‹ Le socialisme agraire; ou, Le collectivisme et l'évolution agricoleChapitre 57 sur 96 · Rural England, I, p · texte numérisé non relu

Rural England, I, p

Comme le médecin ne peut exercer son office dans de. tels endroits, il faut, lorsque les enfants sont malades, les lui porter, même si leur affection est une bronchite. »

D'après Miss Russell « l'Education department, pour remédier à cette situation, devrait envoyer des instituteurs ambulants dans les localités où un grand nombre d'enfants vivent ainsi dans ces huttes. De cette façon, les enfants ne pourraient pas passer tout leur temps dans les houblonnières et devraient recevoir trois heures d'instruction, au début de la journée, avant qu'ils ne soient harassés de fatigue ».

Si de telles situations peuvent exister dans le pays des factory acfs, où, depuis un siècle, on a fait lois sur lois pour la protection de l'enfance, on peut se figurer ce qu'elle doit être dans un pays comme l'Italie, où, même dans l'industrie, la réglementation du travail infantile est, pour ainsi dire, lettre morte.

Lorenzoni, rapporteur de l'enquête faite par la Société Umanitaria, de Milan, « / lavoratori délie risaie », constate dans son rapport, que, sans distinction d'âge, la durée du travail dans les rizières, à l'époque de la mondât ura, varie entre neuf et dix heures pour les ouvriers de la localité et dix heures et demie à douze heures pour les ouvriers nomades. Seulement, à ces heures normales, il faut ajouter tous les petits quarts d'heure non payés que les caporali parviennent à extorquer aux travailleurs placéssous leurs ordres :

« Moins ces travailleurs sont expérimentés, plus ils sont désorganisés et faibles, plus ils sont facilement victimes de nos petites filouteries... Mais, sans même tenir compte de ces excédents, et limitant nos observations à la journée normale, nous devons constater sincèrement que sa durée est excessive. Et ce, non seulement pour les travailleurs nomades, mais encore, parfois même plus, pour les travailleurs locaux. Car, si les premiers travaillent normalement onze à douze heures pour un seul patron, les autres, après avoir fini de travailler chez un viticulteur, ne terminent pas leur journée, mais ajoutent aux neuf ou dix heures déjà faites, trois ou quatre heures supplémentaires, soit chez les petits propriétaires, soit dans leurs propres exploitations ; c'est ainsi qu'ils arrivent non seulement à égaler, mais à dépasser le temps du travail des ouvriers nomades.

« Que cet horaire soit excessif pour les uns et les autres, c'est ce qui apparaît d'autant plus que la très grande majorité de ces travailleurs (8 1 ,300/0 du total) se compose de femmes et d'enfants âgés de moins de quatorze ans, et que, parmi les femmes, ce sont des jeunes filles de dix-huit à vingt-deux ans qui forment la majorité. Or, pour toutes ces personnes, le travail de la monda, qui les oblige à être tout le temps penchées, les pieds dans l'eau et la tête au soleil, est particulièrement fatigant et incommode — sans parler des maladies qui en dérivent... (1). »

Il est inutile de multiplier ces citations pour établir

que ce n'est pas seulement dans l'industrie que l'exploitation intensive prématurée du travail infantile légitime l'intervention du législateur.

Mais indépendamment de ces abus exceptionnels, qui peuvent aller jusqu'à compromettre la santé des enfants, il faut tenir compte des cas infiniment plus nombreux, où le travail qu'on leur impose, sans être excessif par lui-même, n'entrave pas moins, de la manière la plus fâcheuse, leur développement intellectuel (i).

C'est surtout dans un pays comme la Belgique, où l'obligation scolaire ne supplée pas à l'absence de réglementation du travail infantile, que l'on peut observer les conséquences néfastes de la « liberté » qu'on laisse aux parents.

Rien de plus uniformément douloureux que les constatations de l'enquête monographique des agronomes de l'Etat (i 900-1901), sur l'irrégularité et la faible durée de la fréquentation scolaire dans les campagnes.

Même en Ardenne, où il y aie moins d'illettrés, «l'instruction et l'éducation des ouvriers agricoles laissent encore à désirer; à certaines époques de l'année, les enfants fréquentent l'école avec peu d'assiduité. Ceux qui, en sortant de l'école, savent quel-

le LoRENZONI. Liivoratori délie risaie.i- I, p 61. Publication de la Société « Umanitaria » Milan.

que peu lire, écrire et calculer, oublient facilement les connaissances acquises, à moins qu'ils ne fréquentent les cours du soir »(i).

Dans le Condroz :

« L'instruction de l'ouvrier agricole est peu avancée. Il n'en peut être autrement : l'enfant fréquente irrégulièrement l'école primaire durant la bonne saison et l'abandonne définitivement vers l'âge de onze à douze ans. Souvent, là où elle existe, l'école d'adultes est peuplée insuffisamment. Si encore l'ouvrier entretenait ou même augmentait par la lecture les connaisssanecs acquises sur les bancs de l'école, mais il en a rarement le goût, et, souvent, les loisirs et les moyens lui font défaut. Dans ces conditions, le savoir amassé se perd rapidement (1). »

Dans la région limoneuse et sablo-limoneuse :

« L'instruction des ouvriers agricoles, assez rudimentaire, se résume, en général, au savoir lire et écrire.

« Il ne peut en être autrement, attendu que les enfants, à partir, de onze à douze ans, ne fréquentent plus l'école, si ce n'est pendant la morte-saison. En été, ils sont occupés chez eux ; les parents les préposent à la garde des porcs et de la vache, ou les chargent de ramasser dans les champs des aliments pour ces derniers. A certaines périodes même, ils sont

1 . Monographie régionale de la région ardennaise, p. 36, Bruxelles, 1901.

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