CHAPITRE III
TOMBES DE GOL/VSECCA 1 .
Si de l'Emilie nous nous dirigeons vers Pextrém sud du lac Majeur, nous trouverons à Golasecca, sur plateau de Somma, de nombreuses tombes apparten^»à la même civilisation que celles de Villanova. Nou& verrons la Croix d'un usage encore plus général et pi uniforme. Nous la rencontrerons dans chaque sépultu^et même plusieurs fois répétée.
Le grand plateau entre Gallarate et Sesto-Calencftà l'extrémité nord-ouest de la Lombardie, au milx duquel se trouve Somma, est composé d'un puisse-— dépôt d'alluvion ancienne, profondément dénudé pal* Tessin, et plus ou moins raviné par divers torrents ruisseaux. Sur ce plateau, divisé en plusieurs terras^*
4. Ce chapitre a, en grande partie, paru dans la Revue archéoZ** gique, recueil dirigé avec beaucoup de savoir et de talent %>* M. Alexandre Bertrand.
TOMBES DE GOLASECCÀ. 99
à surfaces à peu près planes, s'élèvent de nombreux f /Monticules composés de boue mêlée à des blocs erra-
tiques anguleux, de roches très-variées, atteignant par- /b/s d'énormes dimensions. C'est là un dépôt glaciaire. CJ^&z monticules font partie de la moraine terminale du gT M^^^nd glacier du Tessin, qui, autrefois, depuis le sommet d^s^s. Alpes, se prolongeait jusque sur ce plateau.
Ce sol argilo-pierreux, d'assez mauvaise qualité, est
e«^* ^partie resté inculte, à l'état de bruyères, ou bien se
tr~<^> ~*jve recouvert par des bois, principalement de pins.
C* ** ^^ st dans les bruyères des environs de Somma que
cfc~^* s*, que année l'armée italienne va camper pendant la
b^^l le* saison et s'exercer aux manœuvres de la guerre.
Le plateau de Somma est traversé par la grande
rc> ^* te de Milan au Simplon. Au sud-ouest de cette route,
e *~ x *-:»re Somma et Sesto-Calenda, au milieu de la région
c<:: **^M-pée par l'ancien tracé, dans l'espace triangulaire
co *~>mpris entre Sésona, Sesto-Calenda et Golasecca, on
a ^^ignalé depuis longtemps un très-grand nombre de
va ^X lies sépultures. Elles ont été décrites, en 1824, par
lcr ^ -Battista Giani, dans un ouvrage intitulé : Bataille
** Tessin entre Annibal et Scipion^ ou découverte du
C€ *''*-^-zp d e p % ç # Scipion, des vestiges du pont sur le
e "^^^m^ du site de la bataille et des tombes des Romains
oies Gaulois qui ont péri pendant le combat *.
^. G. B. Giani : Battaglia del Ticino tra Anibale e Scipione s ^Tta scoperta del campo di P. C. Scipione, dette vestigia del 0> fcte sut Ticino, del sito delta battaglia e délie tombe de' Romani ^e* Galli in essa periti. Milan, 4 824, in-8, 224p., lOpl. EMjopew- 7r*' e alV opéra intitolato battaglia del Ticino. Milan, 1825, in-8, ^ pages de texte et 2 de figures.
le couvercle, sont formés de dalles énormes. On en voit qui atteignent près de deux mètres, tant en largeur qu'en longueur, et plus de trente centimètres d'épaisseur.
Deux tombes de celles étudiées par Giani, pavées er^zzv cailloux, avaient les parois formées d'un mur à sec, fai ~^A avec de grosses pierres roulées , le tout recouvert d'ui»~ n informe fragment de pierre triangulaire. Une autr- — ^re tombe avait trois parois en dalles, la quatrième paroi ^^ et le fond étaient faits en pierres roulées.
Toutes les tombes trouvées au lieu dit Monsorino ^ et quelques-unes de la Cornéliane avaient le fond et l^^^es parois en pierres roulées et deux ou trois fragmen~ ?fs irréguliors de pierre pour couvercle. Enfin, quelques suuch , spécialement dans la Malavalle, n'avaient que /e fond sans parois et sans couvercle. 11 en est même q~ étaient privées de fond.
