‹ Le Sipylos et ses monuments: ancienne SmyrneChapitre 3 sur 9 · I. Homère, dans l'Iliade, (XXIV. 615) dit · texte numérisé non relu

I. Homère, dans l'Iliade, (XXIV. 615) dit

c A présent, quelque part au milieu de rochers et de montagnes i sauvages, dans le Sipylos, à Tendroit où Ton dit que sont les « lits des déesses nymphes, qui s'agitèrent violemment aux en- « virons de VAchéloos, là, quoiqu'elle soit devenue rocher, elle c (Niobé) adoucit par le temps, les douleurs qui viennent des c dieux. »

II. Ovide (métamorph. VI, 310 ) chante cette même Niobé dans les vers suivants :

Flet tamen, et validi circumdata turbine venti In patriam rapta est. Ibi fixa cacumine montis Liquitur, et lacrymas etiamnum marmora manant.

III. Pausanias enfin (I. 21) en fait la description telle qu'il

Ta vue.

« TrjTY;v Tijv Nic6t;v xV» rirsç eîSsv àv£AOù)v iç xbv 2'VjXov

« Tc opoç • Y) 8à TcXrjaicv jjiàv Trixpx xii xpY;[Jiv6(; èortv, cùSev « Trapévxt ex**!!** 'rcap6)r6jji.evsç Y^vaixbç, cuxs à'/Aw;, cuxc « nevOoûatîç • et Bk -^s. Tro^^uixépoi ^évoto, SeSxxpuixévriV ÔéÇst^ « cpâv xai xaxY;^Tj vuvaîxa. »

« J'ai vu moi-même cette Niobé dans le mont Sipylos ; de près c'est c un rocher escarpé, ne présentant aucune forme de femme, « ni en deuil, ni autrement ; mais à une certaine distance, on f peut reconnaître une femme en pleurs et plongée dans la f. tristesse. »

IV. Lemême Pausanias(III.22)parledanslestermessuivants de la statue de Cybèle, termes bien différents des précédents:

< Les Magnésiens qui sont au nord du mont Sipylos, ont chez eux, c sur la roche Codifie^ une statue de la Mère des dieux , qui est « la plus ancienne de toutes. »

« |J.r|Xp6ç 6s<ôv ipx xiôxaxov àicivxsv ol-^x^^t.. h Les trois premiers passages se rapportent évidemment au même monument ; c'est la Niobé changée en rocher et pleurant le malheur de ses enfants. Homère et Ovide ne donnent

d'autres détails sinon qu'elle était au cœur de la montagne, près des sources d'eau où habitent les Nymphes et les Vents. Pausanias seul, III, est plus complet ; il monte exprès sur le Sipylos pourvoir la Mère inconsolable. De près, on ne distingue rien ; ce n'est qu'à une certaine distance que la pierre (^i^p*) prend l'aspect d'une femme qui pleure.

Ces détails ne conviennent pas au Tash-Souret ; il n'y a ni source ni rivière à cet endroit ; puis le monument est situé trop près de la plaine ; enfin il n'y saurait être question de femme en pleurs et en deuil. Les anciens ne se représentaient-ils pas le deuil, chez la femme, par le voile qui couvrait, sinon le corps entier, au moins la partie supérieure ; notre statue, au contraire, a la tête remarquablement dégagée, et l'impression générale qu'elle respire n'est certainement pas celle de la tristesse.

La citation IV, aussi de Pausanias, est si claire et si complète qu'il serait difficile d'attaquer le rapprochement de ce texte du Tash-Souret.Le périégète n'avait en vue que ce monument, lorsqu'il parlait de la plus ancienne statue de la Mère des dieux. La comparaison des deux passages (III et IV), si différents dans leur rédaction ne permet pas d'admettre qu'il ait voulu parler d'un seul et même objet. Remarquez d'abord la différence des emplacements, indiqués si minutieusement ; puis les expressions employées pour décrire les monuments ; l'un est la « statue la plus ancienne de toutes », l'autre simplement une ft pierre >» ou un rocher.

