‹ Le socialisme agraire; ou, Le collectivisme et l'évolution agricoleChapitre 2 sur 96 · LA TRANSFORMATION CAPITALISTE DE L'AGRICULTURE · texte numérisé non relu

LA TRANSFORMATION CAPITALISTE DE L'AGRICULTURE

Section I

L'évolution agricole

Dans tous les pays, la population agricole se compose, en majeure partie, de pauvres gens. Les uns, journaliers ou valets de ferme, ne possèdent guère que leurs dix doigts. D'autres, petits fermiers ou métayers, sont exploités par les propriétaires du sol plus durement parfois que les salariés. D'autres, enfin, sont propriétaires de la parcelle qu'ils cultivent, mais cette parcelle est trop petite pour leur procurer de quoi vivre sans se livrer à d'autres occupations.

Que les travailleurs de ces diverses catégories soient bien plus nombreux que les gros fermiers, les moyens propriétaires, les paysans qui jouissent d'une certaine aisance, c'est ce qui résulte de tous les recensements agricoles.

En Angleterre, par exemple, d'après le Census de 1901, il y avait près de huit cent mille salariés contre environ deux cent mille fermiers, et encore un grand nombre de ces derniers étaient-ils des cultivateurs parcellaires, peu différents des prolétaires proprement dits(i).

En France, d'après le Recensement général de la Population, du 24 mars 1901 (2), les travailleurs agricoles proprement dits (abstraction faite des femmes mariées), se répartissaient comme suit :

Chefs d'exploitation 3.229.000

Salariés 3.570.000

Seulement, parmi ces 3.229.000 chefs d'exploitation, il y avait 1.096.000 travailleurs isolés, et, d'autre part, plus d'un million de cultivateurs parcellaires qui sont de véritables pauvres, travaillant plus dur et vivant plus mal que des ouvriers (3).

On peut donc admettre que, même en France, le pays classique de la petite propriété, sur six agriculteurs il y en a cinq qui se trouvent dans une condition très voisine de la pauvreté.

Mais, il y a beaucoup de pauvres gens dans les

1. Census of England and Wales içoi (63 Vict. c. 4). p. 190. London, 1903.

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