Toutes ces tombes étaient enterrées, mais à diverst profondeurs. Par suite de dénudations, sur certair pointa elles se trouvaient à fleur de terre et laissaiei rriAmo voir une partie de leur couvercle. Habituellemei <îll<!H étaient recouvertes d'une quantité de terre plus inoiliM grande, qui atteignait jusqu'à un mètre au-des hum den doubles couvercles.
Kn général, les tombes qui semblaient les plus dis llfiguéeH ne trouvaient sur les points les plus élevés *péf',iu|emenl, sur le sommet des collines de la Corné 11/iMfi. Sur lus pentes et dans la plaine, les tombes étaier prwiqiiu toujours disposées en ligne droite, espacées le «iumh des autres d'un peu plus ou d'un peu moins
trois mètres. Il y avait pourtant des tombes isolées, particulièrement celles situées sur le sommet des hauteurs. Beaucoup moins heureux que Giani, je n'ai pu explorer qu'une seule tombe. Elles se font rares maintenant, et les plus faciles à découvrir ont déjà été ouvertes. Lorsqu'on va à la recherche, on s'arme d'une longue tarière en fer et l'on sonde le terrain ; si la tarière 3st arrêtée par une pierre, au moyen de plusieurs sondages voisins, convenablement disposés, on s'assure s'il y a bien en ce lieu une dalle de certaine dimension. La dalle reconnue, on commence les fouilles; elles sont parfois couronnées de succès, parfois aussi elles sont infructueuses, soit que la dalle ait appartenu à une tombe déjà explorée, soit qu'elle ne représente qu'un simple )loc erratique.
La tombe que j'ai ouverte consistait en une caisse tiadrilatère irrégulière, formée par quatre dalles de ^rre , recouverte d'une dalle plus grande et plus •osse; le fond était pavé avec des éclats de dalles; des Ia.ts plus petits garnissaient les interstices laissés les par suite de l'irrégularité des grandes dalles. Tous 3 matériaux provenaient de roches gneissiques et c ^tschisteuses, si abondantes parmi les blocs errâmes disséminés dans tout le pays. La tombe a donc «construite avec deux ou trois de ces blocs refendus ;
^>nt fourni aussi les matériaux de toutes les autres ^fces. Ce sont les seuls matériaux de la contrée. <Juel que soit le soin avec lequel a été faite la caisse,
t-^rre a toujours envahi l'intérieur; mais c'est une "ï*^ très-fine, plus ou moins argileuse, plus ou moins
sableuse, suivant les lieux. On voit qu'elle a filtré lentement à travers les fissures des parois et s'est introduite peu à peu à Tinté rieur, amenée par des actions très-faibles, mais très-longuement prolongées. Dans les caisses se trouvent des vases, comme nous le disons plus loin; tous ces vases, même quand ils sont couverts, sont aussi remplis par la terre fine.
Pour ce qui regarde les tombes dans leur ensemble, j'ai été forcé d'avoir recours grandement à ce qu'en dit Giani. Pour ce qui concerne leur contenu, je puis être plus afiirmatif et parler d'après l'examen et l'étude directe des objets eux-mêmes.
Mon premier soin a été de rechercher ce qu'était devenue la collection Giani. J'ai appris qu'elle avait été déposée, par Giani lui-même, chez M. Uboldi, ancien banquier milanais, qui possédait une magnifique galerie d'armes. Le but de M. Giani était de mettre ainsi sa collection h la disposition de toutes les personnes qui voudraient l'examiner.
Du vivant de M. Iboldi, je suis allé la voir; malheureusement elle se trouvait derrière des vitres tellement poudreuses et obscurcies, qu'il m'a été de toute impossibilité de rien étudier. J'ai prié le propriétaire de m'ouvrir les vitrines; il a accueilli gracieusement ma demande; mais après plus d'une demi-heure d'essais et do recherches, il m'a déclaré ne pas savoir ce qu'était devenue la clef.
