‹ Le signe de la croix avant le christianisme (volume 2)Chapitre 5 sur 31 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

En étudiant les terramares, nous avons vu certaines marières offrir des éléments d'une époque plus récente que celle qui a été décrite. De grands progrès industriels ont eu lieu. L'emploi du fer est venu se joindre à celui du bronze. Avec le fer ont apparu le tour et le four à potier; de sorte que les nouveaux dépôts sont faciles à reconnaître par leurs débris de poterie de forme bien plus régulière, à stries concentriques, et d'une cuisson plus complète, plus uniforme, qui rend la pâte entièrement rouge. Malheureusement ces marières de la première époque du fer sont peu développées, et ont été peu explorées. Elles ne suffisent donc pas pour bien étudier la population d'alors. Pour connaître les mœurs, les usages et les croyances de cette population, il nous faudra aller, avec M. le comte Gozzadini, fouiller un cimetière des environs de Bologne.

Ce cimetière, découvert en mai 1853, est placé dans la plaine, à huit kilomètres est de la ville, à un peu plus d'un kilomètre au-dessous de la Via Emilia ou du chemin de fer et à quatre-vingts mètres des bords de l'Idice. La localité s'appelle Villanova, commune de Santa-Maria délie Caselle. Par une coïncidence fort curieuse, qui ferait croire qu'on a depuis longtemps déterré des sépultures en cet endroit, le champ est désigné sous le nom de Campo-Santo, qui en Italie s'applique aux cimetières.

Dès que M. Gozzadini connut cette découverte, il en comprit toute l'importance, et fit exécuter des fouilles qu'il dirigea très-habilement. Toutes les tombes furent ouvertes en sa présence et explorées par lui-même. Aussi publia-t-il deux mémoires fort remarquables, véritables modèles d'observations consciencieuses et précises ; en 1854 : D'un lieu de sépulture étrusque découvert près de Bologne i ; et en 1856 : Concernant soixante et onze autres tombes du lieu de sépulture étrusque découvert près de Bologne 2 . Ces mémoires, tirés à un nombre d'exemplaires assez limité; n'ont jamais été mis dans le commerce, ce qui fait qu'ils sont infiniment moins connus qu'ils ne le méritent. Je vais en donner un résumé, en y ajoutant quelques considérations nouvelles, M. le comte Gozzadini m' ayant permis , très - obligeam-

4. Giovanni Gozzadini : Di un sepolcreto etrusco scoperto presso Bologna, 4 854, in -4°, 54 pages, 8 planches.

2. Giovanni Gozzadini : lntorno ad altre settantuna tombe del sepolcreto etrusco scoperto presso Bologna, 4 856, in-4°, 4 5 pages, 4 planche.

ment, d'examiner et d'étudier sa riche et belle récolte.

Les premières recherches de M. Gozzadini lui ont fait découvrir cent vingt-deux tombes, les suivantes soixante et onze; ce qui fait un total de cent quatrevingt-treize tombes explorées. Si Ton joint à ce nombre celles qui ont pu être détruites précédemment, on voit que ce n'est pas là un tombeau de famille, mais bien le cimetière commun d'une ville ou bourgade. Cette ancienne cité ne nous est connue que par les demeures des morts. Les demeures des vivants n'ont laissé aucune trace. C'est tout simple : ces demeures devaient être a»scz mesquines et peu solides, l'usage de la chaux, l'emploi du mortier n'étant pas encore connu, comme le prouvent les terramares. Des habitations romaines sont venues longtemps après, bien plus grandes, bien plus résistantes, bien cimentées, et pourtant c'est à peine si on en reconnaît les vestiges dans quelques amas de 'Jécombrcs.

