‹ Le socialisme agraire; ou, Le collectivisme et l'évolution agricoleChapitre 35 sur 96 · Souchon. L-a propriété paysanne, p · texte numérisé non relu

Souchon. L-a propriété paysanne, p

mais la grande majorité d'entre eux ne cultive que d'insignifiantes parcelles et, tous ensemble, ils ne possèdent qu'une faible partie du territoire.

C'est déjà ce que faisait observer Baudrillard dans son enquête sur les populations agricoles de la France :

On ne doit pas oublier — disait-il — que la prépondérance de la petite propriété s'entend, presque toujours, du nombre des propriétaires et non des hectares possédés. La majeure partie, et de beaucoup, du sol français, appartient à la grande propriété et à la moyenne, tellement qu'on a pu faire ce calcul que. sur 50 millions d'hectares, le paysan qui fait valoir son fonds ne possède que 4 millions. »

Gardons-nous d'exagérer, cependant, la faiblesse relative de la propriété paysanne.

Alors même que l'on fait abstraction de la multitude des cultivateurs de parcelles, les paysans propriétaires, dans des pays comme la France ou comme l'Allemagne, n'en représentent pas moins une portion importante de la population agricole. Aussi ne faut-il pas s'étonner que les plans de socialisation du sol, qui rencontrent grand accueil dans les pays de latifundia, restent purement théoriques, jusqu'à présent, dans les pays de propriété morcellée.

S'il en est ainsi pour la propriété foncière, à plus

1. Baudrillard. Les populations agricoles de la France, II, p. 197.

forte raison doit-il en être de même pour ce qui concerne la socialisation des moyens de travail, autres que le sol.

Nulle part, en effet, nous ne trouvons en agriculture, quoi que ce soit de comparable à la concentration grandiose des entreprises industrielles.

C'est, au contraire, un des phénomènes les plus caractéristiques de l'évolution agricole, depuis une quarantaine d'années que, dans les pays précisément où le capitalisme industriel est le plus développé, les grandes fermes, employant un nombre plus ou moins considérable de salariés, tendent plutôt à diminuer qu'à augmenter en nombre.

Le fait n'est pas contesté. On ne peut même pas dire que l'explication que l'on en donne soit nouvelle. Depuis longtemps déjà, des économistes comme Sering et Anhagen, des socialistes comme Gatti et Herz avaient montré que, dans l'agriculture, les grandes exploitations n'ont pas la supériorité décisive qu'elles ont dans l'industrie. Mais c'est le mérite indéniable de David d'avoir fait un corps de cette démonstration, de l'avoir imposée à l'attention des socialistes et d'avoir clairement expliqué pour quels motifs, inhérents à la nature même de la production, nous n'assistons pas, dans le domaine agricole, à cette absorption des petits par les gros, qui constitue l'un des aspects les plus saisissants de l'évolution des principales industries.

Seulement, de ce que l'évolution agricole et l'évo-

lution industrielle ne suivent pas les mêmes lignes, ce n'est pas une raison pour conclure, comme le fait David, que leurs directions sont diamétralement opposées : dans l'industrie de la petite à la grande production ; dans l'agriculture de la grande à la petite.

Que l'on consulte les statistiques, ou, ce qui vaut mieux, les enquêtes agricoles, et, nulle part, on ne découvrira cette tendance à la généralisation de la petite culture qui existerait, d'après David, dans les pays les plus avancés et qui serait, à la fois, un aboutissement nécessaire et un fait digne d'encouragement.

Ce que nous voyonsdans tous les pays, c'est, d'une part, la stagnation relative des formes anciennes de la propriété et de la culture, dans les régions écartées et. d'autre part, .dans les régions où l'influence du capitalisme se fait sentir, l'essor simultané des trois formes suivantes d'exploitation :

i° De grandes fermes capitalistes, outillées et dirigées comme des entreprises industrielles et mettant en œuvre tous les perfectionnements de la technique moderne ;

2° Des exploitations, plus ou moins étendues, selon les régions, mais qui ont pour trait caractéristique d'être cultivées par les seuls membres de la famille, sans avoir recours, sauf exceptionnellement, au travail salarié ;

}o D'innombrables parcelles, occupées par des

ouvriers industriels ou agricoles, qui vivent avant tout de leur salaire, mais demandent un supplément de ressources à ces minuscules exploitations.

Il va sans dire que ces parcelles ouvrières n'empêchent pas ceux qui les possèdent, ou qui les louent, d'être des prolétaires. Ce sont des dépendances du ménage plutôt que de véritables exploitations agricoles.

Quant aux exploitations familiales, elles sont, de plus en plus, à mesure que la population croît, que l'industrie se développe, que la valeur vénale du sol augmente, des exploitations par locataires, payant de gros fermages aux propriétaires fonciers.

Enfin, dans les formes capitalistes de l'agriculture nouvelle — que l'on songe par exemple aux compagnies viticoles du Midi de la France — nous trouvons des phénomènes analogues à ceux qui se produisent dans l'industrie et assistons à l'éveil d'un prolétariat socialiste.

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