SIEGE DE SAINCT JEAN D'ANGELI
le 46. octobre 4569.
Les guerres civiles ne sont qu'un perpétuel flux et reflux de pertes et conquests, Poictiers avoit esté un Théâtre sur lequel les Princes avoient à leur ruine joiié le premier acte de leur Tragédie , voicy que maintenant au reciprocque , Sainct Jean d'Angeli s'en va terminer les victoires du Duc d'Anjou. Le Duc enflé de la prospérité de ses victoires vient le 46. Octobre assiéger Sainct Jean : mais il n'en trouve pas les approches tant aisées que les autres.
Sainct Jean d'Angeli **• est une dés principales villes de Xainctonge après la capitale, située en un fonds, assez bien murée, et fossoyée. L'Abbaye de Sainct Jean, qui donne le nom à la place, est fort ancienne : de laquelle l'eau bat le pîed, et luy sert de Chasteau pour garder, et descouvrir toute la plaine. Le costé de Poictou est un pays bossu et fort entrecoupé de montagnes , la rivière nommée Boutonne , qui naist entre les monts Angoumoisins d'on lieu pour ceste cause nommée Chéboutonne, avoir passé Chisé , descend à Tonné-boutonne , pour après remplir près de deux tiers des fossez de S. Jean d'Angely, et le divisant du faux-bourg saincte Croix, s'en va rencontrer ht Charante (qui passe contre Angoulesme, et la> ville de Xainctes) près Tonne-Gharante , dont elle suit' les eaux jusques au plus profond de la grande mer.
Venons maintenant au siège , Moiiy *"' ayant esté blessé au siège de Niort, se retira vers les Princes •"•, qui estoient encores à- S. Julian, près de Sainct Jean d'Angcly : ausquelz il Ht
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récit de son désastre, et mesmes de la redition de Nyort. Ce qiii les occasionna de pourvoir à S. Jean, ilz n'eurent toutesfois moyen d*y envoyer beaucoup de gens, et cncores moins de poudres , dont Piles *•• (qui estoit ordonné pour le gouver nement de la place ) ne reeeut que quatre cacques , et quel ques trois cens picques. Toutes-fois après avoir appelle et encouragé les Citadins, le Tendemain il fit reveuë de toutes les forces , Les Capitaines estoient, la Mothe-Pujols , la Ramiere et Fun des Palvelz, ( dit Capitaine Fravo Serido,] les Essars **^, la Garde, Montault, et la Personne, qui y fut envoyé après, avec quelques chevaux.
Le jour suivant, la Mothe et Ramiere furent à Xainctes , advertir les Princes de leurs affaires, et de la fautes d'hommes et de munitions ; Occasion qu'ils mandèrent à plusieurs Capitaines, tant de cheval que de pied, de s'y jetter et en diligence : Car Biron persuadé par les fîiitifz CathoUcques , que la ville estoH sans deffence : des le Tendemain 42. Octobre, se présenta accompagné de cpiatre c^s chevaux, et quelques gens de pied, la sommant au nom du Roy. Auquel Piles respondit, gu*il tenoit la ville par le commandement du Prince de Navarre, Gouverneur en Guyane, pour le service de sa Majesté tant pour la seureté de sa vie, que de tous ceux qui y estoient avecques jiuy. Biron print cela pour refus et retourne en Tarmée, cependant le Capitaine la Mothe-Ptgols monta à cheval , avecques quelques uns de sa compagnie pour battre l'estrade , prindrent quelques prisonniers, l'un desquelz fut envoyé aux Princes , qui les assura que l'armée mardioit vers S. Jean , ce qui les fit réitérer le mand^uei^t à plusieurs Chefz , mais aucun ne se présenta que la Personne suivy de 25. ou 50. et
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autant d'enfans de villes, qui suy voient autres Capitaines, lesquelz se jetterent dedans le jour mesme qu'elle fut assiégée *•• .
Le 46. d'Octobre, l'infanterie fut conduicte jusques au faux-bourg de Taillebourg cependant les assiégez travailloient aux fortifications, des lieux les plus foibles, comme au chasteau à la porte d'Âunis , à la Tour de TEpingale et s'estudioient sur tout à dresser le ravelin de la porte d'Âunis ou ilz firent un terre-plain qui leur profita beaucoup , et abbatirent une haute tour, qui eust incommodé ceux de de-^ dans , si le Canon des assaillans l'eust abatu , Puis ils firent un pont , au moyen duquel ils se maintindrent plds longuement qu'ils n'eussent faict à la deffenee du lieu. Et le tout pour maintenir le ravelin , contre lequel les Canons Catholiques vomirent la meilleure et plus grande partie de leur fureur. Comme les bandes furent distribuées en quartier, on logea les pièces , et les preparat-on pour battre les tenans. Les plus dispos et courageux desquels , sortoient par les portes de Nyort et Mata , pour attaquer l'escarmouche contre ceux qui s'avançoient trop près, les autres étendant s'employent à ruyner les Faux-bourgs ^ et couper les Arbres pour servir de fassines aux rampars de la ville.
Le 24 . jour, 90. ou 40. Cavalliers , conduits par quelques sortu chrfs, sortirent pour descouvrir l'iartillerie , et prendre langue des prisonniers s«r tes desseins des Catholiques ^ et fut leur entreprise si bien conduicte , que d'abordée ils mirent en fuytte tous ceux qu*îls r'fencontrerent, mais ne peurent prendre qu'un Italien; ils tuèrent quelques-uns qui estoyent es tantes, où on preparoit les gabions. Le lendemain sur là presdinée le Capitaine la Mote avec près de 200. Soldats jutresoitie.
