Gatti, op. cit., p
Nous en verrions un autre, plus caractéristique, dans les tentatives faites pour aménager en portions divises certains terrains communaux, l'exploitation de chaque portion restant individuelle, mais renforcée par l'association, et contrôlée de plus par l'autorité communale.
En résumé, nous pouvons dire que l'exploitation agricole, à strictement parler, n'a guère pris jusqu'à ce jour la forme coopérative. C'est ailleurs, dans les propriétés communales et nationales, qu'on trouverait les formes les plus anciennes d'exploitation collective, les formes aujourd'hui encore les plus justifiées, c'est-à-dire les plus fécondes.
Les communaux d'abord. C'est un sujet qui a toujours préoccupé les écrivains socialistes. Et ce n'est pas seulement parce qu'ils voyaient là un traditionnel exemple de propriété sociale ; il n'est pas douteux que la disparition ou l'amoindrissement, dans beaucoup d'endroits, des terrains communaux, favorisée par les doctrines de l'économie politique classique, c'est-à-dire par les hommes d'État qu'elles inspiraient, n'est pas allée sans de graves inconvénients pour les plus humbles des habitants des campagnes. Ceux-ci ne se trouvaientils pas expropriés, tout d'un coup, et sans indemnité, de ces antiques droits de cueillette, d'affouage ou de vaine pâture, qui constituaient une ressource importante dans leur budget de miséreux. Vandervelde, en particulier, a clairement montré que c'était là Tune des causes de cet « exode rural » qui inquiète aujourd'hui à peu près tous les partis.
Nous ne saurions négliger ce côté de la question. Cependant les considérations de ce genre ne peuvent suffire pour nous faire opter en faveur du maintien, du développement ou du rétablissement des communaux.
238 LE PROBLÂME ÉCONOMIQUE
Encore faut-il savoir si ce mode d'exploitation est adapté aux conditions d'une productivité supérieure. S'il ne Test pas, nous nous déciderons pour le morcellement des communaux, ou tout au moins pour leur aménagement en portions divises. Il restera, dans ce cas, à prendre des précautions pour parer aux inconvénients que nous venons de signaler. On pourra affecter, par exemple, à des œuvres de solidarité sociale, secours aux malades ou aux vieillards, prêt gratuit de machines, dons d'engrais, etc. , les sommes recueillies par la location de fragments du domaine communal. On s'attachera surtout à profiter du morcellement reconnu désirable, pour attribuer aux plus pauvres des habitants le « bien de famille » qui leur manque, au lieu qu'une telle opération produise, comme aujourd'hui, un accroissement de richesse pour les riches, de misère pour les misérables. Bref, on s'attachera ^a sauvegarder la justice en même temps que l'économie. Mais celle-ci ne doit jamais être sacrifiée.
Quelle est donc la valeur économique des communaux? Ici, comme toujours, il faut distinguer suivant la nature du terrain et la situation géographique, c'est-àdire suivant le mode de culture possible.
Si le terrain peut être utilisé comme terre arable, pour la culture des céréales, ou, à plus forte raison, pour la culture maraîchère, il est certain que le maintien du sol en pâquis communaux est condamné par l'expérience. « La propriété cçmmune du sol dans les sociétés territoriales du moyen âge, dit un juge peu suspect, M. Kautsky ^ résultait des nécessités d'un genre d'ex-
1. Kautsky, la Politique agraire du parti socialiste^ trad. franc., p. 46.
ploitation aujourd'hui tout à fait suranné. On n'a pu se débarrasser de ce genre d'exploitation qu'en renonçant à cette propriété commune qui lui correspondait. Là où se sont conservés les allmend ^ ou d'autres vestiges de communauté territoriale, ils sont, en général, encore des obstacles au progrès de l'agriculture. Ils ne peuvent se justifier économiquement que dans des cas exceptionnels, dans lès Alpes suisses, par exemple, que l'agriculture ne peut utiliser qu'en pâturages ; les faire revivre et leur donner de l'extension serait folie, si l'on voulait retourner en même temps à l'ancien mode d'exploitation, au système des trois assolements avec le pâturage dans les prés communs ou les forêts communales. »
Nous pourrions faire des réserves sur tel ou tel terme de celte déclaration. Dans l'ensemble elle est exacte. Le terrain communal n'a des chances de survivre, comme correspondant aux conditions économiques de l'exploitation, que dans les pays de pâturage, là où les grands troupeaux déambulent sous la conduite du pâtre communal, par les monts et les coteaux. Dans ces régions, la commune pourra même prendre l'initiative de toutes les mesures qui peuvent améliorer les races animales (achats de bons reproducteurs par exemple), et faire tous les travaux (pour la plupart intermittents et tenant plus du caractère des travaux publics que de la culture : drainage ou irrigation, consolidation du terrain, construction de bâtiments ou de chemins, etc.), que pourra nécessiter l'aménagement des terrains communaux. Mais, encore une fois, ce mode d'exploitation reste un cas particulier.
C'est aux communes au contraire qu'il faudra le