(/espace qui renfermait les tombes pouvait avoir 08 mètres de long de l'est à l'ouest et 33 mètres de large du nord au sud. Plus des trois quarts de cet oapacc, dans le sens de la longueur, étaient presque entièrement occupés par des tombes distantes l'une de l'autre d'un mètre ou très-peu plus. Mais dans la partie la plus occidentale les intervalles étaient inégaux et beaucoup plus grands. La même chose se remarquait encore, sur un espace moins étendu, dans un segment de cercle près de l'extrémité tournée au sud. De ce cAlé f Hiir la ligue extérieure des tombes, il y avait une borne en grès, do forme naturellement conique, placée

un peu plus haut que les sépultures. C'était probablement la limite du champ du repos. Vers cette extrémité existaient seulement six tombes, construites diversement et avec plus de luxe que les autres, dont elles étaient séparées par une large zone sans sépultures et par une espèce de sentier ou petit mur large de 76 centimètres, et haut à peu près d'autant, composé de cailloux et de fragments de grès, mêlés de beaucoup de charbon de chêne, et pavé régulièrement à la partie supérieure, au niveau des tombes. Ce sentier ne traverse que les deux tiers du lieu de sépulture, se dirigeant d'abord du sud au nord, puis avec un angle ouvert au sud-est.

La terre enlevée, plusieurs tombes apparaissaient comme une masse à peu près cylindrique, légèrement conique, ou presque rectangulaire, haute de 76 centimètres à 1 mètre 50, d'un diamètre de 1 mètre 42, jamais plus grand, mais parfois plus petit ; masse toute formée de gros cailloux assemblés à sec. Ces cailloux, disposés en une ou plusieurs couches, parfois séparés par un lit de terre de 25 centimètres, d'une épaisseur totale atteignant jusqu'à 1 mètre 14, constituaient la partie supérieure de la tombe. Les parois latérales étaient formées par une simple ou double rangée de cailloux, et le fond par une plaque de grès, posée aussi sur une couche ou deux de cailloux.

D'autres tombes étaient construites seulement avec des plaques de grès, provenant des assises pliocènes de l'Apennin voisin. Plaques irrégulières et nullement taillées, au nombre de six, ou plus lorsqu'elles ne se trouvaient pas suffisamment grandes et assez symétriques

Six LE SIGNE DE LA CROIX.

pour bien s'adapter ensemble. Elles formaient une espèce de cube ou dé peu régulier, presque toujours un peu rétréci à la cime.

Dans certaines tombes, les deux modes de construction se voyaient réunis. La chambre en plaques de grès avait extérieurement un revêtement de cailloux.

Mais beaucoup plus de la moitié des sépultures étaient tout bonnement dans la terre nue, dépourvues de tout revêtement, soit en plaques de grès, soit en pierres roulées. Les sépultures les plus simples se trouvaient groupées du côté oriental et nord du cimetière, côté opposé à celui des tombes de luxe. Il n'y avait presque pas de mélange, puisque les soixante-sept dernières tombes découvertes, à l'extrémité nord, appartenaient toutes à cette dernière catégorie.

Quatre des tombes placées à part à l'extrémité sud, — deux plus grandes et deux plus petites, — affectaient une forme particulière, celle d'un parallélogramme, construit avec beaucoup de soin, en gros cailloux sans ciment. La longueur des plus grandes atteignait 2 mètres 67 sur chaque côté. Les parois extérieures s'élevaient perpendiculairement à 1 mètre 40 et avaient une épaisseur, au sommet, de 28 centimètres aux deux bouts et de 69 sur les flancs. Dans l'intérieur, ces parois descendaient obliquement vers le centre et allaient se réunir à 76 centimètres de profondeur, ne laissant entre elles qu'un plan léger horizontal, formé aussi de gros cailloux.

Parmi les tombes découvertes on compte :

En cailloux et plaques de grès 28

En cailloux seuls 21

En plaques de grès seules 24

Sans cailloux et sans grès 423

Total 493

Les tombes construites en cailloux et en plaques de grès ont été, dès l'origine, ensevelies dans la terre tout comme les simples sépultures, car elles se trouvaient, lors des fouilles, au même niveau. Leur base était d'autant plus profondément enterrée que la hauteur totale de la construction, — variant de 1 mètre à 2 mètres 28, — était plus grande.

Le plan supérieur de ces tombes, dans le point le plus profond, supportait 1 mètre H de terre. Mais, ailleurs, il se trouvait si peu recouvert que le soc de la charrue pouvait l'atteindre. On peut admettre comme profondeur moyenne 72 centimètres. Le sol de cette localité a donc très-peu varié depuis l'époque fort reculée où se faisaient les sépultures.