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sortirent sur ceux qui estoient aux fauxbourgs d'Aimis, la rencontre fut si royde, que les Catholiques y perdirent deux Enseignes , la moitié d'un drapeau, et bon nombre d'armes , de Protestants; le Capitaine Parasal fut tué, et son frère prins : puis se retirèrent sur la contr'escarpe du fossé, à la faveur de leurs harquebusiers qui les attendoient sur le reyelin. On ne laissoit pour cela de r'emparer au dedans , et les Catholiques aussi continuoyent leurs tranchées : attan- Le Roy arrive dans la veuue dfe sa Majesté, qui arriva en son camp le 26.
en ton Camp.
jour d'Octobre, et logea à Landes *", résolu de n'en partir que la ville ne fust prise à sa venue ; ils firent tirer le Canon qui estoit au quartier des Suisses, au village de la Vergue lequel ils apprestoient pour faire marcher et battre la ville. C'este salve qui fut faicte, tant du Canon que des harquebusiers, fut belle et grande. Tout le Camp fut mis en armes pour tenir rang de bataille, et mieux recevoh* de divers sons tant des Canonades que de la menue scopeterie entremeslée d'un cry gênerai que tous jetteront en l'air à la descouverte de sa Majesté crians vive le Roy, à l'envy les uns des autres. Le lendemain les Catholiques remonstrerent de rechef aux assiégez, au nom de sa Majesté plusieurs raisons, pour les induire à se rendre , les asseurans qu'ils en recevroient bon traictement , autrement qu'ils seroient batus de seize pièces. Baterie. La respoucc fut telle que dessus, qui fut occasion que le canon , ja dressé et placé en batterie dedans une vigne du costé de Nyort "", (si dextrement qu'il pouvoit battre, tant à la porte de Nyort, au ravelin de la porte d'Aunis , qu'au recoin qui est entre les deux portes ) commança à tirer contre les deffences de la Toui*, et continua la baterie tout le jour, jusques à ce que la bresche fust grande et raisonnable; Mais
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lanuict venue, leur donna moyen et loisir d*y pourvoir: car le Capitaine la M ote descendit et mena nombre de gens au fond du fossé pour y faire une muraille seiche , de pierres que la violence du canon avoit faict tomber des murailles , ruinées : et avec ce, la brèche fut promptement reparée, et mise en tel estât de deffence, qu'elle ne fust assaillie. Entre autres moyens ils tirèrent une Tranchée derrière la brèche, flanquée bien à propos , et sur icelle mirent quelques barriques, pour tenir leurs harquebuziers couvers, si qu'ils la tenoient plus forte qu'auparavant. En ceste ville là comme en plusyBurs autres de France , n'y a pas grand ny assez d'espace entre les murs de la ville et les premières maisons, si qu'il falut pour tirer la Tranchée cy dessus abbatre nombre de maisons et se servir des caves qu'on y descouvrit, les flanqua l'on du mieux que l'on peut. La batterie fut violente et en fut la tour Beliard abatuë rez pied rez terre quelques uns 'y furent tués, plusieurs blecez et estonnez mesmement trois armés qui se tenoient près du Capitaine la Ramiere renversez et estonnez du bris de la muraille sans autre mal, leurs hamois les sauva. Mais la Ramiere, eut le bras rompu d'un esclat de chevron que le Canon donnant dans un logis luy envoya et luy en fit entrer un autre dedans le corps dont il mourut quatre jours après , fort regreté de tous pour sa vaillance et resolution : mais encores plus pour n'avoir jamais voulu souffrir d'estre emporté en son logis, ne secouru par les Soldats qu'il encouragea tousjours de demeurer à la brèche, et ne l'abandonner jusqu'au mourir. Le lendemain des la pointe du jour, on les bâtit en autre endroict autans furieusement pour le nombre de pièces , qu'il est possible, voyans toutesfois les Catholiques que ce lieu
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cstoit aysé à fortifier et reparer : d'ailleurs qac les soldats y allans à la brèche , eussent esté deseouYerts da rayelin , Changèrent de baterie, et s'adressaient à la Tonr^ de laqodle bauTie'"^^^^ ^* '^ assiégez aroient abatn la couverture, et pour mieux en faciliter lentreprise avancèrent deux pièces murales sur le bord du fossé duquel ilz tranchèrent la eontr'escai^pe pour mieux y loger leurs pièces desquelles ils tireient plus seurement que d'ailleurs, les assiégez ne doutans, yen qu'on batoit en cest endroict avoient ja abatu la couverture de la tour, craincte que les esclats n'en tombassent sur eux , et de plus qu'ils n'en comblassent le fossé de faîet pour ces deux occasions , les Catholiques pointèrent leurs pièces, premièrement contre le haut de la Tour, aflin que le fossé estant comble , l'assaut en fust plus facile. Mais pour y obvier et passer tousjours au Ravelin duquel ils ne vouloient perdre la commodité , ils entraverserent de gros et long bois qui portoient des deux costez, sur lesquels la ruyne de la tour tomboit. Tant que dura la nuict de Samedy bâtirent sur le devant du ravelin d'Âunis, et le jour ensuyvant qui fut le dernier jour d'Octobre , continuèrent la baterie , jusques à une ou deux heures du Lundy, un cheval chargé pouvoit aysément monter à la brèche, et n'y avoit aucun flanc pour la deffendre , mais la nécessité leur en donna l'invention d'un ^ car le Capitaine la Hôte fit soudain une canonnière à pied de la muraille à 46. pas du revelin ayant osté le terrier qui couvre le pied du mur : ne descouvroit toutes-fois que le recoin , et à peine deux soldats y pouvoient mirer, toutes-fois ilz y tiroient si dru que les Catholiques en receurent plus de mal que d'aucun autre endroict , et avec ce, le soldat Catholique ne pouvoit estre veu qu'il ne fust au haut d'icelle , qui fit
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que beau coup de Chefz suivis de soldats, entreprindrent de s'en rendre maistres , qui encouragez par la présence du Roy, et de tant de Seigneurs, donnèrent brusquement jusques au dessus de la brèche : mais elle fut debatuë en sorte que les Catholiques furent contraints de se retirer : Cet assaut à la yerité n'estoit pas commandé , ains entrepris de gayeté de cœur, par quelques Chefz et Gentilz-hommes qui y menèrent nombre de soldats, sans y portet aucun drappeau, et y avoit apparance d'emporter la ville si c'eust esté un assaut General, car il n'y avoit pas vingt soldats sur le ravelin, du commencement jusques à ce que la Mothe y mena sa compagnie , mesmes Piles faisoit ouvrir la muraille, pour sortir avec le reste, donner sur les premiers et se sauver pendant le sac. Durant l'assaut, deux coulevrines batoient en courtine sur la brèche d' Arial '•*, ainsi nommée de ce Chef qui la gardoit, ou il fut emporté avec sept auti-es et autant au ravelin, Guitiniere *•* y fut blessé et Montesquîou ••• qui en est mort despuis, le plus de mal des confederez vint des pierres que les premiers leurs jettoient du bas de la brèche , aussi en fut il beaucoup tué d'eux, les femmes cependant faisoient tout devoir. Les Protestans y perdirent beaucoup des leurs , tant par le canon que de coups de main. Les Catholicques y en firent beaucoup plus qui demeurèrent dans le fossé; qui les occasionna d'essayer les assiégez par une voye plus douce. Hesmes Biron en escrivit au Capitaine Piles, luy pei-suadant de rendre la ville au Roy, Tadvertissant de la prinse de Lusignan , et Xainctes , et que Coignac estoit sur le poinct de se rendre , ces rcmonstrances eurent tant de force que les assiégez commancerent à quitter et alentir peu à peu leur première vigueur y estans forcez par la nécessité.
