CHAPITRE VI LA SOCIALISATION GÉNÉRALE DE LA PROPRIÉTÉ
§ 1. — Socialisations partielles ET socialisation gbnbralb.
Nous nous sommes occupés, dans les chapitres précédents, des possibilités qui existent de procéder à des socialisations partielles de la production. Contre Tidée même des socialisations partielles, des objections ont été faites ; mais il est facile de les lever.
On a dit, par exemple, qu'un producteur qui aurait la perspective d'être dépossédé des moyens de production qu'il met en œuvre laisserait péricliter son entreprise. Mais si ce producteur doit recevoir une indemnité, même réduite, le jour où il sera exproprié, son intérêt évident est que son entreprise soit aussi prospère que possible ce jour-là.
On a dit aussi que les producteurs menacés d'expropriation transporteraient leurs entreprises à l'étranger. Mais il est des entreprises qu'on ne saurait en aucune façon transporter : les entreprises agricoles notamment. Et dans toutes les industries une part plus ou moins importante du capital fixe — la plus grande part, en général — est attachée au sol : qu'on pense aux usines, aux fabriques, aux installations de toutes sortes, aux routes et aux chemins de fer que les industriels sont obligés de construire ou d'établir.
Pour le reste, les producteurs ne songeront guère à partir pour l'étranger s'ils sont assurés de recevoir, quand on les expropriera, la valeur complète de leurs moyens de production.
On le voit, l'examen des objections qui ont été adressées à l'idée des socialisations partielles nous conduit, dans beaucoup de cas tout au moins, à regarder comme nécessaire l'indemnisation, et même l'indemnisation complète, des particuliers qui seront expropriés par ces socialisations. Et par là se trouve corroborée la conclusion où d'autres considérations nous avaient conduits déjà\ à savoir que les socialisations partielles, pour la plupart, ne sont possibles qu'accompagnées d'une socialisation générale — mais progressive — de la propriété.
Cette conception, cependant, n'est pas courante. Et non seulement les auteurs socialistes n'établissent pas entre les socialisations partielles et cette socialisation générale qui se ferait progressivement le lien qui nous paraît devoir les unir, mais il n'ont même pas imaginé, pour la plupart, que les deux choses pussent aller simultanément. 11 y a des socialistes, aujourd'hui encore, qui croient qu'un moment viendra où, par on ne sait quelle fatalité, le régime capitaliste s'écroulera pour être remplacé tout soudain par le régime socialiste ; il y en a qui réclament, du moins, une abolition à la fois totale et instantanée de la propriété individuelle des moyens de production. Ceux qui sont assez clairvoyants pour ne pas regarder comme réalisable cette subversion complète et soudaine de l'organisation sociale présente, ceux, encore, qui sont assez sages pour ne pas la regarder comme désirable, ceux-là, à l'ordinaire, demandent la