‹ Le socialisme agraire; ou, Le collectivisme et l'évolution agricoleChapitre 11 sur 96 · IO · texte numérisé non relu

IO

Ensemble

On voit que si les grandes propriétés sont plus endettées que les petites ou les moyennes, Ces demie-

ç8 LB SOCIAUSME AGRAIRE

rcs, cependant, supportent aussi de lourdes charges : les deux tiers des paysans ont des créanciers hypothécaires ; 15 à 20 0/0 d'entre eux sont grevés pour plus de la moitié.

Encore faut-il ajouter à ces charges hypothécaires les charges personnelles qui, dans la catégorie des petits propriétaires surtout, sont très considérables.

Aussi comprend-on les appréciations pessimistes des auteurs français, sur la situation de la propriété foncière en Allemagne.

Voici, par exemple, ce que dit Souchon, dans un récent ouvrage :

« En Allemagne, bien plus encore qu'en France, les propriétaires de tous ordres souffrent de l'endettement. Le fermage y est beaucoup moins répandu que chez nous et les nécessités de vendre les produits agricoles pour acquitter le loyer des terres sont moins grandes qu'en France, mais c'est là un avantage largement compensé par la nécessité de payer les arrérages de dettes. Il s'ensuit que de grandes quantités de céréales se trouvent jetées sur le marché dans le mois de septembre et d'octobre (1). »

De même Blondel, dans ses Études sur les populations rurales de l'Allemagne (2), après avoir montré

1. Souchon, Les Cartels de l 'agriculture en Allemagne, p. 48.

les conséquences fâcheuses des spéculations sur les céréales, ajoute :

« Il est encore une cause, plus inquiétante et plus difficile à foire disparaître, du malaise dont souffrent les populations rurales : c'est le formidable endettement qui pèse sur elles. Nous en avons plusieurs fois signalé l'importance ; nous n'avons malheureusement pu nous renseigner que d'une façon approximative sur cet endettement déjà ancien, mais qui s'est accentué depuis dix ans; la grande enquête entreprise par le Vereinjiïr social politik a amené de sérieuses révélations et plusieurs orateurs qui ont pris la parole à la Conférence agraire de Berlin ont donné, pour les régions qu'ils habitent et qu'ils connaissent bien de précieuses révélations.

« C'est surtout dans la région de l'Est que l'endettement est inquiétant. Dans les cercles de Bublitz, de Neustettin, de Rummelsburg, de Colberg, de Lauenburg, les dettes contractées par les propriétaires ruraux représentent 62, 67, 69, 70, et 72 0/0 de la valeur du sol.

« La cause la plus fréquente des dettes hypothécaires est l'inscription des créances des cohéritiers. Viennent ensuite les sommes restées dues lors d'achat d'immeubles. Les dettes provenant d'emprunts ayant pour but des constructions ou des améliorations du sol sont moins fréquentes, mais les mauvaises récoltes contribuent souvent à engendrer des dettes hypothécaires. »

Assurément, ces dettes ne sont pas toujours l'indice d'une situation mauvaise.

Dans un pays où l'agriculture progresse, l'emprunt hypothécaire peut être, pour les paysans, un moyen de parvenir à la propriété, d'arrondir ou d'améliorer ce qu'ils possèdent.

Mais, en général, les petits cultivateurs, qui empruntent pour acheter de la terre, ont « les yeux plus grands que le ventre ». Possédés par le démon de la propriété, ils assument, vis-à-vis des vendeurs, ou de leurs cohéritiers, des engagements trop lourds. Et, en tous cas, aussi longtemps que la créance hypothécaire subsiste, et dans la mesure où elle grève leur domaine, ils travaillent, du moins en partie, pour le compte d'autrui.

III. — La régression du faire valoir direct. — Quoi qu'en puisse dire David, c'est un phénomène absolument général que la régression du faire valoir direct, dans les pays qui passent de l'état agricole à l'état industriel.

On sait qu'en Angleterre, la propriété paysanne a presque complètement disparu, absorbée par les grands domaines.

Sur cent exploitations agricoles de la Grande-Bretagne on compte :

Terres cultivées exclusivement par les propriétaires 1 1 ,73

Baux à ferme 84,48

LE SOCIALISME AGRAIRE 6l

Terres en partie cultivées par le propriétaire, en partie données à ferme 3,79

100,00 Et la proportion par cent acres est de :

Terres cultivées par les propriétaires 14,24

Terres affermées 85,76

En Allemagne, par contre, l'exploitation directe l'emporte encore, de beaucoup, sur l'exploitation indirecte.

D'après le recensement de 1895, les terres exploitées par les propriétaires représentaient 86, 1 1 0/0, les terres affermées 12,38 0/0, les autres formes 1,51 0/0 de la superficie totale du sol (1).

Mais nous avons vu qu'en Allemagne l'expropriation des paysans s'opère surtout par l'accroissement de la dette hypothécaire et, d'autre part, le faire valoir indirect est en progrès :

* La proportion des terres affermées — dit Blondel — par rapport à celles qui sont exploitées par le propriétaire lui-même, paraît actuellement s'accroître. Sous l'influence de la crise agraire on voit se multiplier, surtout dans les régions industrielles et aux environs des villes, le nombre des parcelles louées à des voisins » (2).

Page 1