Ed. Lambert : Revue de numismatique, 1836, vol. I, p
parce qu'on lui attribuait un sens allégorique. L'allégorie ne peut porter que sur la roue ou la Croix. Or, tandis que rien n'est plus variable que les types monétaires gaulois pour ce qui concerne les monnaies à effigies et
Fig. 75. Rouelle gauloise, grandeur naturelle. Collection Mortillet.
emblèmes, rien n'est plus stable que le type de la rouelle toujours avec les quatre rayons en Croix. Si ce signe avait été la roue, pourquoi n'aurait-il pas parfois eu six, sept ou huit rayons, comme les petites roues servant d'ornements ? C'est donc la Croix qui était le signe allégorique. Ce qui vient pleinement confirmer cette assertion, c'est qu'après l'introduction de la forme monétaire ordinaire la rouelle à quatre rayons est souvent représentée sur la monnaie comme signe accessoire. On la voit très- fréquemment sur les monnaies des Leuks ou Leuquois qui habitaient le pays dont a été formé plus tard l'ancien diocèse de Toul 4 . M. de Sa u lcy la cite aussi sur des monnaies des Rèmes et des Volks. D'après M. Lenormant 2 , « les rouelles se retrouvent fréquemment parmi les accessoires des philippes d'or contrefaits en Gaule et même de quelques monnaies de Marseille. »
4. De Saulcy : Revue de, numismatique, 4836, vol. I, pi. 3. Excellent mémoire par lequel M. de Saulcy a commencé ses brillantes recherches sur les monnaies gauloises.
2. Lenormant : Revue de numismatique, 1838, vol. III, p. 329.
C'est évidemment cette rouelle, petite Croix enfermée dans un cercle, qui s'est transformée sur d'autres monnaies en petite Croix isolée. Ces Croix, terminées par quatre petites boules ou perles, étaient d'abord cantonnées de quatre autres boules qui, avec celles des bouts de la Croix, formaient un cercle en perlé, en d'autres termes c'était une rouelle perlée avec Croix pleine, figure 74. Puis les perles placées entre les bras ont disparu et il n'est resté qu'une Croix h bouts perlés, comme dans les monnaies découvertes aux environs de Quimper.
La même transformation peut se suivre plus en grand quand la Croix occupe tout le champ de la monnaie. M. de Saulcy a figuré 1 une très-intéressante monnaie trouvée dans le pays des Leuks. Elle représente une rouelle pleine, dont chaque entre-deux des rayons non évidés est occupé par un chevron, ce qui élargit la Croix, la double, en fait une véritable Croix symbole et non plus de simples rayons d'une roue. C'est tellement la Croix que représentent les rayons des rouelles, que dans certaines monnaies des Volskes ou Volces Tectophages, qui occupaient une grande partie du Languedoc 2 , on voit, coupant tout le champ du revers des monnaies, de véritables Croix, comme dans les monnaies du moyen âge; Croix cantonnées de ronds ou besants, de croissants, de haches et même d'espèces de fleurs de lis. On croirait être en plein christianisme et
4. De Saulcy : Revue de numismatique, 4836, vol. I, pi. 3, fig. 46.