‹ Le socialisme agraire; ou, Le collectivisme et l'évolution agricoleChapitre 3 sur 96 · Tome IV, p. 131. Paris. Imprimerie nationale · texte numérisé non relu

Tome IV, p. 131. Paris. Imprimerie nationale

3. D'après le recensement de 1901, sur 2.076.000 établissements de la Section 2 (Forêts et Agriculture),

00 n'employaient aucun ouvrier, 1.233.548 de 1 à 4 et 8.670 seulement, 3 ouvriers et plus (Inconnus 242).

campagnes, ce n'est pas une raison pour conclure que le socialisme a les mêmes raisons d'être dans l'agriculture que dans l'industrie.

Pour que les travailleurs songent à substituer la propriété collective à la propriété privée, il faut un ensemble de conditions que, seul, le développement du régime capitaliste tend à faire naître : la production pour l'usage personnel ou familial doit faire place à la production de marchandises pour l'échange ou pour la vente ; la propriété des moyens de travail doit appartenir à d'autres que les producteurs ; de plus ces derniers doivent être amenés à reconnaître qu'il leur est impossible d'acquérir la propriété individuelle de leurs moyens de production et que, par conséquent, le seul moyen de mettre fin à leur exploitation par la propriété capitaliste, c'est de la transformer en propriété collective.

Ces conditions se trouvent dès à présent réunies dans les principales branches de l'industrie.

Par définition, en effet, les travailleurs industriels, même lorsqu'ils ne vendent pas leur force de travail à des capitalistes, sont obligés, pour vivre, detransformer leurs produits en marchandises : un homme qui ne fait que des souliers, de la toile ou des habits, doit nécessairement les vendre ou les échanger, pour se procurer des moyens de subsistance.

D'autre part, dans presque toutes les branches de la production, les artisans « soudés à leur instrument de travail comme l'escargot à sa coquille », tendent à

disparaître, par suite de l'extension des marchés, devant l'industrie à domicile ou l'industrie de fabrique.

Enfin, les travailleurs de l'industrie doivent, de plus en plus, renoncer à l'espoir de devenir propriétaires de leurs moyens de travail, autrement que sous forme de propriété collective. De plus en plus, la nécessité de la production par masses détermine la concentration des capitaux, et à l'autre pôle social, la concentration des forces ouvrières.

C'est ce que reconnaît, par exemple, un des rapporteurs de l'enquête belge sur les Industries à domicile, Dubois, dans la monographie où il analyse les conditions respectives des tisserands à la main et des tisserands mécaniques de l'industrie linière des Flandres :

« Ni pour les uns, ni pour les autres — dit-il — il n'y a chance, aujourd'hui, de s'élever au patronat. Tisserands à la main et tisserands mécaniques sont, en réalité, d'anciens patrons déchus, privés de leur indépendance par l'envahissement du capitalisme et pour lesquels il n'est plus possible, au moins individuellement, de remonter la pente. »(i).

On retrouve la même situation, plus ou moins nette, dans la plupart des branches de l'industrie.

Mais en est-il de même pour l'agriculture ? Les conditions préalables d'un mouvement socialiste

i. Les industries à domicile en Belgique. Publications de l'Office du travail.

existent-elles, ou sont-elles en voie de se réaliser dans le domaine agricole ?

Pour répondre à ces questions nous examinerons successivement les trois points suivants :

r En agriculture comme en industrie, la production pour l'usage domestique tend-elle à être remplacée par la production de marchandises ?

2° En agriculture comme en industrie, la propriété tend-elle à se séparer du travail ?

y En agriculture comme en industrie, la petite production tend-elle à disparaître devant la grande ?

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