Ibt\l.. pp. 20 et suiv. ; spécialité très résumée a la
nés et les luttes qu'elles engendrent ; le propriétaire peut encore tirer un revenu de sa terre, et le travailleur une juste rémunération de sa main-d'œuvre, en même temps que sa qualité d'associé le place dans une situation plus élevée que celle du simple ouvrier salarié ou du domestique à gages. »
Il y aurait certes beaucoup à dire au sujet de ces appréciations, et le tableau que nous fait Guillaumin de la condition du paysan du Bourbonnais ne justifie guère cette apologie du métayage. Mais ce que nous devons en retetenir c'est que dans l'Allier, comme d'ailleurs, dans la Nièvre ou les Landes, les formes pré-capitalistes de la production agricole sont, ou du moins étaient, il y a quelques années, plutôt en progrès qu'en recul. Alors que, dans d'autres régions, la dépression des prix activait la transformation capitaliste de l'agriculture, en d'autres, au contraire, elle déterminait une évolution régressive vers les modes archaïques du faire valoir. Il sera intéressant de rechercher d'ici à quelques années les conséquences.à ce point de vue, de la prospérité renaissante de l'agriculture.
3° Les salaires en nature. — De même que le métayage, la rémunération en nature tend à disparaître dans les régions où l'agriculture subit l'influence du capitalisme.
Alors qu'autrefois, la rémunération en nature, la levée ou le gagnage de la douzième ou treizième ni iv était la règle, presque tous les fermiers aujour^
d'hui paient leurs ouvriers en argent. Il ne reste plus de l'ancien système que les applications partielles comme la nourriture donnée à la ferme ou les menus avantages qui viennent s'ajouter au salaire en espèces.
Encore est-il à noter que l'habitude de nourrir le personnel se restreint de plus en plus dans les pays de culture avancée.
Tandis que, dans des régions comme la Bretagne, on nourrit encore tout ce qui travaille à la ferme, domestiques à l'année et ouvriers proprement dits ou journaliers, dans la région du Nord et de Paris, on ne nourrit plus que les domestiques, charretiers, bouviers, ceux que l'on peut appeler les gens de la ferme; les journaliers et bûcherons reçoivent l'intégralité de leur salaire en argent et la nourriture est alors à leur frais. Des exploitations, de jour en jour plus nombreuses, adoptent ce régime même pour les domestiques. A l'heure du repas de midi et du soir, il y a une sortie du personnel de la ferme, comme il y a une sortie du personnel de l'usine ; les hommes mariés rentrent chez eux; les célibataires gagnent, les uns l'auberge qui prend des pensionnaires, les autres le ménage où ils ont été pris comme logeurs (r).
Il est à peine besoin d'ajouter que les salariés de
i. Hittifr. L'évolution du régime des salaires et Vagri-
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cette agriculture industrielle sont plus enclins à partager les aspirations socialistes du prolétariat de l'industrie que les ouvriers qui, nourris à la ferme, et recevant de leur patron toute une série de petits avantages en nature, se trouvent beaucoup plus sous la dépendance personnelle de celui-ci.
Mais si la tendance est incontestablement à la substitution du salaire argent au salaire en nature, il n'en reste pas moins que des survivances de l'ancien système de rémunération se retrouvent encore dans un très grand nombre d'exploitations agricoles.
En France, par exemple, sur un peu plus de trois millions de salariés agricoles, il y avait, lors du dernier recensement, plus de dix-huit cent mille domestiques de ferme, dont le logement et la nourriture représentaient la majeure partie du salaire annuel.
En Angletere, où le salaire-argent constitue, depuis longtemps, la forme dominante, le rapport de Wilson Fox — Earnings of agricultural labour ers (1905) (i) — décrit, en ces termes, les survivances du salaire en nature:
« Bien que les travailleurs agricoles soient payés pour la plus grande partie en monnaie, la pratique des paiements et des allocations en nature existe dans beaucoup de régions de l'Angleterre, et spécialement dans le Nord, bien que ce système y soit en déclin...
« D'une manière générale, les ouvriers agricoles reçoivent relativement peu d'allocations en nature, sauf des emplacements pour les pommes de terre, et delà bière à l'époque des foins ou de la moisson. Parmi les autres allocations en usage, il faut citer les cottages cédés gratuitement ou moyennant un faible loyer, la nourriture supplémentaire à l'époque de la moisson, la bière quand on bat le blé, le bois pour le chauffage, le prêt des moyens de transport, le lait, et la paille pour les porcs. Dans le Nord et dans certains comités de l'Ouest, les cottages et les transports sont généralement gratuits et, dans quelques comités du dernier groupe, spécialement le Herefordshire, le Somersetshire, et le Devonshire, les ouvriers reçoivent une ration quotidienne de cidre. On donne également de la bière et du cidre, tous les jours, dans certaines parties du Worcestcrshire, du Gloucestershire, du Shropshire et du Staffordshire ».
