillons des faubourgs fournissent en général trois fois plus d’hommes que n’en fournissent les bataillons du centre de Paris. .

M. Guéroult est venu me voir; il désirait l’ar-

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mislice, parce qu’il doute absolument de la capacité de nos généraux. Nous avons parlé de notre ami commun Arlès-Dufour, dont l’unique ■ pensée depuis cinquante ans, depuis la déroute de Waterloo, où il assistait comme volontaire de seize ans, a été la paix universelle. Arlès-Dufour était Tun des fondateurs et l’instigateur du Congrès delà paix; il est à Lyon, il doit souffrir mille morts en voyant toutes ces tueries, ce retour aux mœurs et aux instincts barbares.

M. Cuéroult et moi, nous sommes bien certains qu’il est de la convention de Genève et qu’il doit faire partie de la Société des secours aux blessés.

— Voyez-vous, me dit M. Guéroult, je suis certain qu’Arlès-Dufour ne supportera pas une telle ruine de toutes ses opinions; cette guerre le tuera! De pareils événements, qui- trempent les hommes jeunes comme mes fils, brisent les hommes de mon âge.

Je suis allée au Siècle quêter pour la souscription en faveur de l’héroïque ville de Châteaudun. J’ai trouvé Louis Jourdan tout plein d’espérance, tout remonté par des conversations

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qu’il avait eues le malin avec plusieurs commandants de la garde nationale.

Toujours quêtant pour la souscription de Chàteaudun, je suis tombée à V Avenir national dans le cabinet de Peyrat; il y avait là M. Charles Thomas, M. Desonnaz et Peyrat qui se lamentaient. Ah! que cette crise est grave! Quelle charge d’inquiétudes nous accable tous ! Quelle tristesse profonde pour chacun de nous de voir tant de cœurs hésitants, un si grand nombre de courages abattus, des esprits si démoralisés!

Je crus devoir faire un gros effort pour montrer une confiance entière. Je niais les découragements que Peyrat et M. Charles Thomas me signalaient de toutes parts; j’étalais avec fracas des espérances résolues, et je finis, en les convainquant, par me convaincre moi-même.

H novembre.

Aujourd’hui les Débats et plusieurs autres journaux parlent de paix. Quelle humiliation ! quelle

LK SIÉr.F, DE PAUIS.

Iiontf ! Quoi ! avec six cent mille hommes, nous accei)lerions de nous rendre? Nous subirions des fourches caudincs après Sedan? J’en mourrais. Je ne peux pas rendre mon indignation, ma colère. Est-ce possible qu’on ose exprimer dans un journal qui sera lu par l’étranger, par l’envahisseur, par le Prussien, le moindre désir de capitulation ou de paix?... Oui, tout est possible, quand on voit par quels chefs militaires nous sommes commandés. Nous possédons un homme (Ustinr/ué, quand il nous faudrait un butor héroïque.

Et le gouvernement est livré à Jules Favre, un idéaliste; à M. Ernest Picard, un ennemi de ce qu’il appelle le parti républicain ; et à des auditrun, me disait Rochefort!

J’ai l’àme ulcérée. 11 faut que je domine ma douleur. On parle de décadence, on trouble les énergies publicpies. Les lèches, les incroyants, les ennemis de la République, cultivent en grand la philosophie, l’histoire, la science pour nous prouver que nous sommes finis. Rien ne coûte aux fabricants d’étcignoirs, ils puisent leurs ré-

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clames partout! Je hais les réactionnaires. Qu’ils sont dangereux à l’heure des grandes résolutions !

11 faut que j’étonne par mon espoir ceux qui sont moins désespérés que moi. Les femmes ne SC battent point; leur devoir est de fortifier l’àme de ceux qui peuvent lutter encore.

Nos amis se plaisent dans notre maison. Notre cercle est, il est vrai, presque toujours le même. Nous parlons de politique, cela seul nous intéresse.

M. NelTtzer dit qu’il faut convoquer une assemblée, composée d’un nombre de députés à déterminer, et dans laquelle entreraient des députés de l’Alsace et de la Lorraine.

— Ces députés, je vous l’affirme, ajoute M. Nefftzer, seraient forcément des hommes résolus, très-braves. Imaginez que l’un d’eux s’écrie dans une Assemblée : « Nous ne voulons pas devenir Prussiens; nous lutterons seuls si vous nous abandonnez; nous nous ferons tuer jusqu’au dernier Lorrain, jusqu’au dernier Alsacien. Nous voulons rester Français. » Croyez-vous

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qu’une Asseml)lée ose, après un tel discours, signer une paix honteuse? Elle recommencerait la guerre avec des moyens plus puissants.

— J'aimerais mieux ne pas en faire- l’expérience, répond M. Desonnaz; pour moi, une Assemblée est adéquate à la paix.

Le mot scandalise et provoque l’une de ces interminables discussions toujours curieuses, toujours instructives, et toujours sincères avec des amis tels que les nôtres.

M. Ccrnuschi affirme que des conditions nouvelles de malheur public amènent des moyens nouveaux d’y parer. Il ajoute que notre situation générale ne peut pas être plus désastreuse dans huit jours, que d’ici là un fait de guerre et il faut bien qu’il s’en produise un — peut modifier entièrement nos prévisions d'aujourd’hui.

Comme il est de la commission des subsis^ tances, je l’interroge, chaque fois que je le vois, sur nos vivres. 11 y a encore pour onze jour.s de bœuf et de mouton, puis du cbeval, des viandes salées ; mais il ne croit pas, comme Dorian, que nous puissions aller deux moiSi

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