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Et pour cet elïect l'envoyèrent la TaUlce"', Gcnta-homme Poictevin, qu'ilz tenoient prisonnier, pour y entendre, et leur dire qu'ilz envoyassent un Gentil-homme vers les Mareschaux, et qu'ilz en envoyeroient un autre en ostage. Les Catholiques despescherent le quatriesme Novembre Guitiniere, et les assiégez la Personne, avec conditions qu'ilz n'entendoient à la paix particulière de la ville, la Personne arrivé aux Landes , et humainement receu par les Mareschaux, discourut delà nécessité qu'Uz avoient tous de la paix, auquel fut respondu qu'ilz la demandoient autant comme eux, mais que pour Timportance de Taffaire, et absence dès Princes, ausquelz il en faloit conmiuniquer , la Générale ne se pouvoit conclurre , et pource estoit besoin de parler de la paix particulière de la ville , luy donnant mémoires pour présenter au Capitaine Piles , et au conseil, à sçavoir que les assiégez demandassent dix jours de trêves, pour aller aux Princes, et que si dans les dix jours il n'y entroit forces Enseignes desployées , la vUle seroit remise entre les mains de sa Majesté , aux conditions que les Capitaines, Soldats, et autres personnes, quelz qu'ilz fussent, sortiroient avec leurs armes, chevaux , et bagage sans estre foiîillez , et que les demeurans ne seroient molestez en leurs consciences. Piles trouva ces conditions fort estranges , mesmement de rendre la ville , toutes-fois pour estre les choses ainsi acheminées, et pour l'espoir d'avoir secours, plusieurs conclurent à les signer, fors Piles, qui requeroit pour le moins qu'il ne fast tenu rendre la ville , qu'il n'eust oùy nouvelles de la Personne , qui avec Chemerault estoit allé vers les Princes, ce qu'ainsi le capitaine Piles consentit finalement de signer la capitulation , et sur l'hem'c , sixiesme
Sainct Jean, 18»
Novembre partit la Personne, et fut accordé que ce jour ne seroit accordé au nombre des dix , poursuy vaut son voyage passa par Angoulesme, tant pour sçavoir nouvelles des Princes que pour advertir Sainct Mesmes, Gouverneur de TEstat de Sainct Jean , et Tinduire à luy donner secours.
Durant la trefve, rien de mémorable ne fut faict , de part ne d'autre; Les Protestans et les catholiques, parloient, et se visitoient en toute liberté. Les principaux de la ville neantmoins estoient en merveilleuse perplexité de cette condition de rendre la ville, qui fit que le capitaine Piles n'ayant nouvelles d'aucun lieu, envoya à Angoulesme pour avoir secours, qui luy fut respondu, qu'on leur envoyast homme bien entendu pour les guider au passage de la rivière, de Fombedoiiere amenoit le secours , et des poudres, mais ceux qui l'accompagnoient perdirent cœur, et s'en retournèrent. Le guide neantmoins en apporta nouvelles au capitaine Piles, qui se fascha , car il lui fallut sortir le l'endemain, dix-huictiesme du mois auquel jour Biron les somma de promesse, et ledict Capitaine Piles respondit, qu'il ne le pouvoit faire sans avoir nouvelles de la Personne comme il avoit esté arresté. Finalement après plusieurs replicques de part et d'autre, fut accordé que si dans les dix heures du jour suyvant on n'entendoit de ses nouvelles, et qu'on n'eut point de secours, les assiégez quitteroient la place. Ce jour Guitiniere s'assurant de la redition de la place , et du Gouvernement d'icelle, y entra avec quelques capitaines et M areschaux des logis , pour prendre possession de la place.
Gomme la ville estoit en grand ennuy, sur l'aube du jour on crie que le secours estoit à la porte , c'estoit Sainct Surin '"
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siiivy de quarante chevaux que Piles alla recevoir à la porte de Mata, qui estoit venu d'Angoulesme à Sainct Jean le 48. Novembre, passant par le camp catholique, qui ne luy donnèrent empeschement qu'ils dévoient; car se disant Amy, et destiné pour faire la reveuë, s'enquérit d'eux mesmes, de quelle compagnie et soubz quel Régiment ilz estoient. Si le soldat Romain eust failli à tel guet, il estoit mené devant le Tribun, qui luy faisoit faire son procès sur le champ devant tous.
Sur les dix heures du mesme jour, Bii*on accompagné du Hérault et Trompette du Roy, vint encore sommer Piles de sa promesse : qui luy respond , que luy et sa compagnie aimoient mieux mourir au combat, et faisant son devoir, que d'estre taillé en pièces à la sortie comme en estoit le bruict. Les Ostages rendus des deux costez, le canon commença à rejouer, ce pendant quelques jours se passèrent jusques au 22. ou Ton fit baterie nouvelle, remuant les pièces pour battre en divers lieux, mesmement contre les tours et bastions du Chasteau, la porte duquel, par laquelle on sortoit pour aller sur un bastion qui estoit au devant d'iceluy, fut mise par terre, ce que voyant les assiégez firent un autre passage dans le fossé, • au dessous du précèdent, et près du bastion de terre firmit une ouverture à la muraille de la ville, hors laquelle^ dans le fossé, dressèrent une pallissade pour flanquer et défendre le Chasteau, ils abbatirent aussi partie d'une tour qui est près duduit Chasteau du costé de Taillebourg, qu'on nomme la tour du Bourreau, et grande estenduë de muraille despuis le Chasteau jusques à la vieille brèche. Comme le iieu7^df jS^' Comte de Martigues "* ordonnoit la baterie, le A 9. Novembre
tigit£f.
