Recensement de la population, 1901. Introduction
C'est le cas, par exemple, pour les départements viticoles du Languedoc.
« Quand on prend la statistique des départements — dit Auge Laribé (i) — on s'aperçoit que dans les régions où se développe l'agriculture industrielle, le nombre des ouvriers augmente aux dépens des régions de petite culture paysanne. Le cas est très net pour le Midi. De 1882 à 1892 l'Aude gagne 955 journaliers, le Gard 1.432, l'Hérault 5.319. Or les ouvriers des vignobles méridionaux viennent, sans compter les étrangers, de l'Aveyron, de la Lozère et du Tarn. On voit, en effet, l'Aveyron perdre 3.075 journaliers, la Lozère 1 .875 et le Tarn 4.63 1 . »
D'autre part, dans les régions où le nombre des ouvriers agricoles a diminué, cette diminution ne s'explique pas toujours par un recul de l'agriculture capitalisé. Elle peut trouver son explication, en effet, dans la substitution du travail des machines au travail humain, et dans l'emploi, de plus en plus fréquent, d'ouvriers étrangers, à l'époque de la fenaison, de la moisson ou de l'arrachage des betteraves.
Mais, ces réserves faites, il n'en reste pas moins que dans tous les pays en voie d'industrialisation, le développement de l'élevage intensif, de la production du lait, du beurre, des fruits, des légumes, aux
1. A. Laribé. « Socialisme scientifique et agriculture. Pages libres », 30 mai 1903, p. 467.
dépens des terres à blé, provoque le morcellement d'Un certain nombre de fermes et leur remplacement par de petites exploitations, louées à des cultivateurs qui n'emploient pas, ou n'emploient guère, de salariés.
C'est ce que Lonay constate, en ces termes, dans son Etude sur l'avenir de l'industrie des champs en Belgique (i) :
«... Si la concentration industrielle due au progrès technique — dit-il — a eu pour effet de multiplier dans des proportions considérables la classe des travailleurs salariés et de donner naissance à ce qu'on a appelé la question sociale, la concentration de la propriété foncière, accompagnée du morcellement des cultures, a eu pour effet de réduire plutôt le nombre des salariés agricoles proprement dits, mais d'augmenter la classe de ce que nous pouvons appeler les travailleurs à forfait de l'agriculture.
« Bien de belles propriétés rurales sont réparties ainsi entre une infinité de petits locataires, que l'on peut comparer aussi aux travailleurs à domicile de certaines industries. Mais, au lieu de travailler à façon, comme ceux-ci, ils gardent à leur charge tous les aléas de leur labeur, réalisant eux-mêmes leur fabricat et mettant leur patron directement en possession de son bénéfice. »
Bref, ces petits cultivateurs locataires ressemblent