L'intérieur des tombes construites contenait une petite chambre dans laquelle étaient déposés les divers objets qui vont être décrits.

Sauf quatorze corps intacts, dont il sera question plus tard, tous les autres, cent soixante-dix-neuf, ont été brûlés, aussi chaque tombe renfermait-elle un grand vase de terre, urne cinéraire ou ossuaire, contenant des débris d'ossements humains calcinés. Il n'y en avait jamais deux dans une même tombe. Si ces vases avaient

eu deux anses, J'une d'elles paraissait avoir été brisée à l'époque de la sépulture. Habituellement ces ossuaires affectent des formes spéciales et semblent avoir été fabriqués exprès pour l'usage auquel ils ont servi. Ce sont de profondes terrines formées de deux cônes tronqués réunis par la base, réunion qui constitue le ventre du vase. Le point le plus large du ventre, dessiné par une carène plus ou moins forte, plus ou moins émoussée, est placé vers le tiers inférieur de l'ossuaire, le cône supérieur étant beaucoup plus long que l'autre. C'est sur cette carène que se trouve une anse, une seule. L'ouverture, assez rétrécie, a les bords qui se dilatent en se repliant extérieurement.

Parfois les dimensions diminuent beaucoup. La hauteur peut varier entre 39 et 18 centimètres. Les dimensions diminuent surtout lorsque l'ossuaire, au lieu de renfermer les restes d'un adulte, contient ceux d'un enfant, comme on peut l'apprécier par les débris d'os. .

La terre des ossuaires est plus souvent noire que rouge; et, la plupart du temps, le vase est orné de dessins gravés en creux. Cependant il en est de fort simples.

Quatre ossuaires en terre rouge avaient exceptionnellement la forme sphéroïdale, sans anse, avec de simples petits mamelons vers le haut.

Tous les ossuaires n'étaient pas placés dans la même position, sur cent vingt-huit que M. Gozzadini a pu examiner, les autres étant trop brisés et écrasés, il en a trouvé :

Verticaux 67

Parfaitement horizontaux, tournés diversement, pourtant le plus grand nombre à l'est 44

Inclinés à environ 45 degrés dans diverses directions. 47

Total 428

On ne peut pas admettre que les positions horizontales ou diagonales soient arrivées fortuitement et postérieurement , parce que sous le cou des vases ou sur l^urs côtés on voyait de gros cailloux placés avec intention pour les maintenir dans la position qu'ils avaient. Souvent même on pouvait reconnaître que ces cailloux avaient été choisis comme étant les plus aptes à cet xisage. Certains avaient une courbure ou concavité dans laquelle reposaient très-bien les parois de l'ossuaire. Il y a/vait donc une intention dans ces dispositions diverses! Quelle était-elle?. . . . Nul ne le sait.

L'ossuaire était toujours couvert soit d'une tasse proportionnée à sa grandeur, tasse avec ou sans anse, soit d'un disque concave en terre, renversés sur l'ouverture.

Les os ont toujours été trouvés dans l'ossuaire, sauf quatre exceptions où ils étaient épars dans la tombe. Toujours très-consumés, ils l'étaient pourtant un peu plus ou un peu moins, suivant que le bûcher avait été plus grand ou plus modeste. Parfois, ils étaient réduits ^n très-petits fragments; parfois ils se trouvaient encore ^n esquilles, mais ne dépassant pas 5 centimètres de long et portant les traces d'un feu très-violent. Dans tous ces ossuaires, il ne s'est rencontré que très-rarement des dents et en très-petit nombre. Ces os extrê-

mement réduits n'occupaient qu'une très-petite portion de l'ossuaire, une hauteur de 10 centimètres environ. Le reste devait être primitivement vide, mais s'est rempli, dans la tombe, d'un limon fin ou même de terre.

Au milieu des os, au-dessous d'eux et assez souvent au-dessus, groupés régulièrement dans un petit espace, se trouvaient divers objets, habituellement en bronze, portant généralement les traces du feu.