Sainci Jean, loi
receut un coup d'arquebuzade par la teste, dont il mourut peu d'heures après. Durant ceste baterie les assiégez firent sortie de 70. ou 80. chevaux, Sainct Surin, et la Mothe, tirèrent à qui sortiroit le premier, le sort escbeut à la Mothe, pour couvrir leur sortie ils jetterent de longues traînes de bois au fossé, sur lesquels ils estendirent des Madriers, entraversez de rouleaux pour degrez , chargez de fumier afin que le soldat ne glissast. Tout cela alloit en baissant, pour descendre au fossé : puis remonter à la contrescarpe, couverts d'un grand voile qu'ils avoient estendus au costé des Catholiques. La Mothe passé, et avoir veu les Tranchées de la garde simples, non flanquées, droittes, il se jette à corps perdu dedans suivy des siens, qui tué ce qui les oza attendre^ nonobstant le devoir d'un Capitaine-Enseigne^ qui d'un coutelas luy blessa le devant de son cheval , met tout à mort. Cependant Sainct Surin charge résolument, les harquebuziers courent les tranchées abandonnées , se font riches du butin d'armes, la Mothe donna jusqu'au canon, en encloiia quelques-uns, brusle dix caques de poudre, fut près du magasin des poudres que gardoient les Suisses , s'ils eussent heu le feu en main , pour le mettre en ces poudres ils l'eussent facilement faict, mais à leur sortie ils ne preveurent à cela , qui faict voir qu'on ne sçauroit faire trop smgneuse garde des poudres ; Ainsi sans rien perdre les assiégez se retirèrent , marchant les Fantassins les premiers , couverts de la cavàUerie qui soustint , l'escarmouche des plus avancez Catholiques , environ cinquante desquels moururent aux tranchées et un des assiégez sur la contr'escarpe du fossé entrans les blessez dedans la ville. Les Catholiques délibérèrent de redoubler la baterie contre le Ravelin d'Âunis,
192 Siège de
qui leur empeschoit rentrée de la vUle, et après avoir logé cinq pièces de baterie sur le bord des fossez où Ton avoit eslevé une platte-forme pour voir les assiégez jusques dedans le ravelin , et leur oster le passage, par lequel ilz entroient , ne cessèrent qu'ilz n'eussent foudroyé tout ce qui se trouvoit des murailles devant eux : ce qui commença à estonner les assiégez , car il n'y avoit lieu plus dangereux, que celuy contre lequel ilz s'attaquoient : tant pource qu'il estoit petit, ruiné, mis en poudre par la violence du canon, que d'autant qu'il n'y avoit plus de retraitte. Et de faict les soldats n'y entroient plus que par force : excepté quelques volontaires, cntr'autres ceux du Capitaine la Mothe, et aucuns de la ville, ausquels le Capitaine la Garde Montant commanda depuis que la Mothe fut blessé , qui neantmoins ne laissa pour c«la de s'y trouver quand l'occasion l'y appelloit. Mais qui estoit le pis, les Catholiques non contens de caresser si courageusement ce ravelin : continuoient à battre la courtine, qui est devers le Chasteau, où devant les trêves, ils avoient commancé à faire bréché , somme que la violence du canon rompit en fin toutes les tours et leurs deffences depuis le ravelin jusques au Chasteau , et encores par delà, jusques à la tour Pesneau pour faire tomber les assiégez de fièvre en chaud mal, la platte forme qu'ils avoient dressée sur pilotis derrière le ravelin , tant pour le deffendre que pour servir d'espaule affin de les garder des coulevrines qui battoient en flanc, tomba presque toute en une nuict. Et d'autant qu'elle leur importoit beaucoup, il falut nécessairement la redresser, enquoy ils employèrent beaucoup de peine , et de temps , qui leur eust bien servi ailleurs. Et outre ce, ils receurent perte de beauci)up d'hommes et de femmes , qui s'employoient à
Sainct Jeun. ]9â
rcslcver, nonobstant les voiles qu'ils avoient dressez , pour couvrir ceux qui y travailloient. Qui plus est , lors qu'ils pensoient estre à chef de Tœuvre, estimans la platte-forme parachevée de hauteur et de largeur de quinze pieds , les coulevrines neantmoins, la perçoient à jour, pour estre de terre neufve, et faite de frais, ce qui ne peut résister au canon comme un œuvre vieil et bien pressé , occasion que plusieurs de la ville y restoient ou morts ou blessez , ce qui en rendoit beaucoup d'estonnez , et les plus assurez n'attcndoient qu'un assaut General. Mais plusieurs des Catholiques leur faisoi^t entendre qu'on ne les vouloit avoir par assaut General, ains les tuer à coups de canon.
Sur ce les assiégez ayant nouvelles d'Angoulesme , et que secours leur venoit envoyèrent pour l'avancer Fombedoûere, qui fut mis hors de la ville sur les dix heures du soir, monté sur le Genêt de Piles, il amena le secours jusques à la forest de Gliisé, et le Capitaine S. Âuban. Mais ceux qu'il conduisoit tost après qu'ils eurent descouvert l'ennemy se retirèrent de luy. Voulant parachever son voyage prend le chemin de S. Jean, et fut jusques sur les ponts de S. Julian , où se voyant descouvert par les gardes jugea qu'il estoit plus expédient de rebrousser chemin : mais vivement poursuivy, en fin fut prins la nuict suy vante. Les CatlioHcques leur firent entendre sa prise, et par mesme nroyen leur remonstroient le peu de moyens qu'ils avoient de soustenir, les advertissoit aussi de se rendre : et leur presentoient bonnes conditions. Alors Biron , et Meru , qui estoient aux tranchées demandèrent le Capitaine la Mothe lequel estant venu s'entretindrent en maints divers propos : la résolution fut remise au Tendemain , là où fut parlé d'une seconde capitulation , à quoy les
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Chefs prcstcrcnt rorcillc, pour voir leors munitions nnlles , si peu d'hommes , encores tous harassez, pour les labeurs , peu de farines , leurs deffences rasées , qu'ils avoiait oonelud de sortir sur le canon , et la nuict suivante de prendre tous les hommes qui pourroient suivre pour sortir à la porte de Mata : aAn de forcer la garde du pont S. Julian , et de la se retirer aux mieux qu'ils pouroient , à Angoulesme ou ailleurs. Sa Majesté, outre la première capitulation qu'elle leur offroit, promcttoit de leur donner ostages dans Angoulesme pour leur seureté. Le 2. Décembre , la Mothe ( pai* Tadvis du Conseil , tenu, fort secrcttement entre cinq ou six des priacipaux) alla parler à Biron, qui dist qu'il en parleroit an Roy, et rendroit responce dans deux ou trois heures après, on aporta certains Articles qui n'estoient signez d'aucun , toutes fois on disoit que c'estoit le vouloir du Roy : à quoy Us respondirent qu'ils se deliberoient de mourir plustost qu'il n'eussent la capitulation première. Ils dirent qu'ils en parleroicnt au Roy : mais ne leur conseilloit demander ostages ains les prioient de luy faire cest honneur que de se fier en saparolle, ce qu'ils accordèrent. La première capitulation fut bien tost apportée, signée de sa Majesté qui estoit toile.
