‹ Le Signe de Musset: Sa Valeur CliniqueChapitre 9 sur 16 · FRANCE · texte numérisé non relu

FRANCE

En France, la mention de l'oscillation céphalique est faite pour la première fois en 1877, par un écrivain, Paul de Musset. Ce dernier, qui écrivait plus en littérateur qu'en médecin, signale chez son frère ce symptôme curieux. Si on ouvre la biographie d'Alfred de Musset par son frère Paul, on y lit en effet ces lignes : «Un matin du mois de mars 18/42, pendant le déjeuner, je m’aperçus que mon frère à chaque batiement du pouls éprouvait un petit hochement de tête involontaire. Il nous demanda pourquoi nous le regardions, étonnés ma mère et moi. Nous lui fimes part de notre observation. « Je ne croyais pas, nous répondit-il que celafût visible, mais je vais vous rassurer. Il se pressa la nuque je ne sais comment avec l'index et le pouce et, au bout d’un moment, la tête cessa de marquer les pulsations du sang. « Vous voyez, nous dit-il ensuite, que cette épouvantable maladie se guérit par des moyens simples et peu coûteux. »

Nous nous rassurâmes par ignorance, car nous venions dé remarquer le premier symptôme d’une

Et affection grave, à laquelle il devait succomber quinze ans plus tard et qui était une altération des valvules de l'aorte.

Faut-1l dans le cas de Musset mettre en cause une de ces artérites d’origine palustre si bien étudiées par Lancereaux, comme paraît l’admettre Delpeuch préoccupé de retrouver chez notre poète des probabilités en faveur d’une insuffisance aortique ? Ce point de diagnostic rétrospectif nous semble bien délicat. À Venise, pays à marais, Musset supporta une crise morale et physique qui détruisit un frêle bonheur et altéra une santé déjà précaire. C’est tout ce que nous apprend l'histoire et respectons sa discrétion.

Cette anecdote d’un vif intérêt médical est rapportée dans l’article de Delpeuch {Presse médicale du 16 mai 1900). En plus, Delpeuch apporte deux observations du signe nouveau chez les aortiques et dont voici les traits principaux et la courte histoire.

« En 1894, dit-1l, nous avions dans notre service à l'hôpital Tenon, un homme d’une soixantaine d'années atteint d’aortite chronique. Cette affection était compliquée d'insuffisance valvulaire et peut-être d’un certain degré de dilatation. Or, quand cet homme était assis, la tête étaitagitée de secousses régulières, d’oscillations antéro-postérieures brusques, parfaitement isochrones aux pulsations radiales. L'aspect du malade était saisissant. Comme le pouls ne dépassait guère le chiffre de soixante battements par minute, notre homme se trouvait marquer les secondes d’un hochement de tête, ce qui évoquait immédiatement dans l'esprit des Parisiens l'image d’une enseigne bien connue sur le boulevard,

EM où l’on voit un nègre qui porte un cadran sur le ventre et salue chaque seconde d'une oscillation de tête. »

La deuxième observation du 1° mars 1900, a trait à un ouvrier tanneur âgé de quarante-huit ans, Jules H.., qui depuis plusieurs années présentait un souffle diastolique de la base avec tous les signes d’une hypertrophie manifeste. Chez ce malade, comme chez le précédent, dans la station assise, la tête était secouée d’oscillations régulières parfaitement isochrones aux pulsations artérielles.

On peut déjà remarquer entre les diverses observatons publiées des différences très notables. Les unes, surtout les observations publiées en Italie, concernent des cas d’anévrisme de l'aorte (cas de Feletti, de Bruschini), du tronc brachio-céphalique, de la sous-clavière (cas récents de Bocciardo; les observations publiées en France, sont relatives à des cas d'insuffisance aortique (cas de Delpeuch et de Valentino).

Si ces observations sont exactes, et si les faits sont bien notés, (or la compétence de ces divers cliniciens ne saurait être suspectée) il y a des éléments suflisants pour jeter le trouble dans l'esprit au sujet de la valeur pathognomonique du signe de Musset.

La question ne semblait pas près d’être résolue quand, le 14 novembre 1900, dans la Presse médicale, sous le titre de « Signe de Musset dans la pleuréste gauche », M. Frenkel publie un fait qui montre que fréquent chez les aortiques, le signe de Musset n’est même pas pathognomonique des affections du système circulatoire.

Son malade, dont nous publions l'observation résu-

Ln6 mée, présentait une pleurésie séreuse gauche à gros épanchement. Il n’offrait ni les signes cliniques d’une insuffisance aortique {pas de pouls de Corrigan, pression artérielle normale, pas de pouls capillaire, pas de double souffle de Duroziez), ni ceux d’un anévrisme (pas de signe d'Oliver Cadarelli,pas de signe de compression, matité de la base normale), ni même ceux d’une ectasie aortique franche. Et notre maître discute le rapport possible entre l'existence de l'épanchement et la présence du signe de Musset.