Nous sommes donc en droit d'en tirer les conclusions suivantes :

a. - Le monument de Magnésie est bien la statue de Gybèle, telle que Pausanias l'a vue sur la roche Codine.

b, - Ce nom de Niobé ne lui convient point, en présence des textes cités plus haut ; ces derniers semblent indiquer, au contraire, qu'il y avait une autre statue informe dans la montagne, statue qu'il s'agit encore de trouver, sans doute, plus

loin, dans le cœur même du massif, à la source des rivières ^ qui en découlent d). Comme nous l'avons dit plus haut, le Sipylos est loin d'être exploré dans son entier ; il renferme certainement encore plus d'une surprise.

c. - Enfin si, d'après Pausanias, les noms de Cybèle et de Niobé ne peuvent pas convenir à la fois à la statue du Tash-Souret, il n'en est pas moins vrai que les deux mythes ont une grande analogie.

Nous reviendrons sur ce sujet dans la partie historique.

Bas-Reliefs de Nymphi.

Ces monuments, quoique n'appartenant pas au Sipylos, en sont si rapprochés qu'ils méritent bien d'être traités dans ces pages ; au reste, ils fourniront un excellent trait de comparaison, au point de vue de l'art et de l'histoire, pour la statue de Magnésie.

A quelques kilomètres à l'est de Nymphi, la chaîne du Tmolos se déprime considérablement, au point de ne former plus qu'un col de 200 mètres de hauteur. Une route antique, dont on retrouve encore de nombreux vestiges, traversait ce col en venant de la vallée du Caystre et d'Ephèse, pour se diriger dans celle de l'Hermus. Or, à l'extrémité septentrionale de cette vallée, appelée aujourd'hui Kara-BeU, sur un rocher de calcaire gris, très-dur, est sculptée la soi-disant a stèle de Sésostris n, à une hauteur de 40 mètres au-dessus du torrent.

La surface entière du rocher, incliné en talus, a été aplanie

(1) Chandlbr (Travels in Asia-Minor. p. 331) suppose que la montagne eUe-méme dessinait une femme assise ; il dit : The phantom may be defined as an effect of a certain portion of Ught and shade on a part of Sipylus, perceivable at a certain point of view. »

sur une grande étendue ; vers son milieu, et à environ un mètre au-dessus du sol, on a creusé une espèce de niche, plus profonde dans le bas que dans le haut (comme pour redresser un peu le champ incliné) ; sa hauteur est de 2°>, 50, sa largeur en bas de 2™, 50, en hauteur de 1«>, 90. La façade du rocher, tournée vers le sud, est perpendiculaire à la vallée, de sorte que le bas-rehef n'était visible qu'à ceux qui venaient de la vallée du Caystre.

Le bas-relief représente un personnage armé (voir la photographie) sculpté en profil et regardant du côté de l'Orient. Sa coiffure est conique et porte sur le devant un ornement qui rappelle Vurœus des coiffures égyptiennes ; il tient une lance dans la main gauche et dans la droite un arc ; dans sa ceinture est passée une sagaie ; il porte pour tout vêtement une courte tunique striée obliquement ; sa chaussure est recourbée à la mode asiatique. Tout cet ouvrage est taillé en méplat, sans modelé, et l'action des pluies a fortement agi sur le rocher, qui présente une surface raboteuse. En face de la figure et à la hauteur de la tète, sont quelques emblèmes qu'on a, bien à tort, fait passer pour des hiéroglyphes.

Tous les savants sont d'accord pour y reconnaître l'un des monuments décrits par Hérodote (II, 106) en ces termes : « On voit aussi dans l'Ionie deux figures (tuhsî) de Sésostris sculptées en pierre, l'une sur le chemin qui va d'Ephèse à Phocée, l'autre sur celui de Sardes à Smyrne. Chacune représente un homme de cinq spithames, tenant une lance dans sa main droite et un arc dans la main. gauche, avec le reste de l'habillement répondant à cette armure, c'est-à-dire, moitié éthiopien et moitié égyptien. Sur la poitrine de la figure, et allant d'une épaule à l'autre, on lit une inscription gravée en lettres égyptiennes, et dont voici le sens : « C'est moi que ces puissantes épaules ont rendu maître de ce pays. » Le conquérant ne dit pas qui il est, ni d'où il vient, quoiqu'ailleurs Sésostiis rapporte ces détails. De là, quelques-uns de ceux qui

ont vu ces images, ont conclu que c'étaient des figures de Memnon ; mais ceux qui pensent ainsi, sont bien loin de la vérité. »

Il y a cependant une variante : l'arc est placé dans la main droite du roi, et la lance dans la main gauche ; mais à l'inspection de la figure, on voit combien cette erreur est facile à expliquer.

L'inscription placée sur la poitrine ne se voit plus ; elle aura été effacée par l'action du temps, si jamais elle a existé.