Que les assiégez sortiroient de la ville bagues sauves avec leurs armes , chevaux et Enseigne ployée , qu'ils ne porteroient les armes pour la cause generalle de la Reli^n prétendue de quatre mois, qu'ils pourroient, tant estrangers que habitans se retirer où bon leur sembleroit en toute seureté. Qu'ils seroient conduits jusques à un lieu de seureté , où ils voudroient aller, par le sieur de Biron et Cosseins et dévoient sortir le l'endemain. Ce qui ftit, et conduicts
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jnsques à Angoulesme par le Héraut et Trompette du Roy, avec sauf conduict de sa Majesté "^,
Apres la redition de la ville , Guitiniere y fut estably Gouverneur avec huict compagnies de gens de pied. Ce mesme jour , le Roy, la Reyne Mère , le Cardinal de Lorraine et autres, y entrèrent , et visiterait tant le ravelin de la porte d' Aunix , le Chasteau , que la première brèche du recoin de la muraille. Ce fait , sa Majesté , pour la disette de toutes choses, et incommodité de Farmée délibéra se retirer, après avoir pourveu aux garnisons de Poictou et Xainctonge, et envoyé Sauzay avec six Cornettes de Cavalerie, le Régiment de Gohas, et autres en Berry (qui y arrivèrent sur la fin de Décembre pour reserrer les Protestans de la Charité, qui s'estendoient trop avant) d'Escampe, et de Coulonges les Reaux, où il fit son Noël, va à Brissac, puis à Angers , assigna les Protestans de l'y venir trouver, ce qu'ils firent.
FIN
Que l'on nous permette quelques observations sur les notes qui suivent :
Resserré dans le cadre que nous nous sommes tracé, nous n'avons pu donner à nos notes l'extension que nous aurions désirée; nous n'avons pu peindre les hommes qu'en quelques mots, décrire les monuments qu'en quelques lignes, cela suffisait pour l'intelligence du texte. Nous ne pouvons donc qu'inviter le lecteur qui désirerait acquérir des connaissances plus détaillées et approfondir l'histoire de tous ces grands noms qui sont venus se grouper sous notre plume, à recourir aux ouvrages que nous avons consultés.
M. Pressac , dans sa notice sur Liberge , a donné la liste des historiens qui ont parlé du siège de Poitiers ; nous ne ferons donc point une redite inutile : quant aux renseignements sur les personnes et les choses de notre province et de notre ville , les publications de nos collègues de la Société des Antiquaires et les documents que nous possédons dans notre cabinet, sont les sources auxquelles nous avons
NOTES SDR Ll SlÉlil U POITIERS.
Ayant de commencer les notes concernant le siège de Poitiers et les personnes qui Font défenda ou attaqué, nous croyons devoir donner ici deux descriptions de cette ville, qui, réunies avec celle de Liberge (page 38), et le plan dont M. Létang gratifie ses souscripteurs, permettra au lecteur de se reconnaître dans notre vieille cité.
De ces deux descriptions. Tune est due au talent poétique du sieur de la Mothe Messemé ( voir note "*') , Fautre est extraite de la Vraie et entière Histoire des troubles et guerres civiles par Le Frère de Laval , qui ne diffère que peu de celle donnée par la Popelinière dans son Histoire des histoires.
Voici d'abord la poésie , nous finirons par la prose :
Mais pendant ce séjour je veux faire juger Par la description de Poytiers icy mise S'elle eust peu résister si longtemps d'estre prise D*un ennemy si fort» si Dieu n'eust de sa main Supplée le deffaut que tout l'effort humain Pour lors y eust peu faire attendu son assiette £t l'incommodité , dont elle estoit parfaitte , En son contour quasi ne se trouvant endroit Qu'on ne peut du dehors veoir au large et estroit. Fors devers le mydi où à l'égal s'aplaine Le terrain de la ville à celluy de la plaine. S'estendant assez loin au devant uniment , Ce costé la Tranchée a nom vulgairement, D^un fossé qui le tranche en ligne droite esgalle, Les autres ressemblans une demye ovalle Couppee de son long, dont la plus grand hauteur Le millieu de la ville en imite et le cueur
Endroit bien fort garny de toutes marchandises ,
De collèges, convents, de maisons, et d'Eglises.
En somme bien peuplé : mais ces pendans costez
Vignes sont la plus part , prez et arbres plantez
Dans les vagues jardins, dont la longue estendue
Jusqu'aux murs de la ville , abbaisse sa tenue.
Murs , qu'on peut jusqu'au pied battre pour la plus part :
Si ce n'est du cousté , qu'on nomme pont-Achart.
Le long desquels encor qu'il y ait une coste
Comme le plus levé de la ville aussi haute
Si est ce Tendroict seul de tous moins dangereux :
Pour un grand large lac, qui s'endort auprès d'eux
En un marais tremblant, à passer difficille.
Veoyons l'autre cousté maintenant de la ville ,
Vers le naistre au Soleil , où oppositement
Est tout proche des murs hemispheriquement
Un mont droict de rochers , qui d'un cercle concave
De la ville engloustit en sa profondeur cave,
Paralallellement quasi tout environ ,
La muraille entournee en son creusé giron.
Depuis le haut rempart du coin de la tranchée ,
Au dessus de Tizon , le long de la vallée ,
Jusques à Rochereuil , vis a vis du chasteau,
Coulant dans le vallon gratietisement Teau
Du Clain , qui par endroits doigne la courtine.
Et par autres aussi , tout proche l'avoisine :
Nourissant une pree , à la commodité
( Bien qu'estroitte elle soit) de toute la cité.
De laquelle aysement de ceste haute roche ,
Qu'eir a comme j'ay dit, vis a vis d'elle proche ,
L'on veoyoit jusques au pied les murs par le dehors y.
Qui ne sont autrement ni espais ny bien forts.
Mais sus le parapet homme ny sçauroit estre
Que des dubes d'enhaut on ne veoye apparoistre , Ny estant pas plustost entré *que descouvert Depuis Sainct Cyprian et le pont-à-Joubert Jusques à Rochereuil tout le long des murailles Que jusqu'au foye on veoit voire jusqu'aux entrailles , Sans qu'il y ait derrier' aucun retranchement. Or voyla dePoytiers Testât entièrement.
Voyla qu'elle en paroist l'extérieure face.
