Monographie régionale de Condro
employés à de légères besognes chez les cultivateurs (i). »
Dans la Campine :
« Les enfants sont employés à de nombreux travaux, tels que la plantation et l'arrachage des pommes de terre, la récolte des céréales, et de certains légumes (asperges, pois), la garde du bétail. Si l'enfant ne coopère pas à ces travaux, il est chargé de la garde de la maison et des enfants plus jeunes...
Les enfants ne sont envoyés à l'école que pendant la saison d'hiver et, dès l'âge de dix ou de onze ans, ils sont retenus définitivement à la maison. En quittant l'école, les enfants sont dépourvus de connaissances suffisantes pour éprouver le besoin de se perfectionner. Et si parmi eux, un certain nombre savent lire, écrire et calculer, ils oublient, au bout de quelques années, à peu près complètement, le peu de connaissances acquises à l'école. Ils vont alors grossir les rangs des illettrés. »
Dans les Flandres :
* Les parents, peu instruits, souvent illettrés, ne se soucient guère de l'instruction et, comme ils sont souvent absents du matin au soir, il ne leur est guère possible de s'occuper de l'éducation de leurs enfants. Ceux-ci fréquentent l'école du village jusqu'à la première communion. La fréquentation de l'école est assez régulière de neuf à onze ans.
«Dans certaines localités, dans le comice de Gand,
i. Monographie de la région limoneuse et sablo-limoneu>: . p. «8.
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par exemple, où il y a beaucoup de briquetiers, les enfants de ces derniers quittent tous les jours la classe vers dix heures, en été, pour porter à manger aux pères et frères, et ils rentrent en classe l'après-midi. Dans ces conditions, l'instituteur est impuissant à inculquer les éléments d'une instruction quelque peu satisfaisante (i). »
Tel est le bilan lamentable, dressé par le gouvernement lui-même, des résultats de l'enseignement primaire rural, dans un pays où la loi n'intervient en aucune manière, soit pour imposer la fréquentation des écoles, soit pour réglementer le travail des enfants dans l'agriculture.
Peut-être dira-t-on que la situation de la Belgique est, heureusement, exceptionnelle et que dans les autres pays, à défaut de réglementation directe, l'instruction obligatoire, jusqu'à l'âge de douze, treize ou quatorze ans, réglemente indirectement le travail des enfants dans les entreprises agricoles.
C'est incontestable, mais il est incontestable aussi que, trop souvent, les lois d'obligation scolaire ne sont que très insuffisamment appliquées.
Au Congrès international de l'enseignement primaire, qui se tint à Paris en 1900, les rapporteurs sur la question de la fréquentation scolaire constataient qu'en Angleterre et dans les pays de Galles, — malgré l'instruction obligatoire — un million d'enfants, soit le cinquième environ de la population d âge scolaire
.sont des « irréguliers chroniques » ou ne viennent jamais à l'école. Six cent mille ne sont pas inscrits et cette classe d'abandonnés, où se recrutent les convins et les mendiants, tend à augmenter, aussi bien dans les villes que dans les campagnes.
Au même Congrès, on constatait qu'en France, 4 p. cent des enfants n'étaient pas inscrits ; mais à côté de ces non-inscrits, il y a une catégorie beaucoup plus nombreuse : ceux qui fréquentent l'école irrégulièrement ou la quittent prématurément : « La catégorie des élèves de onze à treize uns — disaient Cazes et Guillaume — est réduite dans nos écoles rurales à un contingent extrêmement faible, et. plus d'une fois, à zéro. En moyenne, le quart, quelquefois le tiers de l'effectif total a disparu pour être, soit utilisé à la maison paternelle, soit loué pour la garde des bestiaux et des troupeaux. »
En Allemagne, il est vrai, les lois d'obligation scolaire sont plus strictement appliquées. Elles n'empêchent pas, cependant, qu'à certaines saisons, la fréquentation soit irrégulière et que. d'autre part, beaucoup d'enfants soient astreints à travailler, dès le plus jeune âge, avant et après les heures de classe.
Il y a quelques années, par exemple, le Yerein des instituteurs primaires de Prusse adoptait unanimement la résolution suivante :
« Autant il faut considérer le travail des enfants en lui-même, lorsqu'il est judicieusement choisi et
bien dirigé comme un moyen d'éducation recommandablc, autant il faut, au point de vue pédagogique, le condamner, lorsqu'il se présente sous la forme d'une occupation industrielle, qui entraîne presque nécessairement avec elle une exploitation de la force de travail infantile. Sa complète abolition, pendant la période d'école obligatoire, doit être réclamée (1). »
Et, naturellement, par occupation industrielle, on entend aussi bien les opérations régulières de l'agriculture industrialisée que les travaux des industries proprement dites.
En somme donc, au point de vue du développement intellectuel, et, dans nombre de cas, au point de vue du développement physique, il est indispensable d'établir ou de renforcer l'obligation scolaire et d étendre la réglementation protectrice de l'enfance aux travaux agricoles.
Mais il serait puéril de se dissimuler les difficultés de pareille tâche ; et, d'autre part, si l'on se place au point de vue des chances de succès du programme socialiste auprès des ouvriers agricoles, il ne paraît point que cette extension des contraintes légales soit précisément faite pour amener au socialisme des travailleurs restés, jusqu'ici, indifférents ou hostiles.
Ce n'est pas à dire, cependant, que certains ou-