‹ Le siége de PoitiersChapitre 3 sur 23 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

Le siège de Poitiers a été un événement trop remarquable de notre histoire si tristement dramatique de la dernière moitié du XVI* siècle , pour qu'il n'ait pas occupé une place proportionnée à l'importance de ses résultats dans le récit des auteurs qui nous ont laissé le souvenir de ces luttes acharnées qui déchirèrent trop longtemps le sein de notre patrie. Aussi tous en ont parlé; mais aucun n'en a donné une relation si circonstanciée que Liberge (1). Acteur lui-môme dans cette sanglante tragédie, où éCheureà autre ^ suivant ses propres paroles, il fut sur le point de s'acheminer ailleurs (2), nul mieux que lui ne pouvait en faire connaître les scènes diverses.

(i) Noos croyons inatile de donner la liste de ces auteurs : les extraits insérés dans les notes de notre volume en font connaître le plus grand nombre. Le récit des autres n'offre rien de particulier.

Le Ponlcbrc, la Popelinicrc, J. le (rërc de Laval , sont les seuls qu'il soit nécessaire de lire après Liberge. Les deux derniers sont bien mieux informés que lui de ce qui se passa du côté des assiégeants. D'Aubigné peut être aussi consulté.

(s) V. pag. \é du Siège.

\\M AVA:NT-PfiOPOS.

Malgré ses trois éditions, son livre était devenu fort rare, et ce n'était souvent qu^après plusieurs années d'attente et de recherrh(>s, et à un prix qui allait toujours croissant, qu'on parvenait à se le procurer. A Poitiers , où tout naturellement on aurait dû croire qu'il s'en trouvait un plus grand nombre d'exemplaires que partout ailleurs, il n'en existait que quatre complets, dont deux, Tua de l'édition do Paris , 1669, et l'autre de celle de Poitiers , 1621, sont dans la belle bibliothèque de M. Barbier aîné , qui renferme quelques curieuses raretés sur Je Poitou ; le troisième fait partie de celle do M. le chanoine Auber, historiographe du diocèse; le (|uatrième est la propriété de M. Bigeu , secrétaire de la mairie. Nous en connaissons trois autres incomplets, de l'édition de 1621, mais ils ne méritent pas d'être comptés.

Une telle pénurie appelait , comme on le voit , la réimpression que nous donnons. Elle ne peut qu'être bien reçue par tous ceux qui aiment à puiser les connaissances historiques aux sources originales , et surtout par les habitants de la ville où vivent les descendants de ces héroïques assiégés, qui acquirent autant (Thonneur en cette place qu'autres qui ayent esté assiégez de ces guerres , selon la remarque d'un judicieux contemporain (1).

Il est inutile de dire ici que la narration de Liberge , telle qu'il l'adressa d'abord à l'un de ses amis de la ville d'Angers, n'était pas destinée à la publicité, et qu'elle fut imprimée à son insu et à son grand mécontentement. Tout cela, ainsi que les motifs qui l'engagèrent à en donner une édition qu'il put avouer en y attachant son nom , est exposé par lui dans l'avertissement qui précède la sienne et qui est reproduit dans la nôtre.

La première édition parut à Paris, immédiatement après le siège, dans le mois d'octobre, ou de novembre au plus tard ; car, dès le l"" décembre , Liberge nous apprend, dans ce même avertissement, qu'il avait déjà préparé la seconde.

Il y fit de notables changements et des augmentations considérables. Par exemple, ce sont le sieur de Sainte-Jaille, mestre de camp des bandes du duc de Guise , et le sieur de Boisjourdain,

(0 ViUegoinblaln, Mém. des troubles arrivés en France sous les règnes des rois Charles IX, Henri III, Henri IV, avec les Voyages des sieurs de Mayenne et de Joyeuse nu F.cvant et en Poitou. Paris, i667, 2 v. iu-i'i, t. I, p. I07.

A V ANT-P&OPQ$ . XXVII

qui dirigent la surprise du village die Smarve , tandis que dans la première , c'est M. de Cessac , lieut^ant du prince , qu'on voit à la iéte du dé^hement qui Qxéait^ ee bardi coup de main.

La description de Poitiers y ^t bien plus étendue; le nombre des gens de guerne qui étaiant dans la place pioins élevé : de â,O0O il est réduit à 4JifOO. JLi'artillerie de r/ennemi , d'abord de lô oi^ 16 pièces, est ensi^ portée à 20 ou 23.

Pour signaler toutes les différences qui eidstent de Yum à l'autre , il faudrait écrire au moi^ une trentaine de pages.

Faisops ciependant epcore une observation : les élpgos pompeux que Liberge, dans sa seconde rédaction , di^tribii^e en maini^ endroits , avec une certaine prodigalité , au due de (^uise et aux auM^ grands seigneur^, sont moipe fréquents daos la pi'oii^ière, ^t y ont un ton de simplicité qui ne fait qu'ajouter à leur prix.

La seconde fois il ne cacha pas assez, ce nous semble, sous l'habit de l'historien , l'encensoir du oourtis^n. Aussi , bien que notre édition soit désormais la seule qu'il faudra hre ou consulter pour connaître à fond le point d'histoife qui fait le sujet du livre de ^berge, le^ curieux ne cesseront pe|s de rechercher celle de

Les principales circonstances de la vie de Liberge oqt été recueillies par plusieurs auteurs (1) , depuis soq compatriote et contemporain Lacroix-du-Maine , jusqu'^ M. Hauroau, le plus complet de tous. Néanfnpins sa biographie laisse encore beaucoup à désiner. Aucun de^ écrivains que nous venons de citer n'a mis à profit les curieux renseignements que fournit l'Épitre dédicatoipe du premier de ses ouvrçtges.

On y apprend que, ue pouvant trouver à Paris (ûus les moyens de satisfaire l'sird^P!^ <l^ir qu'il avait de s'avancer dans la science du droit, il vint les chercher à Poitiers.

Mais, comme il y arrivait, la guerre civile éclata dans le

(i) Lacrolx-da-Maine, BibUotbéqae franç»lse. ^ Gltlca Pry. Histoire des comtes d'Aleoçon et du percbc..-Méiiaere , {leoftar9^es sur la vie de P. AyraoU. — Nleer«>ii , Mémoires pour servir h l'IiLstoire des lio^nmes i^ustresde la réfmltUqMc deaileUres. — Upaige , l)icUon9. to(pograp(i. hlst. généal. et bibUograplUque de la provloce et du diocèse du Maine. — La Blugrapble uuiversellc de MIchaud. •— N. Dcsportcs, Bibliographie du Maine. ~ F. Ujuroau, Uislolrc li(t(^rairc du Maine.

Page 1