Déjà du temps d'Hérodote les opinions étaient donc partagées au sujet de ce bas-relief; les uns voulaient y voir Memnon, tandis que d'autres, avec l'historien grec, y reconnaissaient le grand conquérant égyptien. Laissons la parole à M. G. Perrot, qui, dans ses Mémoires d'archéologie, etc, a envisagé la question sous tous les points de vue et est arrivé à des conclusions qui sont l'évidence même.

« Quand on compare le bas-relief de Nymphi aux deux figures de Ghiaour-Kalé et à celles de Boghaz-Keuï (t), on est aussitôt frappé d'une grande ressemblance. Le mouvement de la figure est identique ; c'est le même bonnet, orné aussi d'une espèce d'urœus ; c'est la garde de l'épée qui a même forme et est indiquée de la même manière ; c'est la tunique qui offre le même aspect et qui descend jusqu'au même point ; c'est enfin la chaussure si curieuse et si caractéristique. Mais ce qui est encore plus important, c'est la ressemblance complète des proportions, l'identité de style qui existe entre tous ces basreliefs de l'Asie-Mineure. Non-seulement ils sont tous ainsi dessinés, à plat et sans modelé, au centre d'une sorte de niche creusée dans la surface du roc ; mais c'est la même attitude donnée au corps, la même manière de représenter soit le nu, soit le vêtement.

(4) Explorations archéol. dans la Galatie, pL 10, 30, 52.

Cette interprétation, on ne saurait trop le répéter, diffère à tous égards de celle qui avait prévalu en Egypte; elle a bien plus de rapports avec celle où s'était arrêté, à une époque qu'il est difficile de fixer avec précision, l'art assyro-babylonien.

On s'est appuyé, pour confirmer l'origine égyptienne du bas-relief, sur le prétendu cartouche hiéroglyphique qui se trouverait encore à la tète de la figure. Il y a déjà longtemps que les égyptologues ont déclaré ne pas reconnaître dans les signes qu'on leur présentait un groupe d'hiéroglyphes lisible. Notre photographie prouve d'ailleurs que l'on a singulièrement exagéré la netteté que présentent ces signes. Il n'y a jamais eu d'hiéroglyphes ; il y a des emblèmes assurément, comme sur d'autres monuments de ce genre. M. Waddington, qui ^ vu, lui aussi, le monument, est tout-à-fait du même avis.

E3(aminons, comme contre-épreuve, les monuments certainement égyptiens, qui, sur la côte de Syrie, au Nahr-el-Kelb et à Adloun, rappellent les conquêtes et le passage de Rhamsès II. Ce n'est plus le même style, ni les mêmes proportions dans les figures, mais quelque chose de bien plus élancé, de bien moins trapu. Le cadre des bas-reliefs égyptiens a aussi un tout autre caractère ; au Nahr-el-Kelb, au lieu d'une niche grossièrement pratiquée dans le rocher, nous trouvons un élégant édicule que surmonte un entablement ; cet entablement est formé d'une sorte de frise que remplit le disque ailé, et d'une corniche que caractérise la gorge égyptienne. Sans parler du prétendu cartouche, l'inscription aujourd'hui disparue, dont parle Hérodote, nous est encore une raison de douter. Ce n'est point cette place que les textes hiéroglyphiques occupent dans les bas-reliefs de Nahr-el-Kelb. Au reste, Hérodote parait avoir été frappé de la différence qu'il y avait entre les figures qu'il avait vues en lonie et celles qu'il avait remarquées dans la « Palestine syrienne ». Mais les prêters d'Egypte lui avaient dit : « Vous retrouverez jusqu'en

Colchide les traces du passage de Sésostris. » Ainsi averti et prévenu, Hérodote ne pouvait manquer de les retrouver ; partout où s'offrait à lui une de ces images de conquérant, taillées dans le roc, il croyait aussitôt reconnaître Sésostris.

