‹ Le socialisme agraire; ou, Le collectivisme et l'évolution agricoleChapitre 26 sur 96 · FIour de Saint-Genis. La propriété rurale, p · texte numérisé non relu

FIour de Saint-Genis. La propriété rurale, p

pouvez acheter dans de bonnes conditions ; si vous voulez vous étendre, on vous tient la dragée haute et les obstacles se multiplient de tous côtés. »

C'est à raison de cette difficulté d'acquérir que dans le Languedoc, où il existe une tendance à la concentration des cultures, la plupart des grands domaines viticoles, cependant, se constituent sur des terres neuves par la transformation en vignobles, soit de pâturages de faible valeur, soit de sables du littoral, soit des terrains salés qui bordent les étangs.

Par contre «... les domaines qui se sont formés sur les territoires déjà occupés sont très peu nombreux et l'exemple du domaine de Guillemain, près de Montpellier, montre combien il est difficile de réaliser une opération de concentration foncière. Le propriétaire avait acquis en 1881 une surface de 180 hectares qu'il voulait augmenter. Mais il était entouré de petites propriétés paysannes, dont les prix furent naturellement élevés. Il aurait dû renoncer à les acquérir, s'il ne s'était avisé d'acheter à des prix normaux une quantité de terres voisines du village, qu'il put, par la suite, échanger contre les parcelles qu'il désirait. Il est très probable que s'il n'avait pas utilisé ce procédé ingénieux, il n'aurait pu parvenir à agrandir son exploitation. Les quelques propriétaires qui se sont laissé entraîner à accepter les prétentions de leurs voisins ont regretté leur imprudence ; les grandes exploitations constituées dans un but corn-

mercial ne peuvent payer le prix qu'atteignent les petites parcelles » (i).

Ces considérations, et d'autres du même genre, suffiraient à expliquer, au moins en partie, pourquoi de petites cultures, techniquement inférieures aux grandes, se maintiennent dans certaines régions, contre la concurrence de celles-ci. Mais elles n'expliquent point que, dans d'autres régions, où les conditions naturelles et sociales sont différentes, la grande culture recule et le morcellement tend à prévaloir, au lieu de la concentration que l'on prévoyait naguère.

C'est ici qu'interviennent les facteurs nouveaux, dont les plus importants sont : la concurrence des pays neufs, qui a provoqué la crise agricole ; l'attraction de l'industrie qui favorise l'exode rural et raréfie la main-d'œuvre dont les fermiers ont besoin ; les inconvénients inhérents à l'exploitation capitaliste et au salariat, qui peuvent neutraliser plus ou moins complètement les avantages techniques de la grande culture.

I. — La crise agricole. — Il y a trente ou quarante ans, les socialistes qui prédisaient l'expropriation prochaine des paysans propriétaires par la grande culture capitaliste insistaient beaucoup sur le rôle que les machines devaient jouer dans cette transformation de la propriété et du faire-valoir.

1 . Auge Laribé. La viticulture industrielle dans le Midi de la France. Paris, Giard et Brière, 1906.

Licbknccht disait, par exemple, dans le discours qu'il fit à Mcran, en 1870 :

« Partout où, ni le système des parcelles, ni la grande propriété ne sont arrivés à leur plein développement, et où une classe de paysans, relativement prospère, s'est maintenue, cette dernière est vouée à la disparution par les lois inéluctables de la production moderne, par des lois dont les conséquences fâcheuses ne peuvent être éliminées qu'en même temps que leur cause, c'est-à-dire en même temps que le mode de production actuel. Son arrêt de mort est prononcé et les palliatifs que l'on invoque ne peuvent, au plus, avoir pour effet que de prolonger douloureusement son agonie. Il n'y a pas de moyens efficaces d'empêcher sa disparition (1).

« La charrue à vapeur révolutionnera l'agriculture comme le métier à vapeur et le métier à filer ont révolutionné l'industrie — elle anéantit la petite production. »

Nous pouvons juger, maintenant, de la valeur de ces prophéties. La charrue à vapeur, qui devait jouer le même rôle que le métier à vapeur dans l'industrie, n'est guère employée que dans les très grandes exploitations ; et, s'il est vrai que le machinisme a révolutionné l'agriculture, les conséquences de cette révolution sont bien différentes de celles que prévoyait Licbknccht.

1. Publié en 1874, sous le titre : Zùr Grand und Bodenfrage, p. 140.

En effet, l'introduction des machines dans l'agriculture a eu bien moins pour effet de donner un avantage à la grande culture sur la petite, dans nos pays, que de rendre possible la concurrence des pays neufs, la constitution du marché mondial et de déterminer, en Europe, le fléchissement des prix et la crise agricole.

C'est ce que montre fort bien Lonay, dans son intéressante étude : La mécanique agricole dans ses rapports avec l'expansion économique mondiale (i).

Certes, sans les chemins de fer et les transatlantiques — qui sont le complément nécessaire du machinisme agricole, — il n'eût pas été possible de faire arriver, dans des conditions avantageuses, le blé des Etats-Unis, de l'Inde ou de l'Argentine sur les marchés d'Europe.

Mais les chemins de fer et les transatlantiques n'eussent pas suffi à eux seuls pour que le commerce international des céréales se développe comme il l'afait depuis quarante ans.

« Qu'est-ce qui permit à l'Amérique — dit Lonay — d'accroître sa culture et d'inonder ainsi brusque ment l'Europe de ses grains, jetant la panique parmi nos cultivateurs ?

« Ce fut la mécanique, l'invention de la moissonneuse-lieuse, rendant possible l'extension de la cul-

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