M. Gozzadini a rencontré aussi dans un ossuaire un fragment de côte que le savant professeur d'anatomie comparée de Bologne, Alessandrini, a reconnu appartenir au Cheval. Avait-on brûlé avec le mort les animaux qui lui étaient chers?

Les cendres du bûcher formaient dans les tombes construites en plaques de grès ou en cailloux, sur tout le fond de la chambre, une couche à peu près régulière de 9 à 10 centimètres d'épaisseur, et un tas équivalent dans les autres tombes. Ces cendres, de couleur noirâtre, contenaient beaucoup de petits morceaux de charbon de bois de chêne et encore de nombreux petits fragments d'os. L'absence de gros charbons et de tisons montre qu'on ne prenait que les cendres du centre du bûcher qui pouvaient contenir quelques débris du corps.

Les cendres étaient déposées dans la tombe avant l'ossuaire, que l'on plaçait ensuite dessus, comme le prouve une couche de cendres qui se trouve habituellement entre le fond du vase et le pavé de la tombe. L'ossuaire n'était pas toujours au centre du tas de cendres, mais parfois aussi vers le bord, toujours alors du côté de l'orient.

^rès de l'ossuaire, soit à distance, se trouigii les cendres plusieurs objets semblables à v nus dans l'ossuaire lui-même. Dans deux ilement, on a vu des cendres dans deux plats e grande tasse. Également comme exception, iler deux tombes tout à fait privées de cendres dans lesquelles les cendres se trouvaient dans ■ f soit au-dessus, soit au-dessous des os. Deux nbes ont présenté le fait particulier d'un osuble. L'un, plus grand, ayant 63 centimètres tandis que les ossuaires ordinaires ne dépas- $9, contenait dans son intérieur les cendres et ossuaire plus petit. C'était là le véritable osifermant les os et recouvert d'une tasse ren- *un de ces ossuaires doubles n'a fourni que peu >n bronze, l'autre aucun, uellement les chambres formées de plaques de tenaient autour des ossuaires quelques autres terre accessoires, qui ne dépassaient pas le huit. Ils étaient presque toujours droits et dans la cendre, mais un peu moins que l'os-

i les tombes privées de plaques de grès et de il en est bien peu aussi qui n'aient pas fourni ises. Ce sont même ces tombes et celles forcailloux seuls qui en avaient le plus. Les plus raient à la vue une accumulation circulaire, auîs cendres,, de 1 mètre 14 à 1 mètre 50 de , haute d'environ 38 centimètres, formée de ie diverses formes et grandeurs, posées sans

aucun ordre, renversées diversement et étrangement confondues, de manière que les vases les plus grands contenaient en lout ou en partie jusqu'à trois ou quatre autres vases, L'ossuaire ne se trouvait pas toujours au centre de cette accumulation. Quand les vases n'étaient pas en grande quantité; ils étaient disposés en ordre et non renversés. La confusion qui régnait dans ces amas empêchait de reconnaître la forme de beaucoup de vases, et le terrain étant une argile très-plastique, la plupart des poteries ne pouvaient s'extraire que réduites en petits morceaux. En outre, il est à présumer, il est même certain que quelques vases ont été déposés dan* les tombes déjà brisés. Six de ces amas avaient tingt et plus de vases; quatre autres, au moins quarante chaque.

La pâte des poteries contient souvent des petits grains pierreux. Elle est noire ou rouge. En brisant la pâle noire on voit, au centre des fragments, une ligne de la couleur naturelle de l'argile ou d'un noir plus pâle que les superficies. Les poteries rouges ont un assez y m degré de cuisson. L'intérieur des fragments entre deux lignes d'un rouge brique contient une ligne plus large noirâtre. La couleur de la poterie noire comme le brun intérieur de la poterie rouge disparaissent quand ces poteries sont exposées à un feu vif de four à potier. Os deux espèces de poteries certainement ont eu un revêtement d'argile plus fine, mais l'humidité du sein de la terre le leur a fait perdre.

I>; professeur Sgarzi de Bologne a analysé divers fragments de poterie et a obtenu les résultats suivants :

Silice

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