L'opinion qu'Hérode repousse aVec une certaine vivacité, était donc la vraie ; ils ne se trompaient pas ceux qui, dans le guerrier armé de l'arc et de la lance, aimaient mieux voir Memnon que Sésostris ; pour leur donner raison, il suffit de traduire leur assertion dans le langage de la science. Memnon, dans les traditions de l'épopée, c'était un roi d'Assyrie ; or, quelque soit le souverain ou le peuple qui ait été ici représenté, il est certain que, dans cette figure, l'influence qui se marque de la manière la plus évidente, ce n'est pas celle de l'art égyptien, mais celle de cet art assyrien qu'ont fait connaître à l'Europe, les découvertes de MM. Botta et Layard. » (fe)

Citons encore les conclusions de M. G. Maspero ( Histoire ancienne, p. 224) au sujet de Sésostris ou Rhamsès II et de la

stèle de Nymphi : « Ainsi se terminèrent les guerres de Rhamsès II contre le prince de Khêta.Si glorieuses qu'elles fussent en réalité, la tradition ne les trouva pas suffisantes. Suivant les historiens grecs, Sésostris (1) aurait pénétré d'un

(1) Le lecteur ne nous saura pas mauvais gré si nous osons intercaler à cet endroit le jugement spirituel que M. V. Gtierbuliez met dans la bouche du héros de son intéressaitt roman « le roi Apépi. »

— « Et moi, je te jure par ce qu'il y a de plus sacré, par le grand Sésostris lui-même

— Oh f mon oncle, comme vous tombez mal ! Je sais bien qu'on ne peut pas vous en vouloir, vous n'avez guère étudié l'histoire d'Egypte, ce n'est pas votre affaire; mais apprenez que s'il y a jamais eu dans ce monde une réputation surfaite et même usurpée, ce fut celle de l'homme que vous appelez le grand Sésostris et qui, au demeurant, s'appelait Rhamsès II. Apprenez que votre grand Sésostris était en somme un homme fort médiocre, d'un mérite trés-mince, qui a poussé la vanité jusqu'à faire effacer sur les monuments le nom des souverains, ses prédécesseurs, pour y substituer le sien, ce qui a fait prendre le change aux esprits légers, à Diodore de Sicile tout particulièrement, et introduire dans l'histoire les plus déplorables erreurs. Votre Sésostris, bon Dieu ! il n'a jamais vécu que sur un exploit de ses jeunes années. Soit adresse

côté jusqu'au fond de l'Asie et de l'autre jusqu'au Tanaïs et en Thrace, laissant partout, comme marque de son passage des statues ou des stèles qui portaient son nom. En lonie, Hérodote en cite deux, dont l'une, se voit près de Nymphi. On y reconnaît une foule de détails étrangers à l'art égyptien. La chaussure est recourbée à la pointe comme les souliers à la poulaine du moyen âge, la coiffure plus semblable à une tiare phrygienne qu'à la double couronne, et la calasiris striée de droite à gauche au lieu de l'être de haut en bas. En résumé il est vraisemblable que cette sculpture n'est pas due au ciseau d'un égyptien, et tout-à-fait certain qu'elle ne représente pas Sésostris.

Deuxième Bas-Relief. — La seconde figure dont parle Hérodote a été retrouvée, ces dernières années (i), non loin de la première, à l'entrée même de la vallée de Kara-Bel, et tout près de la place où l'ancienne route de Smyrne à Sardes, coupait celle d'Ephèse à Phocée. Sur la rive gauche du Kara-Déré, se dresse un bloc de marbre dont la face orientale porte précisément la figure en question. Le sentier actuel passe derrière le rocher, tandis que la voie antique longeait toujours la rive gauche de la rivière et passait tout près du monument^ comme

soit bonheur, il était parvenu à sortir d'une embuscade, vie et bagues sauves. Voilà la belle prouesse qu'il a fait retracer cent et cent fois sur les parois de tous les édifîces construits sous son règne ; ce fut là son éternel Valmy, son sempiternel Jemniapes. Je vous le demande, quelles conquêtes a-t-il faites ? Il opéra des razzias de nègres, parce qu'il avait besoin de maçons ; il fit la chasse à l'homme dans le Soudan, et son seul titre de gloire est d'avoir eu cent soixante-dix enfants, dont soixanteneuf flls.