En somme, malgré la prédominance de l'économie d'argent, les formes anciennes de rémunération, d'exploitation, d'échange et de production, conservent encore dans les campagnes des racines nombreuses et tenaces. Beaucoup d'ouvriers agricoles continuent à recevoir une partie de leur salaire en nature. Le métayage, dans certaines régions, résiste victorieusement aux causes de destruction qui le menacent. Les échanges en nature persistent. La production pour les besoins du ménage, sans division, ou avec une division rudimentaire du travail, reste,
pour un grand nombre de cultivateurs, la forme dominante de l'activité.
Aussi peut-on se demander — et c'est une question capitale pour l'avenir du socialisme agricole — si la division du travail et la production pour l'échange, avec toutes les conséquences sociales qui en résultent, auront jamais en agriculture la même importance et la même portée que dans l'industrie proprement dite?
On sait que dans l'industrie, la division du travail, — condition nécessaire de la production pour l'échange— se présente sous trois formes distinctes :
i° Dans une même entreprise, le travail se divise en un grand nombre d'opérations parcellaires. Exemple : Dans l'industrie horlogère, en Suisse ou aux Etats-Unis, certaines fabriques, employant des centaines d'ouvriers — chacun d'eux faisant toujours la même chose — produisent une montre par minute ;
20 Dans un même pays, ou dans une même région, le travail social se divise en une multitude de métiers distincts. Exemple: Le recensement général de la population en France, du 24 mars 1901, donne la nomenclature alphabétique des industries et professions. Cette nomenclature, qui occupe 53 pages de grand ormat, comprend plus de sept mille spécialités ;
30 Dans l'économie mondiale, le travail se divise entre les pays et les régions, selon que les conditions naturelles et sociales se prêtent, plus ou moins avantageusement, à l'exercice et au développement de
l'une ou de l'autre industrie. Exemple: Sous l'ancien régime, on filait et on tissait dans tous les villages ; aujourd'hui, l'industrie textile se concentre dans quelques régions, les unes pour la laine, d'autres pour le coton, le lin ou la soie.
Il va sans dire que la division du travail, sous cette triple forme, se rencontre également, et de plus en plus, dans l'agriculture.
Mais, sauf pour ce qui concerne la répartition des cultures entre les diverses régions, elle est beaucoup moins développée que dans l'industrie.
Il y a des pays à blé, à vignes, à houblon, comme il y a des pays à fer, à toile ou à houille; mais il n'y a pas d'exploitations agricoles où. les ouvriers se bornent à exécuter une seule opération, toujours la même, et il n'y en a guère où l'on produise une seule chose, à lexclusion de toutes autres.
Certes, à mesure que l'emploi des engrais chimiques, les perfectionnements de l'outillage, l'accroissement du capital agricole permettent dépasser à des systèmes de culture plus libres, nous voyons, de plus en plus, certains cultivateurs s'adonner spécialement à la production du lait, du vin, du fromage, de la viande ou de la laine.
Néanmoins, il en est très peu qui n'ajoutent pas à leur culture principale des cultures accessoires.
Et, de même, s'il est vrai que, dans certaines fermes, les ouvriers sont plus particulièrement affectés à telle ou telle besogne, cette division, par la nature
même des choses, n'est jamais poussée aussi loin que dans l'industrie.
L'ouvrier agricole, en effet, est, par excellence, un homme à tout faire. Pour gagner sa vie, il doit savoir faucher, botteler, charger une voiture, tasser du foin, semer, labourer, fagotter du bois, battre le blé, soigner les bestiaux, conduire les chevaux, et autres choses encore.
Assurément, la plupart de ces opérations se simplifie à mesure que l'emploi des machines se répand. Mais, si perfectionné que puisse être un jour la production agricole, il n'est pas contestable que la division technique, comme la division spécifique du travail y rencontreront toujours plus d'obstacles que dans les professions industrielles.
L'ouvrier de ferme dont les occupations changent nécessairement avec les saisons, depuis les semailles jusqu'à la récolte, ne sera jamais un travailleur parcellaire comme ceux que l'on rencontre dans les fabriques de montres, ou les fabriques d'épingles. Le cultivateur produisant à la fois du blé, des betteraves, des fourrages pour ses bêtes, ne se spécialisera jamais autant que l'industriel qui fabrique quelques.numéros de fil ou quelques types d'aiguilles.
C'est donc, en partie, pour des raisons qui tiennent à la nature même des choses, que la division du travail et la production pour l'échange, sont moins développées dans l'agriculture que dans l'industrie.
Néanmoins, en dépit de ces obstacles, les condi-
tions du travail agricole se rapprochent, de plus en plus, des conditions du travail industriel.
Malgré certaines régressions locales, qui s'expliquent par la crise agricole, et qui cesseront avec elle, l'économie naturelle tend à faire place à l'économie d'argent. Le cultivateur ne vit plus replié sur lui-même. Il participe à l'ensemble de la production capitaliste. Il envoie ses produits sur des marchés de plus en plus distants.
Or, plus il se trouve mêlé au mouvement des échanges, plus il y a chances -pour que, dans les campagnes comme dans les villes, des inégalités naissent, des antagonismes de classe apparaissent et que, de la masse homogène des paysans primitifs, se dégagent, d'une part, des propriétaires et des fermiers capitalistes, d'autre part, des prolétaires industriels et agricoles.