Pages libres, 30 mai 1903, p. 471 et suiv
des biens sont couverts d'hypothèques. Chacun de ces trente propriétaires possède bien 10.000 francs ainsi prêtés ; cela représente 300.000 francs de créances hypothécaires et chirographaires pesant sur la propriété dont la valeur n'excède pas 700.000 francs.
Les petits exploitants ainsi chargés ne peuvent vivre du seul produit de leurs biens ; ils prennent généralement à moitié des vignes à faire, soit aux grands, soit aux moyens propriétaires. »
Cette situation se modifiera-t-elle, dans l'avenir, à l'avantage des petits ? Parviendront-ils à se libérer des charges qui les grèvent? l'endettement n'aura-t-il été pour eux qu'une étape vers l'affranchissement ? Aura-t-il au contraire pour effets de les rejeter, plus ou moins rapidement, dans le prolétariat?
Pour répondre à ces questions, il faudrait être sur place et rechercher quelles sont, en viticulture, les chances d'avenir des petites exploitations.
Ce qui est certain, en tous cas, c'est que les progrès delà petite propriété, constatés à Ceyzériat, depuis la crise phylloxérique, sont bien loin de se retrouver dans toutes les localités de la même région.
Il nous suffira, pour l'établir, de citer ces quelques lignes, d'une autre monographie, d'Adrien Berget, intitulée : Note sur un chef-lieu de canton au pied du Jura :
« De soixante ménages de vignerons qui jadis vivaient dans le. pays, il n'en reste pas cinq. Ce n'est pas le phylloxéra, apparu très tard, qui a ruiné ce
vignoble et amené sa réduction à 50 hectares (au lieu de 350), pour la plupart à la veille de l'abandon. C'est la mauvaise culture, le non rajeunissement des vignes, la disparition de la main-d'œuvre capable et l'abandon de la terre par les jeunes gens... La population est tombée en quarante ans de plus de 1 .800 habitants aux environs de 1.300. Un détail inouï suffit pour caractériser la décrépitude de l'agriculture locale : la plupart des cultivateurs ont l'habitude de vendre leur fumier à ceux des pays voisins. Aussi la terre baissc-t-elle chaque jour de valeur, à mesure que montent les hypothèques qui couvrent le plus grand nombre de ses parcelles (1). »
On voit que les mêmes causes peuvent produire, selon les endroits, des effets très différents. Ici la propriété paysanne tend à disparaître. Là, au contraire, elle se développe aux dépens de la propriété bourgeoise. Et, somme toute, s'il est certain que dans l'ensemble le faire valoir direct recule, nous constatons que cette évolution régressive se fait avec lenteur et que, dans certains cas, la propriété paysanne gagne du terrain au lieu d'en perdre.
Néanmoins, dans les pays même où les paysans propriétaires sont les plus nombreux, ils ne représentent qu'une minorité relativement faible de la population agricole et ne cultivant qu'une minime portion du territoire agricole. La grande majorité des agricul-