Revue des Deux-Mondes, 1" septembre 1879, page 27

il) M. Cari Uumann, l'heureux explorateur de Pergame, la découvrit en juin 1875 ; sur ses données, il en parut une description avec carte topographique et figures, dans VArcheoL. ZeUung, de Berlin, 1875, p. 50, par M. E. Curtius. — En septembre 1879, M. A. H. Sayce, Queen's, collège Oxford, visita ses monuments et en rendit compte dans ÏAcadempf des mois d'octobre et de novembre de la même année.

rindiquent des traces très-évidentes. La base de la niche dans laquelle la figure est sculptée, est k peine à un pied au-dessus de l'ancienne route ; elle attirait donc facilement l'attention des passants du temps d'Hérodote. Malheureusement, ce bas-relief n'est pas conservé dans son entier ; on n'y distingue plus que les pieds, le bras gauche avec la lance, ainsi que les dimensions de la niche. Un Yourouk, à ce qu'on dit, s'avisa d'y adosser sa hutte et de transformer la niche en cheminée ; le feu aurait détruit toute la partie supérieure de la figure. Quoi qu'il en soit, il est impossible de méconnaître la ressemblance générale de ce bas-relief avec le premier ; c'est le même profil d'un homme qui marche, tenant sa lance dans la main gauche ; même chaussure à pointes recourbées. Il en diffère cependant dans quelques détails. Au lieu d'être en méplat avec un relief d'à peine 0°», 05, comme l'ancien, il était beaucoup plus rond, comme le prouvent les jambes et le bras gauche. Si le premier monument est large en bas et étroit par le haut, le second paraît tout le contraire, du moins en apparence ; car, en réalité, vers le bas, la niche a été évidée des deux côtés comme pour ménager des coulisses. Peut-être a-t-on pris ces dispositions pour préserver le monument des injures des passants, puisqu'il ne se trouve qu'à un pied du sol. Une autre différence entre ces deux bas-relifs, c'est que la niche du second ne parait porter aucune trace d'emblèmes ou d'hiéroglyphes. M. A. H. Sayce en conclut que l'inscription mentionnée par Hérodote était bien placée ici entre les épaules, sur la poitrine, et que l'historien grec, en parlant des figures de Sésostris en lonie, avait surtout en vue ce second bas-relief.

Une objection qu'on pourrait soulever, c'est celle de leur grande proximité, le texte d'Hérodote paraissant les placer sur deux points bien éloignés. Mais l'inspection de la carte, et surtout l'existence d'une route antique traversant le Kara-Bel et venant d'Ephèse, ne laissera plus le moindre doute dans l'esprit du lecteur. C'est à ce point de vue que tombe aussi l'assertion de

M. Texier, quand il dit que le premier monument de Sésostris est situé sur l'ancienne route qui conduisait de Sardes à Smyrne ; et un peu plus loin « la route actuelle de Nymphio à Sardes ne passe plus par le défilé de Kara-Bel. x (i) Cette méprise avait déjà frappé MM. Kiepert, Lenormant et Perrot; la route qui franchit le Kara-Bel, tombant directement dans la plaine du Caystre, ne pouvait par conséquent jamais conduire à Sardes ; par contre elle offrait aux habitants d'Ephèse le chemin le plus court pour se diriger vers la plaine de THermus, à Magnésie d*abord, puis à Phocée.

Quant à la route de Smyrne à Sardes, il y a tout lieu de croire qu'elle n'a pas changé depuis l'antiquité ; après avoir franchi le col de Bel-Gaïvé, au fond de la plaine de Smyrne, elle longe continuellement le pied septentrional du Tmolus, pour arriver à Sardes et de là à Philadelphie ; de nos jours encore, c'est le chemin des caravanes ; il est vrai que la nouvelle voie ferrée de Smyrne à Alaschehr lui enlève toute son importance.

D'après tout ce qui précède, il s'agit bien ici des deux figures dont parle Hérodote ; mais il n'en est pas moins vrai, que le grand citoyen d'Halycarnasse se trompait en les attribuant à Sésostris et que ceux de ses contemporains qui y voyaient des figures de Memnon^ étaient beaucoup plus dans le vrai. Nous avons vu plus haut que M. Perrot (2) reconnaissait dans Memnon, soit un roi d'Assyrie .soit de tout autre peuple de la Haute- Asie ; pour être complet, ajoutons les conclusions de M. Sayce, le savant professeur d'Oxford qui vient, tout récemment, de visiter les lieux.

« Les emblèmes du premier bas-relief, sont tous des hiéro-

« glyphes hittites bien connus, de sorte que l'origine hittite de « ces monuments et d'autres semblables en Asie-Mineure, est

(1) Univers pitt., Asie-Mineure, p. 261,262.

(2) Mémoires d'archéologie, etc., p. 17.

< hors de doute ; en métne temps cette dècoonnerle importante « proure que les Hittites ont poussé leurs oouquèles josqa'en é Lydie et anx rïraige? de U mer Fçèe ^\ »

(1) Acadernyy octobre 18, 1879.

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