‹ Le Signe de la Douleur Provoquée et les Réflexes Thoraciques dans les Affections Pleuro-Pulmonaires: et particulièrement dans la TuberculoseChapitre 36 sur 40 · HISTORIQUE, BIBLIOGRAPHIE, PATHOGÉNIE · texte numérisé non relu

HISTORIQUE, BIBLIOGRAPHIE, PATHOGÉNIE

Il est possible que les signes que nous étudions aient été constatés plus ou moins isolément par divers observateurs à des époques reculées. Il est classique de dire qu'Arétée avait déjà trouvé chez des tuberculeux des douleurs au cou et à la nuque. Mais pour voir ces phénomènes systématiquement recherchés et étudiés avec soin, il faut en venir à l'époque actuelle.

Le premier auteur, semble-t-il, qui ait donné sa valeur au signe de l’atrophie musculaire est Laënnec; celui qui a essayé d'interpréter la douleur thoracique provoquée est Guéneau de Mussy.

Laënnec vit l’atrophie musculaire s'étendre au deltoïde et aux muscles du bras du côté malade chez « un homme dans la force de l'âge et de la constitution la plus robuste, dont la poitrine avait été rétrécie du côté droit par suite d’une pleurésie chronique et latente ». Il publia une remarquable planche où le sujet est représenté de face et de dos

et fit remarquer dans la note explicative que ies muscles du bras droit et le grand pectoral ont évidemment perdu de leur volume.

Guéneau de Mussy (!) écrit, au sujet de la douleur provoquée, ces lignes remarquables qui contiennent en germe toute une pathogénie de ce phénomène : « La pression révèle souvent une sensibilité anormale dans les régions sous-claviculaires. M. Beau, qui a attiré l'attention sur ce phénomène, l'attribue à une inflammation des nerfs intercostaux supérieurs consécutive à l'inflammation du sommet de la plèvre qui accompagne presque constamment la tuberculisation pulmonaire. Cette explication me paraît très vraisemblable; c'est un signe dont il faut tenir compte assurément, sans lui donner cependant une valeur absolue, car je l'ai vu manquer dans bien des cas, et, d'autre part, on peut rencontrer une sensibilité morbide du sommet de la poitrine en dehors de toute production tuberculeuse. Cette propagation du travail inflammatoire à la gaine des nerfs ne peut d’ailleurs pas expliquer toutes les douleurs que l’on rencontre chez les phtisiques; il faut admettre des phénomènes de sensibilité réflexe comme on admet une action réflexe du système locomoteur….

» ...Les douleurs réflexes, comme les névralgies, ont des foyers ou du moins des points d'irradiation déterminés. »

(1) Cliniques, t, I.

EN, Dre

La douleur que Guéneau de Mussy éveillait par la pression lui paraît donc un phénomène. réflexe consécutif à la plewrésie du sommet et qui aurait ses points de localisation déterminés : ceci est très net, etil est évident que ces conclusions très fermes étaient pour Guéneau de Mussy et pour Beau le résultat d'une longue observation clinique.

Ainsi nous voyons étudiées dès cette époque l'atrophie musculaire et l'hyperesthésie ; ce sont les physiologistes qui attirent l'attention plus tard sur le phénomène de la contraction idio-musculaire ou myoœædème. Carre (1) étudie le phénomène un des premiers, suivi bientôt par les auteurs anglais qui, les premiers, lui attribuent une véritable valeur clinique.

. Enfin, ce sont les troubles vaso-moteurs que Leudet (?) étudie; cet auteur va même jusqu'à donner une grande valeur aux modifications de la vasomotricité chez les tuberculeux et rattache à la congestion les autres troubles nerveux périphériques.

Quant aux troubles de l’ampliation thoracique, divers auteurs paraissentles constater sansles différencier nettement de l’atrophie musculaire unilatérale;ilsn’en font qu'un symptôme de cette atrophie.

Il faut en venir, pour la voir plus nettement définie, au travail lyonnais de Perroud (*). Cet

(1) De la contraction idio-musculaire (Gaz. hebd., 1868),

() Leuner, Etude clinique des troubles nerveux périphériques vaso-moteurs survenus dans le cours de la tuberculose pulmonaire (Arch. gén. de méd., 1861).

(:) Perroun, De quelques troubles nerveux chez les phtisiques (Lyon médical, 1872, p. 1).

auteur signale quatre faits de parésie intermittente siégeant du même côté que la plus grande lésion pulmonaire. Mais son étude ne s’en tient pas là, et aucun des phénomènes qui fait l'objet de ce travail ne paraît lui avoir échappé. Pour lui, la pression exercée par la pulpe du doigt sur le thorax de certains tuberculeux permet de distinguer:

1o Un point sternal, siégeant au-dessus du cinquième inférieur de l'os.

20 Des points spinaux, siégeant sur les apophyses épineuses, et en particulier sur la 7e.

Il constate aussi de l'hyperesthésie musculaire ; il en donne des raisons: « Quand l'hyperesthésie atteint les muscles du thorax ou de l'abdomen, ce qui est plus rare, elle se traduit par des douleurs que réveillent les efforts musculaires ou l'exploration du médecin. »

Il étudie aussi les troubles vaso-moteurs ; 1l range parmi eux la tache méningitique, et même le nœud musculaire.

Il insiste enfin sur la localisation de tous ces troubles, dans les termes suivants : « En dehors des mélalgies, des hyperesthésies cutanées et musculaires et des arthrites généralement bilatérales et paraissant tenir à l'état dyscrasique général, faisons remarquer que les autres troubles nerveux sont presque toujours wnilatéraux et siègent du côté du poumon le plus gravement atteint. »

Enfin, il a remarqué que non seulement la pression, mais la percussion éveille l'hyperesthésie avec la plus grande facilité; dans certains cas «la

PC - té

Pie percussion de la poitrine est tellement insupportable qu’elle devient impossible. »

Ces phénomènes, en particulier les cas de parésie intermittente, sont pour lui, comme pour Hahn (), qui développe en sa thèse les mêmes idées que Perroud, des troubles d’origine réfleæe. Mais le point de départ pleural du réflexe n’est pas affirmé, comme dans les cliniques de Guéneau de Mussy.

La thèse de Hahn parut en 1874. Pour trouver dans la littérature médicale un travail complet sur les troubles périphériques nerveux des tuberculeux,il faut franchir une longue période de temps et en venirau mémoire de M. Weill (?. Il s’agit là d'une étude clinique complète de la question, basée sur 20 observations très complètes. Non seulement les signes nerveux thoraciques, mais tous les troubles nerveux de quelque nature qu'ils soient y sont examinés. Nous n'avons pas à entreprendre ici l'analyse de ce travail. Nous en citerons simplement les conclusions principales concernant notre point de vue spécial : les troubles thoraciques; en particulier, l’hyperesthésie musculaire.

« Le phénomène qui nous paraît dominer dans ces cas de perturbations nerveuses, c’est l'hyperesthésie musculaire... Le plus souvent, le patient ne s’en aperçoit pas, il l'ignore complètement, et

(1) Han, Des complications qui peuvent se présenter du côté du sys tème nerveux daus la tuberculose pulmonaire chronique (Thèse de Paris, 1874).

Ce) Werzz, Des troubles nerveux chez les tuberculeux (Rev.de méd.,

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