Ceste ville (après Paris) est plus grande de circuit , qu'aucune autre de France : n'est toutesfois peuplée plus de deux tiers dedans la ceinture de ses murailles. Le dessus de la montaigne est fort haut , et bien couvert : mais la pluspart des pendans sont employez en vignes , prez , et cultures d'autres fruits , jusques aux murailles , qui commencent au bas de la montagne : courant tout le long d'iœlle. Quand ce vient pour aller à la trenchée, elles moittent pour parvenir au dessus de la plaine : et là laissent un entre-deux , qui fait la porte de la trenchée : ainsi nommée, pour avoir autrefois trenché ceste plaine , pour y faire un large et profond fossé qui peust défendre ce costé de yine. Puis passans outre , descendent (non gueres loin de là) encor en bas, pour reprendre le pied et racine de la montaigne. Les murs sont assez fournis de tours : et pour en estre la matière bien liée et cimentée , l'estoffe à plus résisté au Canon qu'on n'eust pensé > pour les voir bien peu espesses.
La rivière qu'on nomme le Clain , qui luy est entre le Levant et Midy , prenant son cours du costé de la Trenchée, laisse ceste porte à gauche, et descendant pour laver le pied de la montagne, se mypartit en quelques endroits , à la commodité des habitants : tant pour y façonner maintes petites isles , et arrouser quelques prees, qu'en plusieurs moulins qu'elle fait aller, es portes qui sont au bas da la montagne. Son canal n'est gueres large : mais bien fourni d'eau et profond : si qu'aux plus grandes seicheresses , il est gueable en peu d'endroits. Costoyant la muraille qui est au pied
du mont , il va jusques au chasteau. Et après avoir fait un presque demy cercle, se divise près la porte sainct Cyprian en deux coulans : le moindre desquels suit le pied de la muraille au dehors : et l'autre s'eslongnant plus loin , en fin retourne pour reprendre ses eaux au pont Anjoubert , où elle se rassemble en un canal ^ derrière et contre la muraille de la ville. De cest entre-deux se forme une isle fort plaisante, de prez et autres verdures. Depuis ce pont Anjoubert derrière la muraille se rejoint toute la rivière , fors un petit ruisseau , qui lassé d'arrouser les jardins , passe pour prester SCS eaux aux tanneries , et teintures qui y sont ^. Puis va environnant un grand pré , qu'on nonune le pré l' Abbesse , et venant courbe jusques aux faux-bourgs de Rochereuil, se rassemble avec le reste de la rivière. Là se voit un pont , court et estroit , qu'on nomme, le pont et porte de Rochereuil : de laquelle jusques au chasteau , n'y a pas si loin que les harquebusiers, tant de l'un que de l'autre endroit ne peussent bien tirer sans coup perdre. Entre Rochereuil et ce chasteau , la rivière commence à se perdre : car laissant le chasteau : et approchant le faux-bourg sainct Ladre, s'en va à Chateleraut. A un demy quart de lieuë est le moulin de Parent, où les Lansquenets camparent et mirent leurs drapeaux au vent, comme je diray. Tel est le cours de son eau. Revenons à la Trenchee , pour déclarer par le menu les lieux qui doyvent estre remar^ quez pour l'intelligence du siège.
Venant de la Trenchee au chasteau , suyvant le cours de l'eau ; se présente premièrement une muraille que les assiégez firent
• Ces tanneries et teintures avalent été fondées par Maurice Claveorier ( Tivant vers i4So). lequel possédait l'tiôtel dit des Grands-Monlins . dans la rue des Filles- Saint- François. L'enclôture de cet bôtel, qui était Immense et que l'on poorraU évaluera so hectares enviroa, renfermait dans son enceinte d'immenses Jardins, de vastes vergers, des ateliers de teintures, trois moulins à farine, deux moulins à papier, des tanneries et des réservoirs, des pêcheries alimentées par l'eau du Clain« destinées à la provision des habitants de la cité. Cette immense propriété était bordée d'an côté par la Grand'Rw, en bas par les boulevards, et en remontant par la me du Pré-r Abbesse.
NOTES. 20t
courir du haut coin do la Trenchee en bas juâqut^ à la rivière : tant pour couvrir et favoriser la descente des assiégez : que pour faire saillies: aller à l'aiguade, cueillir pasture, ou mieux fournir à d'autres nécessitez. Puis une fausse -porte (qu'on nomme de Tison) sur laquelle les habitans dressèrent comme une Plateforme, par l'avis des Maire et Eschevins, pour défendre ceste avenue , et toute la courtine dés la Trenchee , jusques à la porte et pont de sainctCyprian, qui suit près : à chacun des deux bouts duquel y a une porte , et assez grosse tour pour la défense de tout ce Cartier. Au delà du pont, tirant à gauche au sortir de la ville, est r Abbaye et faux-bourg S. Cyprian. Depuis ce faux-bourg jusques au pont Anjoubert (entre le petit coulant , dont j'ay cy dessus parlé , et le gros de la rivière) y a des prez qui ont environ cent ou six vingts pas de largeur. Outre ce pont Anjoubert, des deux costez y a des faux-bourgs : et entre ces deux portes , presqu'au milieu de l'autre costé de la rivière, plus eslongneede la muraille, y a un faux-bourg fort bas, entre deux costaux, qu'on nomme de sainct Somin. Apres ce pont Anjoubert sort le petit ruisseau qui arrouse les jardins, cy-dessus, et va à Rochereuil qui suit après : duquel le pont est plus court et estroit que les autres : le faux-bourg duquel est divisé par une rue longue et estroite , au moyen des rochers et costaux, contre lesquels il est basti. Le chasteau est assez près de là, fait en triangle, à chacun coin une tour, qui se défendent Tune l'autre, avec les fossez assez profonds, qui ne sont bien remplis qu'aux grandes eaux. La forteresse est bonne pour coups de main : mais non defensable contre le Canon. Pour mieux s'y maintenir toutesfois, en cas que la ville fut forcée , comme on avoit veu aux premiers troubles : et asseurer davantage , par quelque retraitte de défense , tant de dames et damoiselles qu'on y avoit retiré. Le Comte avoit fait reparer le pan de la muraille , qui estoit tombé des galeries du chasteau. Et outre, avoit fait faire un avant-mur devant l'entrée , percé si à propos , et flanqué de telle sorte , que peu de gens résolus eussent aisecment arresté pour un
temps les plus eschauffez de ceux qui eussent voulu enlever la place sans Canon. Joint qu*on avoit eslevé un Terre- plein meslé de fascines et toutes sortes de menu bois , au costé du chasteau : et aux offices d*iceluy fait abbatre quelsques vieilles murailles et au lieu d'icelles fait dresser d'autres, bien flanquées : lesquelles on rempUssoit paravant le siège de terre, et autre matière, pour davantage fortifier tout ce costé qui fait l'enlrc-deux du chasteau et porte S. Ladre : laquelle suit et son faux-bourg, qui est au plus bas Heu de la ville , où la rivière quittant Poitiers se courbe pour tirer à Chateleraud. Puis vient le pont et porte, qu*on nomme pont Acliard, tout au plus bas de la montagne, à l'endroit où commence le temple S. Hilaire : depuis lequel jusques à S. Ladre , (où faut la rivière) s'estond un fort grand et large maresc, qu'on nomme l'Estang de S. Hilaire: duquel le Temple, pour estre en lieu fort haut et bien estoffé , pouvoit seul servir d'un fort boulevard : joint qu'il est si fort avancé qu'il peut voir et commander jusques à la porte S. Ladre: toutesfois on y avoit fait dresser une plate-forme qui regardoit sur l'eslang, à laquelle commandoit Ursay avec deux Canons et quelques menues pièces. Delà , et dès le pont Achard , il faut monter en haut pour aller à la Trenchee : et pource costoyant les murs à gauche : et laissant l'estang à droit , on monte jusques au coin de la plaine de la Trenchee : de laquelle on va quasi en droite ligne. Passant ceste porte , jusques à l'autre coin de la muraille : duquel il faut (comme j'ay dit au commencement) descendre pour suyvre l'eau , et aller à Tison , sainct Cyprian , etc. A ceste porte de la Trenchee, ores que ces murailles soyent fortes , le fossé large et profond , l'avant-mur et ravelin bien percez et fourni de soldats : neantmoins par la conduite et diligence de monsieur de Ruffec(beau frère du Comte) on y avoit conduit une trenchee , presque d'un bout de la plaine à l'autre , défendue par une plate -forme (qui y estoit bien nécessaire, si les Protestons eussent attaqué la ville de ce costé) avancée en forme d'esperon , pour maintenir l'un et l'autre endroit de la muraille.