En face des cas profondément dissemblables, publiés jusqu'à ce jour en Italie et en France, en présence de cette particularité curieuse, qu'après la thoracentèse, les oscillations qui auparavant élaient extrêmement neltes chez son malade, offraient une atténuation très marquée, M. Frenkel conclut déjà avec raison que le signe de Musset n’est pas exclusif des affections de l'aorte. Il montre toutes les difficultés des interprétaüons pathogéniques pour des cas aussi différents, et 1l émet les premières hypothèses concernant sa physiologie pathologique : possibilité dans l'insuffisance aortique d’un phénomène analogue à celui de la roue hydraulique bien connu des physiciens; peut-être aussi, dansle cas de pleurésie, possibilité d’un facteur pleurocosto-vertébral susceptible de transmettre l’osciilation. M. Frenkel note en effet chez son malade cette intéressante particularité visible à la radioscopie : les contracüons cardiaques étaient accompagnées d’oscillations correspondantes, non seulement du côté du médiastin, mais encore du côté des côtes de la moitié droite du thorax. Et, dès lors, si l’on admettait

= NE que c’est la colonne vertébrale qui, recevant à travers le sac pleural distendu par le liquide, les battements du cœur les transmettait aux côtes, il était vraisemblable et raisonnable d'admettre que c’est la colonne vertébrale qui actionne la tête dans ces oscillations.

Cette revue presque complète des idées au sujet du signe deMusset montre combien la vérité scientifique suppose de tàlonnements et d'erreurs corrigés. Un médecin analyse un phénomène avec attention, il le suppose pathologique, vite naissent en foule les explications et les conceptions pathogéniques, et leur nombre et leur valeur relative n’est pas toujours un facteur de clarté. C’est là l'histoire du signe de Musset.

L'obscurité régnait encore sur sa signification quand, le 10 mai 1902, M. Valentino publie dans la Revue de médecine, un long article sur les « secousses rythmiques chez les aortiques ». Il publie deux remarquables observations de malades atteints d'insuffisance aortique et que nous rapportons ici. Dans un cas, l'oscillation est antéro-postérieure. Dans l’autre, par suite d’une hémiplégie gauche avec maxima au membre supérieur, l'oscillation est latérale de gauche à droite.

M. Valentino, ferme partisan du signe de Musset, pathognomonique de l'insuffisance aortique, fait plus une critique d’ensemble sur l'observation de M. Frenkel, sur les explications proposées par MM. Frenkelet Delpeuch, qu'un essai méthodique d'interprétation du signe lui-même. M. Valentino s'eflorce avec talent, mais malheureusement à distance, (ce qui diminue la force de son argumentation, ) de démontrer que le pleu-

rétique de M. Frenkelest porteur d’une lésion de l'aorte,

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mers d’une insuffisance qui peut seuleexpliquer pareillesymptomatologie.Très judicieusement, il se rend compte de la nécessité d'établir par des tracés pris simultanément du pouls et de l’oscillation céphalique si celle-e1 est systolique ou diastolique.

En résumé, toutes les observations produites, soit en Italie, soit en France, n'apportaient pas des éléments d'explication bien précieux quand, le 10 juillet 1902, M. Frenkel, qui jamais n'avait considéré ses conclusions comme définitives, est amené à élargir singulièrement le débat. D'abord, tout en se montrant très conciliant et en admettant le maximum en fait de lésions artérielles chez son pleurétique, qu'il revoit et ausculte de nouveau, il nous dit que rien n'autorise à admettre chezlui soit une insuffisance aorlique,soit unanévrisme. Mais grâce à l'étude graphique du signe de Musset typique comparée à l'étude graphique des mouvements de la tête chez d’autres personnes saines, il montre qu'au fond ilest « indifférent de savoir si le malade est artério-scléreux, comme le veut M. Bucco, s'il a l’aorte dilatée, anévrismale ou insuffisante ». Il nous apprend que chez les sujets sains, et ses graphiques en font foi, « on peut recueillir les mêmes tracés des mouvements céphaliques que chez son malade ». Dès lors, le chaos des explications disparaît et la pathogénie s’éclaire.

Voilà les seuls travaux publiés en France et en Italie sur le signe de Musset. Nous n'avons rien trouvé d'autre dans la littérature médicale ; nous rappelerons cependant, pour être complet, que Huchard ! dans son Traité

! Traité clinique des maladies du cœur et de l'aorte.

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des maladies du cœur, mentionne d’après Bruschini, à propos des anévrismes de l'aorte, une oscillation de la tête analogue aux secousses laryngo-trachéales ou signe d'Oliver Cardarelli. Il ajoute : « D'ailleurs ce signe a une valeur douteuse. »

Dans le traité de Debove et Achard ! (Ch. insuffisance aorlique), nous pouvons lire les lignes suivantes : « Les battements carotidiens peuvent être si exagérés qu'ils communiquent un mouvement ondulatoire à toute la région carotidienne et des secousses qui peuvent se propager jusqu'à la tête. La partie supérieure du troncsemble ébranlée à chaque systole »: Ici comme là, le nom nouveau n’est point encore donné à la chose, mais c'est bien le signe de Musset qui est en jeu. | |

! Debove et Achard, p. 113. Ch. Insuffisance aortique.

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