Depuis je suis revenu à la charge; mais, entre deux, M. Iboldi était mort, et cette fois j'ai tout trouvé huum 1rs scellés.
M'étant adressé au neveu de Giani, j'ai acquis tout ce que son oncle avait laissé à la maison, au moment de sa mort.
De plus, j'ai pu librement étudier un grand nombre d'objets provenant de ces sépultures et qui se trouvent chez M. le marquis Dalla Rosa, à l'établissement des bains de Salso-Maggiore, près de Borgo-San-Donino, Parmesan ; au musée des antiques de Parme, donnés par M. Dalla Rosa; au château de Somma, chez M. le marquis Ermes Visconti ; chez M. l'avocat Gai li, également a Somma; chez M. le professeur Biondelli, à Bréra, Milan; chez le curé de Sesto-Calenda, et dans la collection créée par M. le professeur Bartoloméo Gastaldi, à l'école du Valentino, Turin.
Les tombes ne contiennent point de squelettes ni d'ossements entiers; on n'y recueille que de tout petits fragments d'os brûlés enfermés dans des vases. L'incinération était évidemment un usage général dans le pays, à cette époque.
Dans chaque tombe se trouve communément un grand vase contenant des fragments d'os mêlés à des cendres; c'est l'ossuaire ou urne cinéraire. Un vase plus petit, en forme de large coupe, recouvre l'urne ; à côté il y a un vase accessoire, généralement très-petit. Parfois, pourtant, dit Giani, il y a deux ossuaires et un seul vase accessoire; ou un ossuaire et deux vases accessoires ; ou bien encore un ossuaire , un vase accessoire et deux coupes. Dans les tombes formées de pierres roulées, Giani n'a trouvé, le plus souvent, qu'un ossuaire. Au contraire, dans les tombes de luxe, il y avait par-
fois un petit vase accessoire dans l'ossuaire même. C'est ainsi que s'est trouva celui que M. Galli possède, ressemblant à la figure 51.
La plupart des vases dans les tombes sont renversés, découverts ou brisés. Un petit nombre, restés intacts, conservent la position verticale.
Dans les ossuaires, au milieu des cendres et des dé — bris d'ossements , se trouvent des objets habituellemen J fc en bronze, parfois en fer.
Dans le fond de la tombe, autour des vases, ont étc rassemblées des cendres contenant encore des débris de
charbon ; ce sont probablement les restes du bûcher. Al milieu des cendres il y a aussi parfois des objets en métal
La tombe que j'ai ouverte contenait, posée sur le cendres, une toute petite urne cinéraire renfermant avec les débris d'ossements, deux grandes fibules, unpetite, et un petit bracelet, le tout en bronze. Cette unm- - ^ était recouverte d'une grande coupe figurée page il ^=" ^^ et avait à son coté un vase accessoire affectant la forn*~ - - ^ d'une toute petite urne; la petitesse de l'ossuaire, celL -* d'une des fibules et du bracelet, montrent que cett> — tombe est celle d'un enfant. Les deux grandes fibule Mont probablement celles du père et de la mère.
Les poteries portent la trace du tour et sont trè* bien cuites, ce qui prouve qu'elles ont passé par le fou h potier ; les unes sont à pâte très-fine, faite avec l'argile parfaitement lavée et décantée; d'autres à pâl plus ordinaire, parfois même presque grossière, renfei i riant de petits grains pierreux dont le but était d'éviter^ |nn gerçures de retrait pendant la dessiccation.
