‹ Le socialisme agraire; ou, Le collectivisme et l'évolution agricoleChapitre 36 sur 96 · SECTION II · texte numérisé non relu

SECTION II

Les Conséquences Sociales de l'Evolution Agricole

On ne saurait contester que les conditions de la propriété et du travail dans l'agriculture se prêtent beaucoup moins que celles de l'industrie au développement du socialisme.

Beaucoup de cultivateurs produisent, avant tout, pour leur consommation personnelle et vivent en quelque sorte repliés sur eux-mêmes, presque sans contact avec le monde capitaliste : c'est à la nature plutôt qu'à la société qu'ils doivent s'en prendre si leurs affaires ne vont pas.

La propriété foncière tend à se divorcer du travail, mais dans les pays comme la France où l'Allemagne, les paysans propriétaires forment encore une armée imposante.

Enfin, dans la plupart des régions agricoles, bien

loin que les grandes exploitations absorbent les petites, le morcellement des cultures tend plutôt à progresser.

Dans ces conditions on ne saurait s'attendre à trouver dans les campagnes des poussées socialistes comparables à celles qui se produisent parmi les travailleurs agglomérés des centres industriels.

Si les partisans du régime actuel de propriété se bornaient à faire cette constatation, personne ne songerait à les contredire. Mais ils vont plus loin. Ils ne se bornent pas à affirmer — ce qui est l'évidence même— qu'actuellement4les populations rurales sont généralement réfractaires au socialisme. Ils prétendent, en outre, qu'elles le seront de plus en plus parce que l'évolution de l'agriculture, au lieu de préparer les voies au socialisme, multipliera, au contraire, les obstacles à son extension.

Les arguments sur lesquels ils se fondent sont les suivants :

D'une part, le nombre des prolétaires agricoles diminue et, sans prolétariat, pas de socialisme. D'autre part, on constate, presque partout, une augmentation du nombre des cotes foncières et du nombre des petites exploitations. Or, la multiplication des propriétaires, ainsi que des cultivateurs autonomes constitue, à la fois, une garantie conservatrice, pour la classe précédente, et une garantie de bien-être pour ceux qui sont et qui deviennent des producteurs indépendants.

Telle est la thèse.

Pour la discuter, nous chercherons, d'abord, quelle est la portée véritable et quelles sont les conséquences sociales de la diminution numérique des salariés agricoles. Nous examinerons ensuite s'il est vrai, comme on le prétend, que la multiplication des cotes foncières et le morcellement des cultures doivent être considérés comme des phénomènes avantageux, tant au point de vue de la société, en général, que des cultivateurs eux-mêmes.

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