‹ Le socialisme à l'œuvreChapitre 21 sur 56 · Revue socialiste, 1905, I, p · texte numérisé non relu

Revue socialiste, 1905, I, p

SOCIALISME. I 'i

rai. De fait, en 1900, la ville retira de rexploitation du gaz un bénéfice de 74.052 livres sterling. La même année, Manchester retirait £ 28.629 de Texploitation des eaux £ 74.052 de celle du gaz, £ 9.785 de celle de l'électricité. A Bâle, de 1867 à 1903, les bénéfices réalisés avec la régie du gaz s'élèvent à 9.401.031 francs. A Vicence et à la Spezzia, l'éclairage public a rapporté 30.000 et 70.000 francs par an. Nous ne voulons pas inutilement accumuler les chiffres. Mais on voit de quelles sommes ont été privées par la municipalisation les caisses des actionnaires; et l'on s'explique mieux certaines résistances.

Au reste, ces avantages financiers ne sont pas les seuls. Partout le sort du personnel a été amélioré. Les salaires ont été augmentés. A Genève, en 1896, lors du changement de régime, celui des chauffeurs fut porté de 5 francs à 5 fr. 50 et 6 francs. A Zurich, la ville a construit des logements pour ses ouvriers. A Birmingham, les ouvriers du gaz jouissent de la journée de 8 heures depuis 1889; les employés des tramways d'Huddersfield en jouissent depuis 1886. Presque partout les villes se sont préoccupées d'assurer les ouvriers contre les accidents, les maladies, la vieillesse, ne séparant pas dans leurs préoccupations les intérêts du consommateur et ceux du producteur.

Enfin, et il importe de bien le dire, on peut ajouter aux avantages de la municipalisation, comme le déclare M. Majorana\ et « contrairement au préjugé courant Tamélibration des services, les perfectionnements techniques. » Il est étrange qu'un préjugé si manifestemept contraire aux faits garde encore tant d'autorité en France

i, Cf. fiçvMe SQciçLlisle^ 1903, I, p. 340,

OÙ Paris offre à tous les regards le légendaire exemple de sa Compagnie des Omnibus, si routinière, si âpre au gain, imposant aux habitants la tyrannie cahotante et dispendieuse de ses omnibus à six sous, tandis que la plupart des villes d'Europe possèdent le tranrway rapide à 10 centimes; opposant à toutes les réclamations du conseil municipal l'implacable droit de son monopole; essayant d'arrêter, à coups de procès, tous les efforts tentés par Paris pour briser sa chaîne (tramways dit de pénétration, métropolitain) et ne se décidant enfin à quelques innovations, proclamées bruyamment à grands renforts de néologismes, qu'au jour où l'expiration prochaine de sa concession la réveille enfin d'une torpeur qu'on croyait sans remède. On pourrait, non pas lui comparer (elle est incomparable), mais citer avec elle les compagnies des eaux de Londres, objets de tant de réclamations, causes, tous les étés, de dangereuses « water famines » ou disettes d'eau, et qui déterminaient, lors de l'enquête faite en 1900 à leur sujet, cette constation du rapporteur : « Les directeurs des compagnies ayant le double devoir de veiller d'un côté aux intérêts des actionnaires, de l'autre à ceux des consommateurs, sont dans une situation difficile, dont ces derniers supportent les conséquences ; tandis que, si l'autorité publique possédait l'entreprise, elle n'aurait à s'occuper que de satisfaire aux exigences des consommateurs. »

Nous n'aurons pas d'autre conclusion. Mais il nous faut répéter que nous ne prétendons pas avoir épuisé la liste des services dont peut se charger la commune. Il nous resterait à citer bien des tentatives et bien des résultats en des ordres divers, halles et marchés, caisses de crédit, bibliothèques, théâtres ; nous avons voulu nous pn tenir aux œuvres les plus importantes ou les plus coq-

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testées. Mais nous n'oublions pas les autres, a Ainsi, dit M. Chamberlain, la municipalité, avec son activité coopérative mise au service de tous les citoyens sans exception, doit pourvoir à ce que les pauvres jouissent de façon collective de toutes les satisfactions que leur richesse strictement personnelle assure aux riches : parcs et maisons de campagne, bibliothèques, pinacothèques, musées, mais avant tout aqueduc, éclairage général, tramways (ce landau du peuple), hygiène, alimentation à bon marché et ainsi de suite, sans qu'il y ait lieu de fixer des bornes à ce développement indéfini. » En souscrivant à ces paroles du célèbre impérialiste, ajoutons seulement que, là où il ne veut voir qu'une atténuation aux inégalités présentes, nous voyons une première étape vers la cité socialiste, faite d'égalité profonde et de justice.

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