Telle description du plan de Poictlers monstre évidemment que la ville bien poiirveuè' , seroit bastante pour arrester sur cul la plus puissante armée du monde, si elle n'estoit commandée d'ailleurs. Mais elle est entoumee de montagnes en tous endroits, fors la Trenchee. Car plus des deux tiers de la circonférence sont regardez par infinis costaux et hauts rochers , qu'ils appellent Dubes : sur lesquelles le soldat et canonnier peut à son aise mirer tel qu'il voudra dans la ville, qui en est au pied , et batre à plomb , soit en front , soit en flanc et en courtine , les endroits qu'il verra estre les plus expediens à démolir. Occasion que le comte, prévoyant dos un an paravant la ruine de son peuple , si ceste place esloit assiégée : avoit mis toute peine d'y remédier , comme j'ay dit.
* Gui de Daillon , Comte du Lude , Chevalier des ordres du Roy, senechal d'Anjou et gouverneur de Poitou depuis 1557.
Placé pendant près de 28 ans à la tète de l'administration de la province du Poitou , le Cte du Lude s'est trouvé jouer un grand rôle dans toutes les guerres et les intrigues qui ont ensanglanté et bouleversé notre province à cette époque. Placé souvent dans des positions difficiles, il fut obligé de déployer tour à tour les talents de l'administrateur et du général. Tandis qu'un chroniqueur prétend qu'il se fût volontiers rendu , « sinon M. de Guise et le bastard de Guise qui y estoient , » un autre rapporte que le duc de Guise lui dit , en arrivant à Poitiers : « Privé des It^ns et des exemples de mon père , je n'ai trouvé que vous qui puissiez le remplacer et m'apprendre l'art de la guerre. »
Le Cte du Lude est mort à Briançon le 1 1 juillet 1585.
* Le feu Comte de Brissac.
Timoléon de Cessé, Cte de Brissac, colonel de l'infanterie française , grand pannetier et grand fauconnier de France, tué au mois de mai 1569, à l'âge de 26 ans, en reconnaissant les brèches de la ville de Mucidan , assiégée par Tarmée royale.
* Le Cappitaine Corbon.
204 r^OTES.
Probablenioiit issu de la famille Courbon de la Rochecourbon , Cte de Blenac en Saintonge.
* Le Cappitaine la Marche.
Peut-être ce capitaine avait-il pris pour nom de guerre le nom de la province dans laquelle il était né.
* Monsieur, frère du roi , duc d'Anjou , qui plus tard fut roi de France sous le nom de Henri III.
' Le sieur de Richelieu.
Antoine du Plessis, dit le Moine ^ parce qu'il avait porté pendant quelque temps l'habit religieux, avait été capitaine d'une compagnie des gardes du corps du roi François II , chevalier de son ordre, etc., et fut grand-oncle du cardinal duc de Richelieu. ' Le sieur de Puygaillard.
Jean de Leaumont, Sgr de Puygaillard, baron de Brou et de More , grand maréchal des camps et armées du roi , prit une part active à toutes les guerres de religion qui désolèrent le bas Poitou. 8 D'Aunoux.
Antoine de Saint -Jean, sieur d'Aunoux. Nous regrettons de n'avoir que peu de renseignements à ajouter à ceux que donne Liberge ; nous savons seulement que sous les règnes de François I*' et de Henri II il s'était distingué dans les guerres qui ont ensanglanté ces règnes.
• LesieurdeGuron.
Nom de terre sous lequel ont été souvent et sont même encore de nos jours désignés les membres de la famille de Rechignevoisin. Le personnage de cette famille indiqué ici e^t Gabriel de Rechignevoisin , Sgr de Guron , époux de Jeanne Bonnin , qui se fit tuer pour le sauver lors de la surprise du château de Lusignan. La famille de Rechignevoisin a eu plusieurs genres d'illustration. D'Hozier, qui rapporte sa généalogie dans ses Registres de la noblesses de France , a donné un grand nombre de lettres écrites à Jean de Rechignevoisin , gouverneur de Marans , par le cardinal do Richelieu ; lettres qui témoignent de l'intimité dans laquelle vi-
BiOTËS. 20.^
vait notre compatriote avec celui qui était plus que le roi , puisqu^il gouvernait et le roi et la France.
« Le Capitaine la Barre.
Nous ignorons si ce capitaine, que Liberge appelle plus loin de la Barre de Valise, appartient à la famille de la Barre encore existante dans notre province.
" Le Capitaine Jarrie.
Une famille du nom de Jarrie (actuellement éteinte) vivait à Poitiers au commencement du xviii* siècle. Nous ignorons si le capitaine Jarrie était de cette famille.
** René Pelletier , dit le capitaine Paillerie , du nom de la terre de la Paillerie, qui était encore dans sa famille en 1685, était originaire de St-Maixent.
