RÉSULTATS
Les résultats de nos observations nous paraissent suffisamment nets pour être exposés méthodiquement en un tableau d'ensemble. Nous les étudions séparément pour chaque signe.
ls La Douleur provoquée.
a) La douleur provoquée est un phénomène fréquent chez les tuberculeux à toutes les périodes.
Nous n'avons publié que trois observations - négatives (Obs. XVI, XIX, XX VII), et si nous ne pouvons donner exactement la proportion respective des cas positifs et des cas négatifs observés dans le service de M. le Dr Roussel dans un temps donné, nous pouvons dire avec lui que la douleur à la percussion unguéale est la règle, et son absence l'exception.
En ce qui concerne la fréquence relative dans les diverses périodes, nous avons remarqué que l'on constate surtout le signe aux périodes déjà avancées. Mais c'est aussi souvent un signe de début,
et les observations du docteur Austregesilo le démontrent nettement. C'est dans ce cas qu'il a très certainement sa plus grande valeur clinique.
b) C’est aussi un phénomène constatable dans la plupart des affections pleuro-pulmonaires ; nous donnons ici quatre observations de pleurésie (Obs. XII, XIII, XIV, XV), une de pneumonie (Obs. XI), une autre de bronchite chronique avec emphysème (Obs. XXXI), dans lesquelles le signe est positif.
c) On peut également le trouver en dehors d’affections pleuro-pulmonaires. Si l’on se reporte à notre Observation XLIV, on verra que le SymMmptome à pu être constaté dans un cas d'insuffisance mitrale, sans aucun signe pulmonaire. Il a été constaté dans ce cas dans la fosse de Mohrenheim droite. Sans anticiper sur la pathogénie du signe, n'aurait-1l pas pu être dans ce cas l'unique manifestation d'une pleurite du sommet, d'origine tuberculeuse ? Ou bien, le malade ayant de Ja symphyse cardiaque, le processus inflammatoire se serait-il étendu à la plèvre droite ? Le sujet était d'ailleurs atteint d'une lésion à étiologie rhumatismale. L'évolution de l'affection nous aurait, sans nul doute, renseigné, mais le malade a quitté l'hôpital le 1% avril 1901 pour n’y pas revenir et nous l'avons perdu de vue.
Ajoutons que c'estle seul cas où nous ayons constaté la douleur provoquée en dehors d’une affection pleuro-pulmonaire, après avoir examiné pour établir notre conviction un très grand nombre de malades du service du docteur Roussel,
ie
d) On ne le constate pas chez le sujet sain.
Nous avons examiné quelques sujets ne se plaignant d'aucun trouble morbide, et sur une dizaine de sujets examinés le signe a toujours été négatif.
e) Ce signe se localise en des zones en général nettement définies, et aisément délimitables dans la plupart des cas par une ou plusieurs lignes continues. Souvent aussi, mais plus rarement, la transition de la zone douloureuse à la zone indolore s'effectue sur une grande surface.
Ces zones ne correspondent pas à la distribution des nerfs sensitifs cutanés.
Elles ne correspondentpas davantage à la topographie musculaire. Il est facile de s’en convaincre : le contour des zones douloureuses coupe souvent perpendiculairement le grand pectoral, le grand dorsal, le sus-épineux ou le sous-épineux, le deltoide, parfois même les intercostaux.
Elles ont leur topographie propre, que nous allons essayer d'exposer ici :
lo La fosse de Mohrenheim, autrement dit, la région correspondant extérieurement à l’interstice deltoido-pectoral, estle siège le plus fréquent de la douleur provoquée.
Sur les 45 observations que nous publions, la douleur a été provoquée 16 fois dans cette région, mais non pas exclusivement. En effet, en général, la percussion unguéale est également positive en d’autres régions. D'ailleurs le terme de fosse de Mohrenheim est rarement suffisant pour désigner toute la région aiteinte ; c’est de plus un terme
vague, et la percussion méthodique permet d'obtenir des résultats plus précis.
Si l'on se reporte à nos schémas, on verra que dans la plupart des cas la zone douloureuse, que nous avons trouvée constamment limitée en haut par la clavicule, descend de cet os en suivant la direction de l'interstice deltoïdo-pectoral. Elle atteint ainsi le creux de l’aisselle en décrivant une courbe à concavité tournée en haut et en dehors, et vient se perdre dans ce creux, dans des cas nombreux, par une transition insensible. Mais souvent la zone ne s'arrête point là, et nous l'avons vu se continuer avec une autre zone douloureuse siégeant en arrière dans la partie externe de la fosse sousépineuse, embrassant ainsi la racine du bras d’une ceinture douloureuse presque complète, ouverte seulement en haut sur quelques centimètres en arrière de la clavicule. Cette ceinture peut, eilemême, affecter des dispositions diverses. Nous en avons un exemple dans l'Observation IV, où la cir.conférence extérieure de l'anneau d'hyperesthésie ne vient pas passer dans le creux de l'aisselle et reste à distance du moignon de l'épaule lui-même, en sorte qu'en avant l'intervalle deltoïdo-pectoral reste indemne, et qu'en arrière les faisceaux les plus externes du sous-épineux ne sont pas hyperesthésiés. Dans d’autres cas (Observations V, X), la zone douloureuse vient, au contraire, se prolonger assez loin jusque sur le moignon de l'épaule, sans se restreindre du côté interne, en sorte que de ce côté son bord se reporte à peine un peu en dedans de l'intervalle deltoïdo-pectoral.