‹ Le socialisme à l'œuvreChapitre 25 sur 56 · P. VioUet, Histoire du Droit civile et la note page · texte numérisé non relu

P. VioUet, Histoire du Droit civile et la note page

aurait pour objet d'absorber la rente foncière et de rétablir entre les détenteurs de parcelles inégalement fertiles Tégalité économique. On pourra trouver que Proudhon, après les physiocrates, veut demander' à la terre plus que, dans Tétat actuel de la production, elle ne peut lui donner, et qu'il n'est pas juste de la charger seule du poids des dépenses publiques. Mais l'idée est juste de rétablir au moyen de l'impôt, là où elle est détruite par les conditions naturelles, l'égalité des forces entre les producteurs. La distinction que fait notre cadastre entre les terres bonnes, moyennes ou mauvaise en est une première application. Mais elle ressemble à une évaluation scientifique comme les signalements de permis de chasse ressemblent à l'anthropométrie. Plus de précision, c'est-à-dire plus de justice, voilà ce que nous voulons. Le paysan, qui n'est point parmi les favorisés, y gagnera.

Nous pouvons donc conclure : nous ne prendrons rien au paysan. Que voulons-nous à présent lui donner ?

Les principes que nous rappelions plus haut : réaliser la justice, accroître la productivité, nous dictent notre solution. Nous voulons débarrasser le paysan de ceux qui, sans travail, lui ravissent une part de son produit. Nous condamnons toutes ces formes traditionnelles de contrats agricoles, fermages, métayages, etc., qui perpétuent plus ou moins complètement, à son détriment, le parasitisme féodal. Nous n'admettons pas, sur la petite exploitation, d'autre maître, sauf l'Etat, que l'exploitant. Et, d'autre part, nous voulons que cette petite exploitation, suffisante pour assurer au paysan et à sa famille une vie d'homme libre, soit suffisante aussi pour qu'il puisse y accomplir, dans les meilleures conditions possibles, sa fonction de producteur. Déchéance

des propriétaires non exploitants, suppression de la propriété parcellaire, ces deux points résument l'essentiel de notre programme.

En vérité, nous craignons fort qu'en formulant cette double revendication, nous ne soyons guère d'accord avec les hommes que nous entendons tous les jours se proclamer les ar,dents, les seuls défenseurs du petit paysan. Hommes d'État conservateurs, grands propriétaires fonciers, nous voulons croire qu'ils désirent sincèrement améliorer le sort de leurs humbles voisins de campagne. Mais qu'ils n'aient pas d'autre pensée, qu'il ne se joigne à leur sympathie bruyante nul souci plus personnel, c'est ce dont leur attitude ici permettra peut-être de juger. Nous ne disons rien de leurs préoccupations politiques ou religieuses. Mais, au strict point de vue de leurs intérêts matériels, ce qu'ils désirent surtout, ce sont des fermiers fidèles, de bons ouvriers, pour leurs terres. De là les tendresses particulières que l'un des plus éminents d'entre eux^ témoignait à « une race agricole admirable de courage et de ténacité, celle du petit journalier propriétaire, de cet ouvrier infatigable qui loue ses bras au riche propriétaire ou au grand fermier et qui trouve en môme temps le moyen de faire marcher une petite culture, grâce à laquelle ilpeutnourrir et entretenir sa famille». L'ouvrier à bon marché, grâce à la petite exploitation annexe, insuffisante pour le faire vivre, nécessaire pour compléter un trop maigre salaire, nous connaissons cette conception, qui n'est pas non plus ignorée de nos grands industriels. Mais nous désirons, nous, que le paysan puisse vivre de sa terre, que sa terre lui assure l'indépendance, qu'elle

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