OBSERVATIONS
Observation I
(personnelle).
Mme L..., 74 ans, vient consulter M. le P? Sabrazès, à l'hôpital Pellegrin, pour une hémorragie nasale, le 2 février 1934. Cette hémorragie a débuté le dimanche 28 janvier 1934 à 2 heures du matin, a duré une demi-heure environ et n’était pas très abondante (la malade a mouillé 2 mouchoirs). Cette hémorragie s’est reproduite sous forme de petits saignotements le lundi matin et le jeudi matin. Inquiète elle vient consulter.
Dans ses antécédents éloignés l’on ne trouve rien de bien saillant à signaler.
Hisloire de la maladie. — Les premiers troubles remontent à 10 ans environ. À ce moment la malade commence à ressentir une sensation pénible de striction, d’oppression au niveau de la région précordiale et presternale
Peu à peu ses ennuis augmentent : tantôt elle a une sensation de doigt mort, souvent elle est gènée par des bourdonnements d’oreilles intenses. Elle se plaint enfin d’une grande lassitude.
Elle va consulter divers médecins en 1924 et les années suivantes. Elle est soumise au traitement classique de l’artériosclérose. Comme médicaments elle reçut surtout des iodures, de la trinitrine et divers diurétiques.
Pendant un an elle ne ressentit aucune amélioration. Vers la fin de 1930 elle a quelques périodes de répit qui alternent avec de longues périodes chargées des troubles fonctionnels que nous avons signalés plus haut.
Depuis le début de 1933 l’état s'est aggravé. La malade se sent extrêémement fatiguée et ne peut faire aucun travail. Elle a des vertiges qui la font tituber mais ne provoquent pas la chute. Il existe des sensations de voile devant les yeux, de mouches volantes.
Enfin depuis 2 mois s’est installée une céphalée occipitale violente ainsi que l’insomnie qui ajoute encore à la fatigue générale.
Examen (le 2 février 1934). — a) Appareil cardio-vasculaire :
La pointe bat dans le 6 espace un peu en dehors de l’endroit normal. On sent battre l'aorte en déprimant le creux sus-sternal Les artères sont dures et sinueuses.
y rh
A l’auscultation : Double souffle au foyer aortique. Il existe un souffle systolique au foyer mitral.
Tension artérielle au Pachon : Maxima : 26; Pression efficace : 13: Minima : 10 — I — 5,
b) Aulires appareils. — Rien de spécial à signaler.
Elle est maintenue au régime strict, au repos complet. On lui donne divers médicaments : Trinitrine, nitrite de soude, nitrate de potasse.
La malade revient le 5 mars 1934, pour des hémorragies nasales à répétition qui durent depuis huit jours et qui par la suite s'arrêtent insensiblement.
Le 27 avril 1934 la malade est absolument découragée. L’asthénie est intense. Tous les troubles ont augmenté sauf les épistaxis qui ne se sont pas reproduites. Par contre des symptômes urinaires ont fait leur apparition; il y a de la pollakiurie et la quantité d’urines est assez faible.
L'examen ne révèle rien de nouveau.
La tension artérielle est : maxima : 27; minima : 7; efficace : 12; 0 Le.
Le B.-W. est négatif.
La cholestérine «est de 2 gr. 10.
La viscosité de 4,5.
Urée : 0 gr. 40 — Poids : 51 kgr.
Sur les conseils du Pr Sabrazès nous entreprenons alors la thérapeutique par le silicate de soude.
Pendant une dizaine de jours elle absorbe 2? grammes quotidiennement de silicate de soude sans résultat immédiat.
Le 15 mai nous commençons les injections intraveineuses d’une solution de silicate de soude à 1%. Nous injectons la première fois 2em° 5 et la seconde fois, 5 cm° ainsi que pour les injections suivantes. Les injections se font tous les deux jours. La série est de 12.
La tension est alors de : Maxima : 27, efficace : 12, minima : 9; indice : 6.
-La diurèse a été de 900 cm° du 14 au 15 en 24 heures. Dans ses urines il y a : 5,2 de chlorures %. Pas de sucre, pas d’albumine.
Le 17 mai, l’état général est identique. Cependant la tension est de : Maxima : 26 1 /?; efficace : 12; minima : 9; I — 5. La diurèse est passée à 950 cm3. Les chlorures sont de 7%.
Ainsi après chaque injection nous allons constater une augmentation progressive, régulière de la diurèse et des chlorures et une baisse de la tension maxima. Pour éviter des redites nous résumons le tout dans un tableau à la fin de l’observation.
Pendant les 4 premières injections la malade ne ressent aucune amélioration des troubles fonctionnels.
A partir de la 5e injection la pollakiurie diminue, la diurèse se régularise.
Puis la plupart des troubles fonctionnels diminuent ou dispa-
er ours
raissent .La céphalée a bien diminué, mais la tête est un peu lourde. Il n’y a plus de vertiges, ni de phénomènes du doigt mort. Enfin les forces reviennent. A partir de la 6€ ou 7€ injection la malade recommence à s'occuper de son ménage alors qu'avant elle ne pouvait plus rien faire. Enfin il existe une sensation de mieux-être général. « Il lui semble, dit-elle, qu’elle renaît à la vie. »
A la fin de la série, le 10 juin 1934, l'examen général ne montre aucune modification. La tension artérielle est stabilisée aux environs de 22 pour le maxima; les urines se maintiennent autour de 1.400 em3 par 24 heures; les chlorures autour de 13%. La cholestérine est tombée de 2 gr. 10 à 1 gr. 83. La viscosité est passée de 4,5 à 4.
Pour consolider ces résultats nous avons fait absorber par la bouche 40 gouttes par jour d’une solution de silicate de soude titrée à 25% de silice, pendant 15 jours.
Nous revoyons cette malade le 10 septembre 1934. Elle revient nous trouver parce qu'elle se sent fatiguée. Les autres troubles fonctionnels n’ont pas reparu. La tension est de : 24-12-91 = 6.— L'urée sanguine est de 0 gr. 17.
Nous recommencons les injections intraveineuses. Dès les premières, l’état général s'améliore, si bien que nous ne faisons que 5 injections et comme la première fois nous lui donnons un traitement buccal pendant 3 semaines.
Nous avons revu la malade le 26 octobre 1934. L'amélioration persiste. Aucuns des troubles fonctionnels signalés plus haut ne se sont reproduits. Elle se plaint simplement d’une gêne présternale correspondant à ses lésions cardiaques. Tension artérielle : 21,5- 12-9 — I — 5. Elle a engraissé de 3 kgr. depuis avril 1954.
Nous avons revu la malade le 26 novembre 1934. Les résultats obtenus se maintiennent dans leur intégralité.
Nous avons insisté sur cette observation car elle est schématique. Elle met en évidence l’action du silicate sur les troubles fonctionnels de l’artériosclérose, sur la tension surtout maxima, sur la diurèse, la chloruire, la viscosité sanguine et même la cholestérinémie,
Elle montre aussi la grande supériorité de la voie intraveineuse sur la voie buccale.