‹ Le socialisme agraire; ou, Le collectivisme et l'évolution agricoleChapitre 50 sur 96 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

En somme, les particularités que présente l'évolution agricole n'ont point la portée que lui attribuent les adversaires du socialisme.

Il est bien vrai que le nombre des salariés agricoles diminue, parce que beaucoup d'entre eux émigrent vers les villes, ou trouvent des emplois dans l'industrie ; mais le prolétariat, dans son ensemble, continue à s'accroître, d'une manière absolue et relativement aux autres classes. Dès à présent, dans tous les pays industriels, les travailleurs qui ne sont pas propriétaires de leurs moyens de production, forment la majorité et, dans certains pays, comme la Saxe, la Belgique, l'Angleterre, la très grande majorité de la population.

D'autre part, nous venons de montrer que, parmi les cultivateurs, il y a une masse énorme de pauvres gens, dont la condition sociale ne diffère pas sensiblement de celle des salariés agricoles.

Un paysan propriétaire de quelques ares, un fermier locataire d'une petite métairie ne sont guère plus assimilables à des capitalistes que les ouvriers

à domicile qui sont propriétaires de leurs instruments de travail.

Certes, la division des propriétés, le morcellement des cultures sont des obstacles, peut-être infranchissables dans l'état actuel des choses, à l'application intégrale des principes collectivistes.

Mais, au point de vue des intérêts à défendre, des revendicationsd'intérêtimmédiatà formulerai n'existe pas de différences essentielles entre les diverses catégories de travailleurs ruraux. Qu'ils aient, ou qu'ils n'aient pas une parcelle de terre, soit en propriété, soit en location, ils se trouvent à peu près dans la même situation vis-à-vis du capital et de la grande propriété foncière. Si bien, qu'en définitive, nous nous trouvons en présence de trois prolétariats au lieu d'un : les ouvriers agricoles, les paysans parcellaires et les petits cultivateurs, métayers ou locataires. Tous, en effet, sous des apparences économiques différentes, présentent ce caractère commun d'être réduits au minimum d'existence et d'être exploités, soit par les fermiers capitalistes ou les propriétaires fonciers, soit par des fabricants de sucre et autres acheteurs de matières premières.

Dans ces conditions, il ne faut point s'étonner que le mouvement syndical ou socialiste, qui commence à se manifester dans les campagnes, s'étende, en beaucoup d'endroits, aux couches inférieures de la petite propriété.

C'est, naturellement, dans les régions d'agriculture

capitaliste qu'ont éclaté les premières grèves et que se sont formés les premiers syndicats.

En Belgique nous ne trouvons guère d'associations d'ouvriers agricoles que dans la zone de grande culture qui s'étend autour de Waremme (Hesbaye) (i).

En Italie, où le socialisme rural est plus développé que partout ailleurs, il y avait, à la fin de 1906,982 syndicats agricoles avec un effectif total de 221.913 membres, dont 182.302 hommes et 39.61 1 femmes. Les plus solides et les plus anciens de ces syndicats avaient leur siège dans la vallée du Pô, où domine la culture intensive et industrielle de la terre, ou bien encore dans les régions de grande culture de la Pouille (2).

En France, la Fédération des travailleurs delà terre se composait, au Ier janvier 1906, de trois groupes : les syndicats des bûcherons, qui travaillent dans les grandes forêts du Cher et de la Nièvre ; la Fédération des travailleurs agricoles du Midi, qui se recrute parmi les ouvriers de la viticulture industrielle (3) et la Fédération horticole de France, qui a des syndicats dans la banlieue des principales villes et, spécialement parmi

1 . Vandervelde . Essais sur la question agraire en Belgique.

2. Mazzoldi. « Le syndicalisme rural en Italie ». Mouvement socialiste, janvier 1907, p. 70.

Bonnet. « L'organisation syndicale chez les bûcherons. » Mouvement socialiste, 1906, 4, p. 273.

3. Augé-Laribe. La viticulture industrielle dans le Midi de la France.

les maraîchers des environs de Paris, de Versailles et d'Orléans (i).

Plus récemment, à la suite des grèves qui eurent lieu dans la Brie, en juin 1906, douze syndicats ont été créés, qui groupent plus de 5.500 adhérents et ont formé la Fédération des syndicats d'ouvriers agricoles du Nord de la France (2).

Ces syndicats Briards se composent uniquement de domestiques de fermes et de journaliersou de tâcherons. Il en est de même des syndicats belges de la Hesbaye, et, dans une moindre mesure, des syndicats de bûcherons et de viticulteurs, qui comptent un certain nombre de petits propriétaires et cultivateurs.

Mais, dans la puissante organisation des travailleurs de la terre italiens, la proportion des paysans propriétaires, locataires ou métayers est beaucoup plus considérable.

Dans l'Emilie, par exemple, sur 62.798 travailleurs mâles syndiqués, nous trouvonsçéi petits propriétaires, 1.100 petits fermiers, 8. 546 métayers et 7.052 travailleurs salariés fixes, les autres étant des travailleurs adventices, employés au moment des grands travaux.

La proportion des paysans, propriétaires et métayers, n'est pas moindredans le Latium, l'Ombrie et la Sicile. Le fait pour eux de cultiver un lopin de

1. Bled. « La Fédération ouvrière horticole de France ». Mouvement socialiste, juin 1907.

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