‹ Le silenceChapitre 7 sur 11 · ÉPILOGUE · texte numérisé non relu

ÉPILOGUE

— C'est très bien, vous racontez à merveille, dit Portai quand il comprit que Jacques D*** avait achevé. Seulement, votre histoire ne finit pas. J'imagine que votre M. de Sourbelles n'a pas passé le reste de sa vie à pleurer sa maîtresse. Qu'est-il devenu, ensuite ? '

— Il y a des êtres, répondit Jacques, qui ne semblent vivre que pour un seul moment, comme il y a des plantes qui ne fleurissent qu'une fois. Après le suprême épisode qui a développé leur âme jusqu'aux limites de sa puissance, qu'importent le coin du monde où ils vont vivre et l'emploi qu'ils font de

leurs jours? Aussitôt après les obsèques de son amie — comme il se plaisait à l'appeler — M. de Sourbellcs quitta Weimar : il se rendait auprès de cette sœur que la morte avait aimée. Je ne pensais pas le revoir jamais. Je l'ai revu pourtant, 1 an dernier, dans une de ces stations d'été où Ton fait souvent les rencontres les plus inattendues, à Houlgate. Nous passâmes ensemble une soirée de pluie, à faire les cent pas sur le petit promenoir. La mer, que la marée basse avait emportée, nous envoyait de loin ses plaintes ; l'orchestre du casino, des bouffées d'air de danse. Il me disait l'ennui de ses heures oisives, de ses actes sans but, le souvenir tapi dans son cœur qui le promenait des regrets aux remords, sans lui laisser aucune trêve. « Et je ne meurs pas I me dit-il entre autres. On ne meurt pas, on ne se tue pas, on se traîne avec sa douleur, on s'accommode de son vautour... Et je ne suis pas le seul de mon espèce, allez! il y a beaucoup d'êtres comme moi, j'en suis sûr, qui vont, viennent, boivent et

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