Le fond de la pâte est rouge; cependant, la plupart es vases sont noirs; cela tient à ce qu'une matière de 3tte couleur a été ajoutée à la surface, tant intérieure l'extérieure. Certaines poteries sont d'un si beau rouge 'il peut bien se faire qu'une matière colorante de cette 3*,nce y ait aussi été ajoutée. Sur ces poteries noires <Tun beau rouge, les parties parfaitement lissées, » sées au brunissoir, si je puis m 1 exprimer ainsi, prené. t un aspect brillant, comme vernissé, qui se détache ^-nettement sur le reste du fond, qui demeure mat. st un effet tout analogue à celui qui se produit sur ^ pièce d'argenterie dont certaines parties seulement «ient été polies; ces parties brillantes sur fond mat
été grandement utilisées pour l'ornementation des ^ries. M. Galli, de Somma, possède un magnifique wjaire à surface extérieure entièrement brillante, sauf s le haut, où se trouvent trois rangs de petites lignes tes faisant zigzag.
Je donne le dessin, figure 48, d'un ossuaire qui me rit de Giani, et qui présente en haut la même ornetntation que l'ossuaire de M. Galli. Le mien a de plus
la panse une série de larges bandes alternativement *es et brillantes. Le petit ossuaire de ma tombe est
- -si presque entièrement brillant à l'extérieur, sauf « le haut, où il y a des triangles mats, au-dessous
- ne large bande formée d'un réseau mat et brillant, tte décoration consistant en un quadrillé réticulaire
répétée très-fréquemment, surtout sur les coupes et fc'fois sur les vases accessoires. L'ornementation noir mat et noir brillant est fort
commune; celle rouge brillant sur rouge mat est beaucoup plu» rare. Giani en cite trois ou quatre exemples, et je n'en ai vu qu'un tout petit échantillon, débris de *e* collections; ce sont des chevrons successifs enfermés entre deux lignes, le tout rouge brillant sur fond mat.
,/ lt( \h, — Onuuairn lissé de Golasocca, 1/3 grandeur. Collection Mortillet.
Sur les coupes, je n'ai pas vu d'autres genres d'ornementation; il en est généralement de même pour les vumum accessoires; mais les ossuaires en présentent encore deux tout h fait opposés l'un à l'autre.
|,e premier consiste en légers bourrelets ou lignes en Hief entourant le vase à diverses hauteurs; ces lignes «ont habituellement au nombre de quatre. M. le marquJM Vlneouti a un Tort bel ossuaire de ce genre; M. le
marquis Dalla Rosa en possède un en moins bon état, et j'en ai plusieurs fragments provenant de Giani.
Le second est un genre tout à fait inverse : l'ornementation, au lieu d'être en relief, est en creux. C'est une gravure à la pointe faite sur la pâte fraîche avant la
Fig. 49. — Ossuaire gravé de Golasecca, 1/3 grandeur. Collection Mortillet.
cuisson. Ce genre d'ornementation est bien plus commun que le précédent; il ne se pratiquait en général que sur de très-grands ossuaires. On peut en voir de trèsbeaux spécimens au Valentino, chez le marquis Dalla Rosa, chez le curé de Sesto-Calenda, et j'en ai acquis
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à pâte rouge. Les ossuaires à ornementations gravées en creux sont tous à pâte brune.
J'ai dit qu'en général les ossuaires seuls montraient ces deux genres d'ornementation. Cette règle n'est pas absolue. M. le marquis Dalla Rosa a recueilli trois vases accessoires de la forme et grandeur d'un gobelet ordinaire, avec des lignes en relief au pourtour, mais de pâte brune. M. Biondelli possède un vase de la forme des ossuaires, mais bien plus petit, en terre rouge, avec des ornements gravés en creux.
Giani ne cite aucun ossuaire avec des anses. Le petit ossuaire que j'ai retiré moi-même du sol en a eu de petites, très-étroites, tout à fait en haut, de chaque côté. Mais comme ces anses gênaient pour fermer l'ouverture, en abouchant la coupe dessus, on les a à demi sciées, puis détachées en les cassant. Les parties sciées et celles rompues se reconnaissent encore très-nettement.
Les coupes qui sont abouchées sur l'ouverture des
Fig. 50. — Coupe-couvercle de Golasecca, 1/3 Grandeur. Collection Morlillet.
ossuaires et les recouvrent, sont très-peu variées de formes et de dimensions. Elles sont toutes à pied; le