'* François Bonnin , sieur du Cluzeaux , frère de Jeanne Bonnin, épouse de Gabriel de Rechignevoisin. (Voir plus haut note 9. )
La famille Bonnin , une des plus anciennes de la province du Poitou , et originaire de la Marche , est actuellement éteinte.
*^ Joseph Le Bascle , Sgr des Deffends, docteur es lois, ne dut qu'à son mérite reconnu le périlleux honneur d'être chargé de Fadministration de la cité dans des circonstances aussi difficiles. L'on sait que la nomination du maire avait lieu le jour de la Saint- Cyprien (14 juillet), et son installation le jour de la SaintrJean- Baptiste( 24 juillet).
En 1588, les temps étaient mauvais; il fallait un homme d'énergie et que l'on eût vu à l'œuvre : Le Bascle fut réélu ; mais il mourut à la peine durant son admininistration , et fut enterré avec une grande pompe.
" Cette réception en habits courts disait hautement à l'homme qui se sentait assez fort de lui-même pour assumer sur sa tête la responsabilité des événements dont on était menacé (événements que la mort violente du maire Herbert, pendu pour avoir , prétend-on , favorisé l'entrée des protestants dans Poitiers en 1562, rendait
plus menaçants encore), qu'il lui fallait être non moins citoyen el administrateur que soldat et capitaine.
L'on sait qu'à toutes les époques les vêtements longs et flottants ont été le partage des hommes voués aux fonctions paisibles et pacifiques , tels les prêtres , les magistrats , les marchands ; et les vêtements courts et serrés autour de la taille adoptés par ceux qui , par état ou par circonstance , devaient mener une vie active ou affronter des dangers, les voyageurs , les soldats. L'on sait aussi que l'ordre judiciaire se partageait en deux parties bien distinctes: la robe longue, les juges; la robe courte, les sénéchaux, la maréchaussée.
" Nous allons donner ici copie de trois lettres écrites par M. le Cte du Lude aux officiers municipaux de la ville de Poitiers, lettres qui témoignent de sa sollicitude et des soins qu'il prenait pour mettre la ville en état de défense. Les originaux de ces lettres existent dans les archives municipales, et m'ont été communiqués par M. Rédet , archiviste du département.
Lettre du comte du Lude aux maires et échevins.
« Messieurs , j'ay par plusieurs foys receu lettres de Monseigneur » par lesquelles me commande faire au plusto^ parachever lés D fortifications de votre ville ; mais à ce que je pnys entendre , » elles sont aussi avancées comme lors que j'en suys party, quy » est cause que vous en ay escript la présente, afin que icelle » receue, et suyvant l'intention de mondit seigaeur, aussi qu'il est » question en cela du service du Roy et du vôitre particulier, vous » donnez ordre de faire travailler en toute dilligenee ausdites repa- » rations , de faczon que par faulte d'icelles il ne puisse advenir » inconvénient en la ville ; et s'il n'y a deniers en nature pour ce » faire, en prendre et recouvrer des habitants d' icelle, de sorte y> que par faulte d'iceulx lesdites réparations ne puissent estre » retardées, comme je m'asseure que ne serons et que y ferez tout
NOTES. 207 j
» debvoir. Ne vous en diray aultre chose pour me recommander de » bon cœur à vos bonnes grâces, et prie Dieu vous donner ,
» Messieurs , en bonne santé longue vie.
» De St Maixant , ce x« jour de May 1569.
» Votre antierement bon amy,
» Guy de Daillon. »
La suscription est :
« A MESSIEURS LES OFFICIERS DE LA JUSTICE , MAIRE ET ESCHEVINS DE LA VILLE DE POICTIERS.
Lettre du comte du Lude à monsieur Moreau, receveur.
« Monsieur le Recepveur, n'estant survenu aultre occasion pour
» vous escripre , sy nom pour les fortifications de Poictiers , que
» Monseigneur entend estre advancees en toute dilligence, et à
» ceste fin envoyé par delà le sieur Anthoine Sarrason , présent
» porteur, et parceque en cella il est besoing d'une extrême dilli-
» gence , et mesmes pour achever ce qui est commancé à la porte
» de la Tranchée, où il n'y ha de despences que pour les massons,
» car le surplus se fera par les pyonniers , je vous prie , Monsieur
» le Recepveur , faire mectre à ceste besongne le plus d'ouvriers
» massons qu'il vous sera possible , et faire en cella tel debvoyr et
» dilligence , que ce qui se doit faire en quatre moys soit faict en
» quinze jours, à quoy je m'asseure que ne ferez faulte, ne faisant
» la présente pour aultre occasion. Je feray fin me recommandant
» à vous de bon cœur , priant Dieu , Monsieur le Recepveur, vous
» donner bonne et longue vye. Je vous prye encores une foys
» tenyr la main et faire de nécessité vertu pour parachever les-
» dites réparations. De St Maixant, ce 18« May 1569.
» Signé : Votre bon amy,
» Guy de daillon. »
Au dos est écrit :
« MONSIEUR moreau , RECEPVEUR ORDINAIRE , EN POICTOU, POICTIERS. »
208 NOtES.
Uttre du comte du Lude à Messieurs du présidial de PoUiers.
(c Messieurs, vouâ ne ignorez poinct que Favancement deB forti- » ticationâ de Poictiers qua ordonné et commandé Monseigneur , » ne soyent aultant pour votre profîct et interest particulier que a pour le General du service de sa Majesté, et parce comme » affectionnés qu'avez tousjours estes et debvez estres, je ne vous » feray aultre particulière recommendation en ce faict , sinon » generallement je vous prye tenir la main et faire ensorte que » lesdites réparations soyent parachevées en telle dilligence , qu'il » soyt faict mesmemcnt les plus nécessaires dans quinze jours , » sellon que les fera conduire le S' Sarrasson. Vous y employrez » de vostre part de personnes , de bien , et de tous moyens à vous » |x)ssibles , ne rescentants et ne voullant fayre ung petit de des- » pences et perte pour laquelle une ruyne beaucotip plus grande » debvroy estre à craindre. Je ne vous en feray aultre plus grande » recommendation , synom de assister, faire bailler et délivrer au- » dict S' Sarrasson tout ce qui luy sera nécessaire et vous deman- » dera , et ne vous faisant la présente pour aultre cause , et m'as- 9 seurant que en ce sujet il ne vous fault aultre sollicitation. Je » feray fin me recommandant à votre bonnes grâces, priant » Dieu,
» Messieurs , vous donner en santé bonne et longue vye. De St » Maixent, le xviii May 1569.
» Votre bien bon amy,
» Guy de Daillon. »
Au dos est écrit :