DIX-HUITIÈME LETTRE
Ce 13 décembre.
L'honneur commande de prier aTant et après le repu r. pr,ere sur les aliments aussi ancienne que le monde', auss, étendue que le genre humain. - Preuves : BenedicuT* Grâces de tous les peuples. - Ne pas les dire, c'est V as^m
B;nÎMaTn 4Ui , n ' aPP r' ,iennent ^ à '«P^e iTuma te"- Bénir la table est une loi de l'humanité-.
Mo.V CHER AMI,
L'honneur est un second motif de rester fidèle à l'antique usage du signe de la croixavant et après les repas. Tes camarades, au' contraire, semblent croire qu'il est honorable de s'en abstenir. Ils disent : Je ne veux pas me faire remarquer et moquer de moi.
Passons à l'autopsie de ce nouveau prétexte.
D'abord, la raison, comme nous l'avons vu, condamne les contempteurs du signe de la croix; donc l'honneur ne saurait les ab-
soudre. Jamais l'honneur ne fut du côté de la déraison.
Ils ajoutent qu'ils ne veulent pas se faire remarquer. Impossible : quoi qu'ils fassent, ils se font remarquer. Je ne les crois pas assez malheureux pour ne se trouver jamais à table avec de vrais catholiques. Mais alors ils se font nécessairement remarquer, et assez tristement, je t'assure.
Il est vrai, puisqu'ils le disent, que cela leur est fort égal. Ce fier dédain est-il fondé? Ici revient la question, déjà résolue, des autres et des autres. Quant à la moquerie dont ils ont peur, elle suit la remarque.
Seulement chez le vrai catholique, elle se tourne en pitié.
Toutefois, en me contentant d'exposer tes camarades et leurs pareils aux remarques des catholiques, j'ai usé d'indulgence. Tu vas voir qu'en s'abstenant de prier avant de prendre leurs repas, sous prétexte de ne pas se faire remarquer, ils se déshonorent aux yeux de l'humanité tout entière : suismoi.
Celui-là se déshonore aux yeux de tout ce qui est homme, qui se met volontairement au rang des bêtes. Or, jusqu'ici on ne connaissait dans la nature qu'une sorte d'êtres qui mangeassent sans prier. Aujourd'hui on en connaît deux : les botes et ceux qui leur ressemblent. Je dis qui leur ressemblent; car, entre un homme qui mange sans prier et un chien, quelle différence y a-t-il ? Pour moi je n'en vois qu'une et l'Académie des sciences non plus : le premier est un bipède, et le second un quadrupède; mais tous deux sont des bûtes.
Bipède ou quadrupède, assis ou couché, gazouillant, jasant ou grognant, ils ont, l'un comme l'autre, les mains ou les pattes, les yeux, le cœur et les dents enfoncés dans la matière, dévorant stupidement leur pâture sans lever la tête vers la main qui la donne. L'homme qui agit ainsi se déclasse.
Bête il se met à table, bote il y reste, bête il en sort.
Ma proposition te paraît bien absolue et tu te récries. Est-il bien vrai, me dis-tu,
AU XIV e SIÈCLE.
qu'avant notre époque on ne connaissait que les bêtes, bœufs, ânes, mulets, pourceaux, huîtres, crocodiles qui mangeassent sans prier? Rien de plus vrai. La prière sur
LES ALIMENTS EST AUSSI ANCIENNE QUE LE MONDE, AUSSI ÉTENDUE QUE LE GENRE HUMAIN.
De toute antiquité on la trouve chez les Juifs. « Lorsque tu mangeras, dit la loi de Moïse, et que tu seras rassasié, bénis le Seigneur (1). » Voilà bien la prière sur la nourriture.
Fidèle à cette prescription divine, les anciens Juifs observaient, en mangeant, les cérémonies suivantes. Le père de famille, environné de ses enfants, disait : « Béni soit le Seigneur notre Dieu, dont la bonté donne la nourriture à toute chair. » Puis, prenant de la main droite une coupe de vin, il la bénissait en disant : « Béni soit le Seigneur notre Dieu, qui a créé le fruit de la vigne. » Il en goûtait le premier et le pas-
(I) Cum comederis et satiatus fueris, benodicas Domino. (Deut., vin, 10.)
LE SIGNE DE LA CHOIX
sait à tous les convives, qui en goûtaient aussi.
Venait ensuite la bénédiction du pain. Le tenant tout entier des deux mains, le père de famille disait : « Loué et béni soit le Seigneur notre Dieu, qui a tiré le pain de la terre. » Il rompait ensuite le pain, en mangeait un morceau et en donnait un à chaque convive. C'est alors seulement que le repas commençait.
Lorsqu'on changeait de vin, ou qu'on apportait de nouveaux plats, il se faisait des bénédictions particulières, en sorte que chaque aliment était purifié et consacré. Le repas fini, on chantait un hymne d'actions de grâces (1).
Tous ces rites sont d'autant plus vénérables, qu'ils ont été consacrés par le Fils de Dieu lui-même. Rien n'en montre mieux l'importance. Que fait l'adorable Précepteur
(I) Ex his omnibus apparet, veteres illos Judœos, nullos cibosabsque benedictionc et gratiarum actione, sumero fuisse solitos. (Stuckius, Antiq. convivial., lib. II, c. xxxvi, p. 436, éd. in-folio 1695.)
AU XIX e SIECLE.
du genre humain, dans la dernière cène, où il mange l'agneau pascal avec ses disciples ? Que fait-il, lorsqu'après la cène il chante, avec ses disciples, l'hymne d'actions de grâces : Et hymno dicto exierunt in montent Oliveti ? Il se conforme religieusement aux usages de la nation sainte. Il prend la coupe, la hénit et la passe à chacun des convives (1).
Dans combien d'autres circonstances nous voyons le Modèle éternel de l'homme prier avant de prendre ou de donner la nourriture ! « II rompt les pains, partage les petits poissons, et les distribue au peuple. Ayant pris les cinq pains et les deux poissons, il élève les yeux au ciel et les bénit (2). »
Toutes ces expressions, suivant les Pères, indiquent la bénédiction des aliments. Le verbe incarné l'a fait pour nous apprendre à ne jamais manger sans bénir et rendre grâces (3).
(1) Et accepto calice gratias egit et dixit : Accipite et (lividité inter vos. (Luc, xxn, 17.)
(2) Marc, vin. Matth., xiv.
(3) Consecrat sive benedicit panes... ut me doceret,
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Est-il étonnant que nous ayons trouvé la bénédiction de la table chez les premiers chrétiens ? Les exemples de l'Homme-Dieu n'étaient-ils pas la règle de leur conduite?
Les apôtres faisaient-ils autre chose que de les leur rappeler ? Parmi nous, dit Polydore Virgile, la coutume est de bénir la table avant de manger : cela se fait à limitation de Noire-Seigneur. L'Évangile rapporte qu'il s'est conformé à cet usage, lorsque dans le désert il bénit les cinq pains, et à Emmaus la table des deux disciples (1). »
Et Tertullien : « La prière commence et finit le repas (2). »
Je pourrais citer de nouveau saint Chrysostome, saint Jérôme, Origène, les Pères
ut mnnsam ittingentes gntiaa prias asamus et dein- < ibum capiamus, etc. (Theopbylact., in Mntth..