‹ Le signe de la Croix au XIX siècleChapitre 14 sur 53 · I IN · texte numérisé non relu

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LE SIGNE DE LA CIIOIX

l'Église, entre autres Tertullien et saint Jérôme. « De même, disent-ils, que le signe Tau, marqué sur le front des habitants de Jérusalem, qui gémissaient sur les crimes de cette ville, les protégeait contre les anges exterminateurs, ainsi le signe de la croix dont l'homme marque son front est une assurance qu'il ne sera pas la victime du démon et des autres ennemis du salut, s'il gémit sincèrement des abominations que ce signe interdit (1). »

Les Philistins ont réduit les Israélites à la plus humiliante servitude. Samson a commencé leur délivrance. Malheureusement le fort d'Israël s'est laissé surprendre. Ils l'ont enchaîné, après luiavoircrevé les yeux. Dans cet état, ils s'en font un jouet pour amuser leurs fêtes. Cependant Samson médite une vengeance. D'un seul coup il projette d'écraser des milliers d'ennemis.

La Providence a tellement ménagé les

(1) Tertull., adv. Uarcion., lib. III, c. xxil ; S. Hier., in Ezech., c. x.

AU XIX e SIÈCLE.

choses, que c'est en faisant le signe de la croix qu'il exécutera son dessein. « Placé entre deux colonnes qui soutiennent tout l'édifice, dit saint Augustin, le fort d'Israël étend ses bras en forme de croix. Dans cette attitude toute-puissante, il secoue les colonnes, les ébranle, écrase ses ennemis : et comme le grand Crucifié, dont il était la figure, il meurt lui-même enseveli dans son triomphe (1). »

David, accablé de chagrin, est réduit à la plus grande extrémité dans laquelle se puisse trouver un roi : un fils parricide, des sujets révoltés, un trône chancelant, la vieillesse qui arrive à grands pas. Que fera le monarque inspiré? Il priera. Mais comment? En faisant le signe de la croix (2).

Salomon vient d'achever le temple de Jérusalem. Le magnifique édifice est consacré

(1) Jam hic imaginera crucis attendite : expansus enim raanus ad duas columnas, quasi ad duo signa crucis extendit ; sed adversarios suos interemptos oppressit, et illius passio interfectio facta est persequentium. (Serm. 107, de Temp.)

12) Expandi marras measadte. (Ps. lxxxhi, 142, etc.)

LE SIG.N'Ë DE LA CROIX

avec une pompe digne du monarque. Il faut attirer les bénédictions du ciel sur la nouvelle demeure du Dieu d'Israël, et obtenir ses faveurs pour ceux qui viendront y prier.

Que fait Salomon?Il prie en faisant le signe de la croix.

« Debout devant l'autel du Seigneur, dit le texte sacré, en présence de tout le peuple d'Israël, Salomon étend ses mains vers le ciel, et dit : Seigneur, Dieu d'Israël, il n'est point de Dieu semblable à vous dans le ciel audessus, ni sur la terre au-dessous. Regardez la prière de votre serviteur. Que vos yeux soient ouverts sur cette demeure nuit et jour, afin d'exaucer les supplications de votre serviteur et de votre peuple Israël (1).» Croire que les patriarcbes, les juges, les prophètes, les rois, les voyants d'Israël, fussent seuls à connaître le signe de la croix et à le pratiquer, serait une erreur. Tout le peuple le connaissait, et dans les dangers publics en faisait religieusement usage.

(1) III Reg., vm, 22 et seqq.

Sennachérib a marché de victoire en victoire. La plus grande partie de la Palestine est envahie : Jérusalem est menacée. Voistu ce que fait ce peuple, hommes, femmes, enfants, pour repousser l'ennemi? Comme Moïse, il fait le signe de la croix, il se fait signe de croix, a Et ils invoquèrent le Seigneurdes miséricordes, et, étendant les mains, Us les élevèrent vers le ciel. Et le Seigneur les exauça (1). »

Un autre danger menace. Voici Héliodore qui vient, accompagné d'une troupe de soldats, pour piller les trésors du temple. Déjà il est entré dans le parvis extérieur; encore un peu et le sacrilège sera consommé. Les prêtres sont prosternés au pied de l'autel ; mais rien n'arrête le spoliateur. Que fait le peuple ? 11 recourt à son arme traditionnelle : il prie en faisant le signe de la croix. Tu sais le reste (2).

S'il est incontestable que prier les bras étendus est une forme du signe de la croix,

(1) Eccli., xlviii, 22.

(2) // Machab., m, 20.

122 LE SIGNE DE LA CROIX" AU XIX e SIÈCLE.

tu vois que de toute antiquité les juifs ont connu le signe de la croix et qu'ils l'ont pratiqué, avec l'instinct plus ou moins mystérieux de sa toute-puissance. Nous verrons demain si les païens étaient beaucoup moins instruits.

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